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Tour de passe-passe

10 Oct

Me revoilà après une longue absence due à d’importants problèmes personnels. J’espère que la lecture va une nouvelle fois m’aider à panser mes plaies. Je viens de m’inscrire dans une nouvelle bibliothèque, histoire de m’obliger à sortir. Apparemment, des rencontres entre lecteurs sont organisées chaque mois. J’ai hâte d’y participer début novembre. En attendant, je reprends le blog en douceur avec un petit Nothomb.

Tuer le père, Amélie Nothomb

Joe Whip a 14 ans et vit seul avec sa mère à Reno dans le Nevada. Lorsqu’il l’interroge sur l’identité de son père, elle lui répond qu’il l’a abandonnée quand il est né. En vérité, les hommes défilent dans la vie de sa mère à tel point qu’elle n’a jamais su qui était le papa du petit. Un jour, elle fait la connaissance de celui qui va devenir Joe senior. Pour la première fois, un homme demeure plus de quelques jours à la maison. Bien vite, Cassandra Whip est persuadée que son fils est de trop dans le ménage et le met à la porte. Le jeune garçon n’a nulle part où aller. Livré à lui-même, il va faire la tournée des bars pour exercer son talent afin de gagner un peu d’argent : réaliser des tours de cartes.

Un an plus tard, un homme s’aperçoit de son don et lui propose de le conduire chez le plus grand magicien du pays, Norman Terence. Ce dernier, à la demande se sa jeune et jolie femme Christina, le recueille et commence à lui enseigner son art. Le gamin apprend très vite. Mais surtout, il tombe rapidement très amoureux de Christina et rêve intérieurement de tuer au moins d’un point de vue symbolique celui qui semble être devenu son père spirituel.

Dans ce court roman, l’auteure belge, qui s’amuse à se mettre en scène de manière déguisée (sorte de mise en abyme du thème de la magie développé par la suite et surtout du tour de passe-passe final), développe un thème que l’on sent poindre dans nombre de ses oeuvre : la figure paternelle. A la fois absent et envahissant, recherché et repoussé, adoré et détesté, symbolique et réel, le père insaisissable de Joe demeurera au final toujours une énigme aussi bien pour le lecteur que pour les personnages principaux, à l’image de ce qu’il en est bien souvent dans la vie. Le jeune Joe est ici non seulement en quête d’amour et de reconnaissance paternel mais aussi maternel. Depuis son enfance, il cherche un regard dans lequel exister et ne le trouvant pas avant l’âge de 15 ans, passe son temps à s’exercer à ses tours de cartes devant un miroir lui renvoyant inexorablement sa propre image, image dont il ne sait de qui elle est véritablement issue. Comment se construire dès lors ? Comment ne pas tricher, ne pas mentir au autres et à soi lorsque tout n’est qu’apparences depuis le départ ? Comment exister dans l’ombre de quelqu’un que l’on ne connaît pas ou dans celle d’un homme que l’on vénère si ce n’est en s’en débarrassant ? Quant à Norman, il trouve en Joe un vrai fils. Capable du meilleur comme du pire. Et en bon père, il est prêt à tout endurer. Jusqu’où pourra les mener cette relation si particulière où se mêlent amour et cruauté ? Je vous laisse le découvrir et profiter du retournement final. pas le meilleur Nothomb mais on passe un moment agréable.

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