Tag Archives: parodie

Chers chocolats

2 Fév

C’est avec plaisir que je relis ce roman policier que j’avais étudié en 4ème afin de le faire découvrir aux élèves de mon ancien collège.

Le Faucon malté, Anthony Horowitz

logo_12483Herbert et son jeune frère Nick, âgé d’à peine 13 ans, sont restés vivre à Londres tandis que leurs parents ont mis les voiles pour l’Australie. Afin de tenter de gagner sa vie, Herbert a créé une agence de détective privé sous le nom de Tim Diamant. Malheureusement, strictement personne ne fait appel à lui et les deux frères croulent sous les dettes. Jusqu’au jour où un nain, nommé Johnny Naples, fait irruption dans leurs vies. L’homme semble aux abois et demande à Tim de conserver précieusement un paquet pour lui. Pour cela, il lui offre une rondelette somme d’argent et en promet davantage à son retour. Après s’être fait cambrioler, les garçons décident d’ouvrir le paquet que le jeune Nick avait fort heureusement gardé sur lui. Il s’agit d’une vulgaire boîte de chocolats maltés ! En quoi des chocolats peuvent-ils susciter tant de convoitises ? C’est la question à laquelle nos enquêteurs devront répondre. Mais pour Tim et Nick, les ennuis ne font que commencer…

Je me rappelais avoir adoré ce livre dans ma jeunesse. Sa relecture a été un vrai plaisir d’autant que depuis j’ai étudié et lu de nombreux classiques du roman policier dont le fameux Faucon de Malte ou Faucon Maltais de Dashiell Hammett, un chef-d’oeuvre du roman noir dont s’est inspiré Horowitz pour son titre et la tonalité de son texte. Nous avons justement affaire ici à une parodie de roman policier avec le personnage du privé, une intrigue compliquée, et une série de bandits tous plus acharnés et décidés les uns que les autres à mettre la main sur le pactole. Sauf que dans notre cas, Tim est une caricature de détective : sans aucune jugeote et ayant peur de son ombre, le seul endroit où il se sentira bien sera derrière les barreaux d’une prison ! C’est donc son jeune frère Nick, qui n’a lui pas froid aux yeux, qui va se charger de l’enquête quitte à devoir y laisser sa peau.

Vous n’aurez pas le temps de vous ennuyer en lisant ce policier riche en rebondissements et bourré d’humour. Je vous encourage comme Nick à tenter de percer l’énigme des chocolats et pour les adultes à découvrir toutes les petites références aux premiers romans noirs américains. Coup de coeur !

Pour info, Horowitz a reçu de nombreux prix pour ce roman. Il est également l’auteur de L‘île du Crâne et de la série Alex Rider que vous trouverez au CDI et scénariste de multiples séries tv ou films dont le prochain Tintin adapté au cinéma qui sortira en 2016.

Publicités

Le crime était presque parfait

9 Avr

Encore une jolie rencontre, en attendant le train du retour du salon du livre de Montaigu. J’avais beaucoup entendu parler de ce livre à sa sortie et m’étais promis de le lire un jour. C’est chose faite ! (mais dans la version abrégée disponible dans mon CDI)

Et si c’était niais ?, Pascal Fioretto

Un vent de panique règne dans le monde littéraire contemporain ! Denis-Henri Levy, en pleine exploration de Barbès, vient de recevoir un message de menaces. Constatant avec horreur qu’il n’est pas la seule cible, il décide de contacter son éditeur au plus vite afin de prévenir les autres écrivains au plus vite. Mais au même moment, Christine Anxiot se fait kidnapper…

C’est le commissaire Adam Seberg – double parodique du commissaire Jean-Baptiste Adamsberg, héros des romans de Fred Vargas –  qui est chargé de l’enquête alors qu’il s’ennuie ferme à s’occuper des trafics de hasch dans les collèges huppés du 6ème arrondissement. Bien que rongé par les soucis personnels et fatigué par un aller-retour express aux Etats-Unis afin de régler une vieille histoire, notre homme est bien décidé à découvrir le mobile de l’auteur de ces menaces et à retrouver tous les écrivains qui disparaissent au fur et à mesure. Il décide d’aller interroger Mélanie Notlong et jean d’Ormissemon pour tenter de percer le mystère…

Génial ! J’ai ri tout le long ! Pasal Fioretto réussit coup double avec cette intrigue policière qui pastiche un auteur contemporain à chaque nouveau chapitre. L’auteur se moque – gentiment – non seulement des tics stylistiques mais aussi de l’ego parfois surdimensionné de certains. Mes deux chapitres préférés sont sans conteste celui consacré à BHL qui inaugure cette version abrégée – on y découvre le philosophe égocentriste en plein « vertigo » dans un hôtel miteux de Barbès, c’est juste hilarant ! – et celui consacré à  Amélie Nothomb avec de magnifiques réécritures de Métaphysique des tubes et Hygiène de l’assassin. Le pastiche de Marc Lévy vaut également son pesant de cacahuètes ! Et je rassure tout de suite les élèves, il n’est pas forcément nécessaire d’avoir lu tous les auteurs cités pour apprécier l’humour de ce texte (l’édition présente tout de même quelques extraits à la fin du livre de trois des écrivains pastichés, afin de se rendre compte de l’écriture initiale). Le texte est très drôle par essence ! Un vrai bon moment de lecture, distrayant et intelligent !

Le privé plane

2 Juin

Merci à celui qui m’a conseillé cet auteur !

Un privé à Babylone, Richard Brautignan

Notre (anti)-héros, C. Card est détective privé, ou plutôt tente de l’être. Un client vient de le contacter. Il ne sait pas pourquoi. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il lui faut des balles pour mettre dans son revolver, au cas où il en aurait besoin. Mais comme il n’a pas un sou en poche et qu’il a déjà tapé toutes les personnes de son entourage plus ou moins proche, la quête se révèle compliquée. D’autant plus compliquée qu’il est sans cesse retardé par Babylone. Dès que son attention se relâche, Card est absorbé dans son monde imaginaire, un monde où il s’appelle Smith Smith, où il est un célèbre détective, accompagné de la plantureuse Nana-Dirat, où il se bat contre le maléfique professeur Abdul Forsythe et ses ombres-robots.

Dans le monde réel, notre privé parvient finalement tant bien que mal à récupérer des balles. Mais l’affaire pour laquelle il a été embauché n’est pas claire. Il doit voler le cadavre d’une prostituée poignardée à coup de coupe-papier. Bizarrement, d’autres personnes sont aussi sur le coup. Bientôt, Card va se retrouver poursuivis par quatre Noirs armés de rasoirs, sa mère qui lui en veut d’être privé et l’accuse d’avoir tué son père à l’âge de 4 ans. Sans compter le cadavre dans son réfrigérateur.

Voilà un polar bien barré, comme je les aime. Brautignan signe une magnifique parodie des plus célèbres romans noirs américains. Le héros est complètement creux, rempli seulement de son délire de Babylone. Voilà le genre de livre qui ne s’explique pas, auquel il ne faut sans doute pas chercher de sens. Un livre qui rappelle Vian par les jeux de langage. Je ne me fatigue pas et reprend les citations du préfacier Claude Klotz qui, à elles seules, constituent un excellent résumé de l’oeuvre.

Un flic qui joue avec un coupe-papier, arme du crime de la prostituée : « Quelqu’un aurait dû l’emmener dans une papeterie et lui expliquer la différence entre une enveloppe et une pute. »

Un privé se faisant draguer par une blonde : « Elle m’a fait un geste des yeux pour m’inviter à monter. C’était un geste bleu. »

Voilà qui donne une bonne idée du bouquin. Une excellente lecture ! 

Mille et une pattes

7 Mai

Alors là, j’espère que mes 6ème de l’an prochain se réjouiront autant que moi de cette lecture.

Tirez pas sur la scarabée ! , Paul Shipton

Bug Muldoon est fatigué, il vient de passer une journée épuisante à parcourir le Jardin en long, en large et en travers afin de résoudre une sombre affaire de disparition. Bug est détective privé, le seul du Jardin encore en vie, et ne manque pas de travail. Bug est un scarabée, pas un scarabée plongeur ni un scarabée Goliath, non, juste un simple scarabée…

Alors qu’il est chargé par Larry le perce-oreilles de retrouver son frère Eddy, Bug va se retrouver dans de sales draps. Il est emmené de force dans la fourmilière. La reine des fourmis souhaite faire appel à ses services pour résoudre un problème au sein de ses troupes. Depuis quelques temps, des fourmis se mettent à penser par elles-mêmes, risquant ainsi de mettre en péril les fondements de l’existence de la fourmilière. Bug, menacé de mort par l’horrible commandant Krag, est contraint d’accepter l’affaire. Il se met donc sur la piste d’un groupe de fourmis individualistes.

Rencardé par Jack la Tremblote, une mouche totalement accro au sucre, notre détective tente de retrouver la plantureuse Velma la sauterelle. Celle-ci, toujours à la recherche d’un scoop pour le journal, est déjà sur la piste des Individualistes. Les deux insectes vont s’associer pour percer le mystère et bientôt découvrir l’ampleur du véritable complot : le commandant Krag souhaite prendre le pouvoir de la fourmilière et sur tout le Jardin grâce à une alliance avec les terribles guêpes et la cruelle araignée…

Ce polar sauce insectes est génialissime ! L’auteur reprend tous les codes du polar d’une manière parodique pour les faire correspondre au monde des insectes et le fait vraiment bien. Du détective blasé à l’indic’ accro à la poudre blanche (le sucre) en passant par la belle assistante, tout y est ! L’enquête est riche en rebondissements, notre scarabée se retrouvant souvent dans des situations inextricables. Outre l’enquête policière, le livre offre également toute une réflexion sur les bénéfices mais aussi les problèmes que peut poser le fait de penser par soi-même et vouloir vivre pour soi au lieu de suivre toujours l’ordre établi. Un vrai bon roman policier jeunesse et un véritable coup de coeur !