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Winnie au pays de la sagesse

8 Mai

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Synchronique pour m’avoir permis de découvrir l’ouvrage que je vais vous présenter aujourd’hui.

Le Tao de Winnie, Benjamin Hoff

TaoWinnie Synchronique 001.JPGWinnie, mon ami Winnie ! Petit ourson, au regard polisson… Pour beaucoup ces quelques mots renvoient tout de suite au générique d’un dessin animé qui a bercé notre enfance : l’histoire d’une bande d’amis (animaux) qui se lient d’amitié avec un humain, Jean-Christophe.

Aujourd’hui, dans le livre que je vais vous présenter, il n’est pas question d’une nouvelle aventure de nos amis…quoique…ils sont au cœur (ou presque) de cet ouvrage. En effet, dans Le TAO de WINNIE, notre ourson, toujours friand de miel, et ses amis, nous présente les grands principes du TAO. Cela prend la forme d’une discussion entre notre héros et l’auteur, Benjamin HOFF (écrivain américain), qui est également le narrateur du livre.

Mais avant d’aller plus loin, qu’est-ce que le Tao ?

Remontant au IV e siècle avant JC., venant d’Asie, le Tao est un « principe transcendant et immanent d’où procède toute vie, qui est à l’origine de plusieurs religions, entre autres du taoïsme et du confucianisme. Il s’agit de vivre « naturellement » à un double point de vue : il faut adapter sa vie aux saisons, mais aussi suivre le tao, c’est-à-dire le droit chemin, en accord avec la loi divine de la nature. » (Doeblin, 1947).

Son fondateur est Lao Tseu et le texte de référence de cette philosophie – ou art de vivre – est le Tao te king, le Livre de la Voie et de la Vertu.

Cet ouvrage pourrait ressembler à une vulgarisation du livre de Lao Tseu mais en fait, c’est plus que cela. En effet, Winnie est un symbole parmi d’autres, de l’Occident ou plutôt des sociétés occidentales. Croiser cela apparaît surréaliste : une bande d’animaux candides, symbole d’une culture occidentale rencontrant une approche philosophique d’Orient…

TaoWinnie Synchronique 010.JPGEt pourtant, Benjamin HOFF arrive pleinement à marier ces deux univers, donnant par la même occasion au Tao une dimension universelle et accessible. En effet, prenant appui sur les aventures de Winnie, le narrateur aborde les grands enseignements de Lao Tseu ; ainsi, à travers les péripéties et anecdotes de Winnie, Porcinet, Cocolapin, Bourriquet, Maître Hibou et l’incontournable Tigrou, nous découvrons les grands principes issus du Tao comme le « Bloc de Bois Brut », « Nature Intérieure » …

Le tout se lit avec clarté, facilement. Il est vrai que ceux qui sont déjà initiés au Tao ou qui ne sont pas passionnés par les aventures de notre ours au T-Shirt rouge pourraient regretter la multiplication des références au personnage créé par Alan Alexander Milne.

Synchronique éditions a eu la riche idée de faire traduire et publier cet ouvrage, parsemé de jolis dessins de Winnie et de sa bande (réalisés par E.H. SHEPARD).625f66d10c9f2f92ea61aafc213b6ee5

Je les remercie de m’avoir fait découvrir cette œuvre originale, accessible et destinée aux grands enfants que nous sommes. Que vous soyez amoureux du plus célèbre des oursons ou que vous cherchiez une approche atypique du Tao, nul doute que vous prendrez plaisir à parcourir ces quelques 190 pages.

Sanguines

26 Jan

Je remercie chaleureusement Philémon Le Bellégard pour m’avoir fait parvenir son roman et permis de découvrir son univers.

Syndrome de Stockholm, Philémon Le Bellégard

book-1306Enstenov Khalinek, homme d’affaires multimillionnaire à la morale douteuse mais surtout très grand esthète, se prend d’une passion artistique pour le jeune Stendriëk Börgen, un peintre suédois aussi génial que torturé. Pendant dix ans, Khalinek décide de mettre tous les moyens possibles à la disposition de l’artiste afin qu’il puisse exercer son art en toute liberté.

Après toutes ces années passées à peindre quasiment nuits et jours, Börgen accepte de présenter son grand oeuvre lors d’une exposition colossale, à la hauteur de la collection qu’il a à présenter. Plus de 3200 toiles, toutes peintes en rouge, vont venir peupler la gigantesque Gallery of the Immortality du Titanium Palace de Los Angeles.

Lors de l’ouverture de l’exposition à la presse, alors que tous les professionnels contemplent, subjugués, l’oeuvre titanesque, une journaliste spécialisée dans la critique d’art ose aborder le génie pour lui poser la question qui brûle les lèvres de tous ses collègues : quelle matière a-t-il employer pour réaliser ses milliers de toiles ? Sans le savoir, Anna vient de pénétrer dans les arcanes les plus profondes de la folie humaine…

Pari réussi pour Philémon Le Bellégard qui a réussi à me kidnapper avec son thriller artistique et psychologique. Avant d’évoquer le fond, un petit mot sur le style. L’auteur parvient à mêler à merveille une écriture à la fois épurée et érudite dans des chapitres qui présentent différents styles (extraits de journaux, d’interviews, récit…). En ce qui concerne le fond, ce premier roman comporte tous les ingrédients nécessaires pour convaincre le lecteur de parcourir un chemin aussi pervers et cruel soit-il. Certes, ce livre ne conviendra sans doute pas aux âmes sensibles. Mais si, comme moi, vous êtes amateurs de manipulation, de folie et d’hémoglobine, alors vous serez sans nul doute conquis. Outre tout l’aspect psychologique et notamment la détention de la journaliste qui finira par se prendre de sentiments pour son teneur d’otage – frappée donc du fameux syndrome de Stockholm – toute la réflexion sur l’art et la morale est extrêmement intéressante. Jusqu’où l’artiste peut-il aller au nom de l’art ? Je vous laisse vous faire votre propre opinion en compagnie de ce roman coup de cœur que vous pourrez vous procurer ici en version numérique ou papier.

Amour, toujours ?

12 Nov

Entre deux romans noirs, voici un livre dont le thème est bien plus léger. Parlons donc un peu d’amour plutôt que de meurtres en ces temps moroses.

J’ai bien dit l’amour, Danièle Sastre

004427433La narratrice, auteure, évoque, dans une première partie de son livre, sa réflexion sur ce qu’est l’amour après soixante ans. Quel genre de relation peut-on entretenir à cet âge de la vie ? Peut-on encore rencontrer l’amour ? Que va-t-il arriver ? Autant de questions auxquelles la narratrice essaie d’apporter des réponses. Au fil de ses interrogations, lui reviennent les souvenirs de ses amours passées et des livres qui ont jalonné sa vie, des livres qui ont eu un impact sur les personnes qui ont partagé sa vie de près ou de loin. Puis, l’écrivain veut attaquer son roman, quitter l’emploi du « je » pour accorder du temps aux autres personnages, mais les souvenirs amoureux refont surface, aboutissant au récit d’un voyage effectué dans sa jeunesse avec un amant. Enfin, nous quittons Danièle pour Félix, la soixantaine passée, qui évoque sa relation actuelle avec une trentenaire et sa crainte permanente de se retrouver seul du jour au lendemain.

J’ai lu ce livre en fil rouge, en parallèle avec ma lecture du moment – un polar dont je vous donnerai bientôt des nouvelles ! – car, après l’avoir commencé comme n’importe quel roman, je me suis aperçue qu’il s’agissait bien davantage d’une méditation sur le sujet de l’amour après 60 ans. On retrouve donc ici une démarche quasi philosophique – en tout état de cause, l’auteure est philosophe – avec une réflexion portant aussi bien sur le sentiment amoureux que sur notre évolution en tant qu’individu et notre rapport aux autres à chaque étape de notre vie.

J’ai apprécié le style de l’auteure, fait de petites touches qui finissent par composer à la manière d’un impressionniste en tableau que chacun peut admirer avec son propre regard. Pas forcément facile d’accès pour ce qui pourrait apparaître comme décousu, j’ai pour ma part savouré ce récit entre roman, autobiographie et essai. Un grand merci à Danièle Sastre et aux éditions L’Harmattan pour ce joli moment de lecture.

 

La maison du diable

8 Nov

Je remercie Le Verger Éditeur pour l’envoi surprise de ce roman.

Le couloir, Jean-Louis Marteil

arton542-fcd57Alors qu’ils viennent de commettre un double meurtre lors du braquage d’un bistrot, Frank et Anne prennent la fuite en voiture. Bientôt, contre toute attente en plein mois de septembre, ils se retrouvent coincés dans une tempête de neige. Alors qu’ils sont bloqués dans le véhicule, la jeune femme aperçoit une lumière au loin…

Inès et Bruno viennent de se marier. Ils sont en route pour la mer. Mais Bruno se trompe de chemin. Eux aussi vont se perdre et se faire absorber par une phénoménale tempête de neige empêchant toute circulation. Eux aussi distingue une lueur à l’horizon…

Les deux couples vont se retrouver dans une immense demeure, meublée d’objets hétéroclites, l’apparentant à un musée ou à un cabinet de curiosités gigantesque. Là, il vont faire la rencontre d’un vieillard qui semble posséder d’étranges pouvoirs. Dès lors, va commencer un angoissant huis-clos qui va révéler les plus bas instincts de chacun, exacerber chaque réaction, du désir charnel à la violence en passant par la terreur, l’amour et la haine.

Par quel coup du sort sont-ils arrivés dans cet endroit ? Pour quelle raison le vieillard les empêchent-ils de se rendre au fond du couloir ? Quel est le sens de tout cela ? Vous le saurez en lisant ce roman oppressant, déroutant, mêlant fantastique, réflexion philosophique et histoire. Un conte cruel qui donne à réfléchir sur la nature humaine même si, pour ma part, j’ai trouvé l’évolution du texte assez déroutante par moments avec des éléments paranormaux qui ne servent pas forcément le message de l’auteur.

Voyage initiatique

3 Juil

Voilà un moment que je désirais lire cet auteur dont tout le monde parle et dont un des romans traînait dans ma PAL. J’ai enfin trouvé le temps de le faire ! 

L’homme qui voulait être heureux, Laurent Gounelle

41ndrvxq4bl-_sx303_bo1204203200_Julian, enseignant, est en vacances dans le petit paradis terrestre qu’est Bali.Quelques jours avant son retour en France, il décide de consulter un célèbre guérisseur, maître Samtyang. Notre narrateur ne souffre d’aucun maux spécifique si ce n’est qu’il ne se sent pas heureux dans sa vie. Comment accéder au bonheur ? C’est ce que Samtyang va tenter de lui faire découvrir au cours de leurs quelques entrevues. Dès lors, le voyage touristique de Julian va se transformer en une quête de soi passionnante, déroutante, mais très enrichissante.

Ce court roman de Gounelle fait presque office de petit traité de philosophie du bonheur. Il permettra en effet à ses lecteurs d’ouvrir les yeux sur leur propre existence et peut-être de modifier leur comportement et leur regard sur la vie pour accéder à une existence bien plus proche de celle dont ils peuvent rêver. Le vieux sage balinais – sartrien dans l’âme – nous apprendra que la vie est faite de choix, qu’absolument toutes les situations s’y prêtent et que ce sont ces choix qui impacteront notre existence. De même, le regard que l’on choisit de porter sur le monde, nos croyances même, peuvent induire la modification et la modélisation  de notre environnement à l’image de ce que l’on peut souhaiter. Notre comportement, nos attitudes influencent l’attitude des autres à notre égard. En bref, chaque être, s’il le décide au plus profond de lui même, s’il est intimement convaincu de pouvoir réaliser son projet quelques choix difficiles cela puisse lui en coûter peut réussir à vivre ses rêves. Personnellement, j’ai toujours été convaincue par cette théorie et je pense que c’est ce qui m’a sauvée dans les moments les plus critiques de ma vie. Alors si vous aussi voulez vous ouvrir à ce mode de pensée, si vous aussi voulez prendre le risque d’apprendre à vous connaître pour réaliser vos rêves les plus profonds, n’hésitez pas, lisez ce livre rapidement et partez comme Julian dans une quête spirituelle passionnante ! Coup de cœur !

La pensée en danger

7 Fév

Je voulais lire ce livre depuis avoir dévoré Et Nietzsche a pleuré, d’autant qu’une amie me l’avait fortement conseillé.

Le problème Spinoza, Irvin Yalom

51qiavl6cgl-_sx363_bo1204203200_Quel rapport existe-t-il entre le célèbre philosophe, un juif excommunié et un des plus grands idéologues nazis ? C’est ce que vous apprendrez en lisant ce roman palpitant.

L’auteur va effectivement mêler deux récits. Le premier se déroule à Amsterdam, au milieu du XVIIème siècle. Celui qui deviendra le célèbre philosophe, Bento Spinoza, n’est pour l’instant qu’un commerçant au bord de la faillite qui passe le plus clair de son temps à réfléchir quant à sa vision du monde et de la religion. Selon lui, entre autres, c’est l’homme qui a créé un Dieu à son image et non le contraire, la religion n’est donc que supercherie. Forcément, les instances religieuses juives ne partagent pas cette vision et prononcent l’excommunication de Spinoza qui va être contraint à ne plus pouvoir adresser la parole à un seul juif, même à sa soeur et son frère.

Le second récit se passe au début du XXème siècle. Le jeune Alfred Rosenberg, alors au lycée, se fait élire délégué de classe en prônant des idées antisémites et en accusant le chef d’établissement d’être un juif. Alerté par les faits, ce dernier tente de comprendre pourquoi le jeune homme déteste ainsi cette communauté. Devant le refus de Rosenberg de changer d’avis, et après avoir appris que son auteur préféré est Goethe, le chef d’établissement demande à Alfred de traduire tous les passages de l’autobiographie du célèbre écrivain dans lesquels il fait référence à Spinoza, qu’il vénère. Evidemment, Rosenberg ne comprend pas comment un représentant de la pure race allemande ait pu se prendre d’admiration pour un juif… Mais cet épisode d’adolescence va profondément marquer celui qui deviendra l’une des têtes pensantes du système nazi.

Irvin Yalom mêle avec brio romance et faits réels dans cet ouvrage passionnant. Comme dans son précédent opus, il se sert de ses capacités de psychanalyste pour tenter de pénétrer les âmes de Spinoza et Rosenberg. Les personnages secondaires mis en face de ces deux personnalités sont parfaitement fictifs mais permettent grâce à des dialogues très pertinents de sonder les pensées les plus profondes du philosophe et du nazi, notamment les conversations entre Alfred et son ami psychiatre Friedrich qui tente de débusquer ce qui a bien pu rendre cet homme aussi radical dans ses idées antisémites. Je trouve particulièrement intéressant de rassemblant au sein d’un même roman deux êtres semblant aussi antithétiques sans que cela ne paraisse le moins du monde artificiel. En outre, le travail considérable de recherches à la fois historiques et philosophiques est à saluer. Et pour ceux qui penseraient que ce genre de roman qui évoque en grande partie les concepts philosophiques de Spinoza serait ennuyeux, pas le moins du monde. Les chapitres assez courts alternent les deux récits ce qui apporte beaucoup de rythme. En outre, le lecteur est vite happé par les deux histoires et surtout s’interroge sur ce « problème Spinoza » tout au long du roman, problème qui le tiendra en haleine jusqu’au bout. Franchement, c’est aussi palpitant qu’un roman policier. Coup de cœur !

Ne plus avoir peur

5 Nov

Je remercie vivement Aurélie pour sa délicate attention.

Et il me parla de cerisiers, de poussières et d’une montagne, Antoine Paje

Paul Lamarche a 27 ans. Il a repris l’agence de voyage léguée en partie par sa tante décédée. Son meilleur ami Benoît est médecin, parce que son père était médecin avant lui. Mais au fond, il déteste son métier. Au cours d’une soirée alcoolisée pendant laquelle les deux amis refont le monde après que Paul a lâchement mis un terme à sa dernière relation amoureuse, une idée saugrenue germe en eux : monter une entreprise de tourisme médical.

Le projet se concrétise bientôt et Paul part à San Francisco afin de tenter de décrocher l’investissement d’une banque. Il est bien évidemment terrorisé de se voir refuser le prêt. Tout se passe bien au final, mais notre jeune ami va profiter un peu trop bien de la soirée après avoir décroché un avis favorable et se retrouver derrière les barreaux. Mis en cellule avec une terrifiante armoire à glace, il ne sait encore pas à quel point ce compagnon de l’ombre va bouleverser le reste de son existence…

Ce roman est tout simplement magique. Il compte parmi les quelques livres qui ont le pouvoir de vous faire voir le monde autrement, qui vous permet de vous remettre profondément en question et de vouloir changer, simplement pour vous trouver vous-même.

Ce court roman est une parabole sur la peur que nous portons en nous et qui finit par nous détruire alors que nous pensons qu’elle nous protège. Le personnage principal, Paul, double littéraire de l’auteur qui explique que son roman est amplement autobiographique, va faire la rencontre de plusieurs personnes, des Yodas comme il les nomme, qui vont venir semer leurs graines en son esprit. Peu à peu – il lui faudra du temps; car oui, même si l’on sait que certaines choses ne vont pas, il faut un certain temps pour accepter de les changer et plus encore pour effectuer ces changements -, Paul va se rendre compte que toute son existence a jusque ici été contrôlée par la peur, une fausse peur qui l’a fait se sentir inférieur ou qui l’a poussé à écraser les autres afin que ces derniers ne ressentent pas sa peur. Il finira par comprendre – et nous faire comprendre – que c’est celui qui ne craint plus les peurs qu’il s’est créées ou que la société a créées pour lui qui vit pleinement en accord avec lui, et que c’est cela la vraie force.

Encore une fois, un de ces livres bouleversants, véritable allégorie ou fable philosophique, que l’on peut lire et relire à différentes périodes de sa vie et qui donne envie d’aller de l’avant.

Je ne résiste au plaisir de partager un petit extrait :

 » J’ai fait des choses que je n’aurais pas dû faire, certaines dont j’ai honte aujourd’hui. J’en ai éviter d’autres auxquelles j’aurais dû m’accrocher, tout cela parce que j’avais peur, une peur si insidieuse mais si constante qu’il m’était facile de prétendre qu’elle n’existait pas. Peur de ne pas être à la hauteur, peur qu’on ne m’aime pas – même lorsque je n’aimais pas les gens -, peur de me planter, peur du futur, peur du passé, peur de tout.

En bref, je n’ai jamais vraiment vécu, me contentant d’exister, de passer d’une peur à l’autre, d’un mauvais remède à l’autre. Surtout la peur de me retrouver face à moi-même parce que, inconsciemment, je savais que je n’aimerais pas ce que je découvrirais. Je me suis, au fond, détesté, méprisé, sans trop savoir pourquoi, mais en sentant que je méritais mon mépris.

La fausse peur ne me fera plus jamais chanter.

La fausse peur est comme un mauvais sort jeté par un sorcier de pacotille. Elle n’a de pouvoir que si l’on y croit. Elle est alors plus dévastatrice qu’un tsunami. Elle pourrit chaque moment, chaque acte, nous poussant à des actions irréfléchies, destructrices, génératrices de malheur pour nous et pour les autres mais dont on pense sur le moment qu’elles sont de bons remèdes. […] »

Au nom du père

20 Oct

Voilà plus d’un an et demi que je voulais lire ce témoignage mais que je préférais m’abstenir afin de ne pas influencer l’écriture du mien et surtout de peur de me sentir ridicule à côté de la philosophe Michela Marzano. C’est d’ailleurs pour cette raison que je m’étais « contentée » de la lecture – très intéressante par ailleurs – de sa Philosophie du corps il y a quelques mois.

Légère comme un papillon, Michela Marzano

La philosophe Michela Marzano évoque avec délicatesse et pudeur ses années d’anorexie. Au-delà des symptômes physiques – partie émergée de l’iceberg – elle nous livre les raisons qui l’ont conduite à annihiler son corps, à se rêver pur esprit, âme parfaite.

J’ai littéralement « dévoré » ce livre si je puis m’exprimer ainsi. Non seulement en raison du thème traité qui m’est cher mais surtout pour la qualité de l’écriture et de la réflexion sur l’humain, sur les liens qui nous relient au passé et nous empêchent – parfois – d’imprimer notre marque dans le présent.

Je ne peux qu’être admirative devant le courage, la force dont à fait preuve l’auteur en se dévoilant à ce point. Si j’ai choisi pour ma part d’évoquer surtout les symptômes dans mon récit – pas parce que je n’ai pas réfléchi sur les causes profondes mais parce que traiter du fond aurait révélé une intimité que je n’étais pas tout à fait prête à partager (d’ailleurs, ce qui peut choquer et paraître impudique dans mon ouvrage ne l’est en aucun cas pour moi car pratiquement tout ce dont je traite n’est encore une fois que symptôme même si je laisse transparaître des bribes d’explications) – Michela Marzano a choisi de raconter les tenants et aboutissants de sa maladie. Elle nous raconte donc ce père, qu’elle idéalise autant qu’elle craint, à qui elle ne veut surtout pas déplaire, à qui elle eut renvoyer l’image de fille modèle, parfaite. Cette quête de perfection qui va pousser la jeune femme à entreprendre des études de philosophie et à réussir brillamment son concours d’entrée à Normale Sup et sa thèse de doctorat. Cette quête de perfection qui va la pousser à ne plus se nourrir, en pensant que devenir aussi légère qu’un papillon la fera devenir plus libre – justement sans doute pour échapper à ce père tout-puissant à ses yeux en face duquel elle ne parvient à trouver les mots. Mais ce témoignage n’est pas le récit d’une maladie mais d’une guérison ou plutôt d’un chemin vers la vie, vers la liberté et la parole retrouvée avec le départ pour la France dont elle a dû apprendre la langue et lâcher prise, ce fameux lâcher prise, clé de la guérison de ce mal du contrôle.

Comme je l’ai dit auparavant, autant que le fond, c’est la forme que j’ai appréciée, avec une écriture fragmentaire, par bribes, qui permet l’évocation du passé pour expliquer le présent, un passé étouffant qui empêche de vivre même quand, après plusieurs années d’analyse, on croit finir par en comprendre chaque parcelle mais qui continue inconsciemment à nous hanter et à nous ramener à l’état d’enfant sans défense. Michela a sans doute, après de longues années, réussi à se libérer de son père, de son passé et appris à dire oui à la vie. Je ne peux que la féliciter pour cela et pour ce message d’espoir qu’elle apporte à toutes celles et ceux qui souffrent de ces maux – anorexiques ou pas. Quand je regarde mon texte, je me sens minuscule par rapport à cette grande dame (même si je suis persuadée qu’elle ne voudrait pas que je me dévalorise) et me rend compte combien il me reste de chemin à faire, dans l’écriture comme dans la vie.

Un meurtre presque parfait !

30 Août

J’avais entendu parler de ce livre dont le titre avait retenu mon attention à sa sortie. Je suis tombée dessus par hasard à la médiathèque. 

J’en profite pour vous annoncer que le blog va être en pause quelque temps en raison de la rentrée des classes – hé oui, il faut bien reprendre ! – et de mes activités annexes. Je pense espacer mes chroniques dans les mois à venir pour me consacrer davantage à l’écriture. Mais, cela ne va pas m’empêcher de lire !

Le Tueur hypocondriaque, Juan Jacinto Muños Rengel

Monsieur Y. exerce la profession peu commune de tueur à gage. Forcément, le métier requiert patience, méthode mais aussi forme physique. La patience, notre (anti-)héros n’en manque pas. Voilà très exactement un an et deux mois qu’il poursuit sa cible, Eduardo Blaisten. Idem pour la méthode, il connait mille et une techniques pour achever ses victimes et toutes les astuces pour les suivre des mois sans se faire repérer. Le seul hic, et non des moindres, c’est bien la santé…

En effet, notre tueur se réveille chaque matin avec l’intime conviction qu’il mourra avant la tombée de la nuit. Atteint de toutes sortes de maladies rares mais surtout très imaginaires (narcolepsie, strabisme, allergies multiples, crampe du tueur professionnel et j’en passe !), pas facile pour lui de concilier son métier et les exigences de soins que lui imposent ses (pseudo-)souffrances. Mais il y a pire que cela. Monsieur Y. a clairement la poisse !

Chaque jour, sans bien comprendre pourquoi il est encore en vie, il s’acharne, en homme de devoir kantien, à exécuter sa victime. Mais celle-ci – qui va pourtant mettre un certain temps avant de se rendre compte qu’elle est suivie – reste insaisissable. Après de multiples échecs dans ses tentatives d’assassinat, notre criminel en vient à établir des liens entre tous les symptômes et la malchance qui l’accablent et les souffrances que connurent Proust, Descartes, Swift, Poe, Voltaire, entre autres illustres hypocondriaques. Mais, l’unique question qui taraude le lecteur est : parviendra-t-il à tuer Blaisten avant de mourir lui-même ???

J’ai A-D-O-R-E ! Pour qu’un livre me fasse rire à voix haute et non seulement intérieurement, il faut y aller ! Pari réussi pour Muñoz Rengel, philosophe qui signe avec Le Tueur hypocondriaque son premier roman. Et non seulement ce livre est parfaitement hilarant, mais il est également d’une rare intelligence, très bien documenté. Une professeure de lettres ne peut que s’enthousiasmer en découvrant ou redécouvrant les nombreuses anecdotes sur des auteurs tous plus célèbres les uns que les autres qui viennent ponctuer et enrichir le récit initial. On ne peut que s’attacher et prendre pitié de ce personnage pathétique souffrant de maux tordus (jusqu’à une espèce d’aphasie surréaliste qui le fait parler et comprendre d’autres langues que la sienne !) Une véritable réussite ! Excellent remède en cas de coup de blues !!

Intrigue mathématicienne

11 Oct

Cela faisait longtemps que je voulais lire ce livre dont le titre m’intriguait beaucoup. C’est chose faite, et ça n’a pas été sans peine…

Le théorème du perroquet, Denis Guedj

Paris. Rue Ravignan dans le quartier de Montmartre. Monsieur Ruche, 84 ans, libraire, partage son grand appartement avec Perrette Liard qui le seconde depuis une vingtaine d’années aux Mille et Une Feuilles et ses enfants, les jumeaux Jonathan-et-Léa, « trente-trois ans et trois mètres quarante à eux deux », et Max, 12 ans, adopté tout bébé et sourd. Un jour, il reçoit une lettre mystérieuse venant d’Amazonie. Celle-ci a été écrite par un vieil ami de fac, Elgar Grosrouvre, perdu de vue depuis plus de 50 ans et exilé à Manaus. Celui-ci, se sentant menacé – par quoi, par qui, il ne le dit pas – lègue toute sa bibliothèque à Pierre Ruche. Pas n’importe quelle bibliothèque, la plus belle bibliothèque du monde spécialisée dans les mathématiques, avec des dizaines de livres vieux de plusieurs siècles !

Ruche n’a pas le temps de se remettre du choc que les livres font leur apparition et qu’il apprend la mort de son ami. Il décide donc, contraint par le sort, de sortir les livres des caisses et de les ranger dans ce qu’il nommera la BDF (Bibliothèque de la Forêt). Oui mais voilà, comment classer ces livres ? Monsieur Ruche ne connaît rien aux maths, lui, c’était la philosophie qui le branchait. Le voilà donc obligé de se mettre aux mathématiques pour ranger les ouvrages.

Mais le rangement n’est pas le seul de ses soucis. Il veut aussi élucider le mystère de la disparition de Grosrouvre. Pour l’aider, il peut compter sur sa famille de coeur. Et sur Nofutur, un perroquet magnifique, sauvé des mains de trafiquants d’animaux aux Puces par le jeune Max. Pour résoudre le problème Grosrouvre, tout ce brave monde va devoir se plonger dans un long voyage dans l’histoire des mathématiques, de l’Antiquité grecque à nos jours…

Je m’arrête là pour résumer ce gros pavé de plus de 650 pages. Une fois n’est pas coutume, j’avoue avoir sauté des pages. Non pas parce que je m’ennuyais. Mais parce que je ne comprenais rien ! Des pages remplies de théorèmes, de figures géométriques et autres développements mathématiques !

A part ça, j’ai bien aimé l’intrigue de fond. J’ai pu découvrir aussi à quel point les mathématiques étaient liées à la philosophie et j’ai appris des tas de choses sur les hommes qui pour moi n’étaient que des noms de théorèmes : Thalès, Pythagore et Archimède n’ont plus de secrets pour moi ! Enfin, si, car la somme d’informations est telle que je n’ai pas pu tout retenir et que je me suis un peu emmêlé les pinceaux avec toutes les histoires. Mais il fallait y penser à cette enquête quasi policière sur fond de maths. Cela m’a fait penser au Monde de Sophie de Jostein Gaarder, qui permettait, lui, de découvrir la philosophie.

Le tout est raconté avec une telle vivacité, les personnages sont dotés d’un tel enthousiasme pour connaître la vie des mathématiciens et résoudre leur énigme que je me suis laissée emporter moi-aussi. De nombreuses touches humoristiques parsèment également ce roman qui constitue donc une lecture à la fois ludique et instructive. Peut-être de quoi réconcilier les plus réfractaires -comme moi- avec cette science !