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Entre ciel et sable

Bonjour ! Qui dit mercredi dit jour des petits ! Aujourd’hui, je vous présente un album paru en février aux éditions HongFei.

Les mots sont des oiseaux, Marie Sellier et Catherine Louis

les-mots-sont-des-oiseauxPetit frère est heureux : il part se promener à la plage avec Grand frère. Sur le rivage, ils retrouvent Shu, l’amoureuse de Grand frère. Petit frère aurait bien aimé qu’elle lui raconte des histoires, mais les amoureux ne s’occupent que d’eux-mêmes, c’est ennuyeux. Alors Petit frère va créer ses propres histoires en regardant les oiseaux qui volent dans le ciel. Il se met à tracer des signes dans le sable pour relater les aventures qu’il imagine.

Ce très bel album donne la part belle à l’imaginaire et à la poésie. Les illustrations en noir et blanc, ponctuées de rouge, sont peu communes dans un album destiné aux jeunes enfants mais viennent accentuer avec brio l’onirisme du texte. Normalement conseillé à partir de 7 ans, les plus jeunes lecteurs – j’ai testé sur mon petit de 20 mois qui l’a tout de suite adopté – apprécient l’histoire et les graphismes et se reconnaissent dans le personnage de Petit frère qui découvre le monde et la nature qui l’entourent. Le petit garçon fait l’apprentissage de la solitude et parvient à trouver les ressources dans son imaginaire pour occuper le temps. Cette histoire permet donc d’expliquer aux enfants qu’ils peuvent se nourrir de tout ce qui se trouve autour d’eux pour laisser libre court à leur créativité. Petit coup de cœur pour cet album qui nous fait nous envoler au doux pays de l’enfance.

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psychologie·Roman

Entrailles démoniaques

Bonjour à tous ! J’espère que vous gardez le moral. Aujourd’hui, je vous présente un court roman paru aux éditions de L’Olivier. C’est une maison que j’affectionne particulièrement car leurs publications sortent de l’ordinaire et sont toujours d’excellente qualité.

Nul si découvert, Valérian Guillaume

144728_couverture_hres_0Voilà un homme bien étrange qu’est notre narrateur, un homme dont on ne sait rien ou presque si ce n’est qu’il adore passer sa vie à arpenter les rayons du supermarché, qu’il fréquente un bistrot où les autres clients aiment se moquer cruellement de lui et profiter de sa crédulité, qu’il rit aux méchancetés qui lui sont adressées, qu’il aime se faire fouiller par le vigile du centre-commercial, qu’il est tombé amoureux de Leslie, la fille qui travaille à l’accueil de la piscine. Il aimerait la conquérir mais son démon intérieur a décidé du contraire. Il lui est impossible d’y résister. C’est plus fort que lui, quand la pulsion arrive, il est obligé de dévorer tout ce qu’il y a dans son frigo, ses placards, et de dévaliser les rayons de la grande surface pour le satisfaire, jusqu’à la transe, jusqu’au dégoût.

« J’ai traversé la zone déserte pour porter ma malédiction ailleurs et sur le parking je me suis roulé en boule avec les larmes c’était ça le prix de mon châtiment mais dans les premières bleuités du jour veneur je me suis traîné à moitié en marchant à moitié en rampant vers La Mie Câline car je savais que j’avais une chance d’attraper le préparateur de cuisson alors j’ai frappé contre la porte pour qu’on m’ouvre bon au début il m’ignorait alors j’ai tambouriné si fort avec mes deux mais que peu après 6 heures il m’a ouvert la porte et j’ai couru sans rien dire vers les croissants tout chauds et les trente choco-beignets fourrés à la noisette qu’il y avait »

J’ai été littéralement absorbée par le récit de ce simple d’esprit qui remplit son vide intérieur et tente de combler sa solitude en se goinfrant jusqu’à s’en rendre malade. L’écriture, exempte de ponctuation, nous entraîne dans le flux des pensées de ce garçon pas comme les autres, rebut de la société mais totalement asservit par le dieu consommation. Le style fait penser au monologue intérieur de Molly dans la dernière partie de l’Ulysse de Joyce ou au début Des fleurs pour Algernon de Keyes. L’auteur mêle simplicité et poésie et nous permet de découvrir cet homme dans sa fragilité et sa complexité. Notre narrateur est en quelque sorte un enfant enfermé dans un corps d’adulte, ses réactions sont excessives, sans filtre, même s’il parvient parfois à maîtriser ses pulsions au dernier instant. La différence de cet homme met en relief toute la cruauté humaine, la vilenie de ceux qui se plaisent à persécuter les plus faibles pour se sentir puissants. Par le biais de ce narrateur pas comme les autres, l’auteur nous propose une critique de la société de consommation, de ce monde envahi par la publicité et l’injonction à acheter toujours plus pour avoir l’illusion d’être heureux. Amatrices et amateurs d’expériences littéraires, je vous recommande chaudement ce livre.

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L’amour toujours !

Bonjour et bon dimanche ! Aujourd’hui, je vous présente un très joli album pour enfants paru aux éditions Gautier Languereau.

Je t’aimerai toujours, quoi qu’il arrive…, Debi Gliori

61cttrc26pl._sx443_bo1204203200_Petit Renard est en colère. Rien ne va et il dit que personne ne l’aime. Sauf que ce n’est pas vrai. Sa maman ne cesse de lui répéter qu’elle l’aimera toujours, quoi qu’il arrive…

« Ecoute ma chanson, l’amour ne meurt jamais.             Quoi qu’il arrive, je t’aimerai. »

Voilà un très joli album destiné normalement aux 3-6 ans mais mon petit lecteur de 15 mois l’apprécie déjà beaucoup. J’ai beaucoup aimé cette histoire qui permet de rassurer les petits quant à l’amour qu’on leur porte et qu’on leur portera malgré les changements, que ce soient des changements d’humeur, de physique ou les bouleversements de la vie comme l’éloignement ou même la mort. Ce dernier sujet est vraiment abordé en filigrane à la fin du livre, de façon très poétique pour pouvoir en discuter avec les plus jeunes. Les illustrations sont vraiment très jolies, à la fois douces et colorées. Un petit coup de cœur pour ce livre à lire avec son enfant blotti contre soi.

 

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Quand tombe la nuit…

Vous souhaitez faire plaisir à votre enfant et faire une bonne action, n’hésitez pas à mettre ce magnifique album au pied du sapin. Un joli moyen de soutenir l’Unicef à l’occasion des 30 ans de la Convention internationale des droits de l’enfant. Vous le trouverez en librairie chez Flammarion Jeunesse ou sur la boutique solidaire Unicef.

Bonne nuit Planète, Liniers – Trad. Olivia Ruiz

9782081489431Une petite fille passe une journée bien remplie à jouer avec son doudou, Planète, qu’elle traîne partout. Le soir venu, elle lui souhaite une bonne nuit et s’endort contre lui. Mais pour le doudou, c’est le début de nouvelles aventures ! Vite, il rejoint le petit chien pour s’amuser et s’empiffrer de cookies. Puis une souris vient à leur rencontre leur promettant de leur montrer le plus gros gâteau de l’univers. Il est vraiment énorme et brille dans le ciel en pleine nuit. Planète monte tout en haut d’un arbre avec la souris et saute pour tenter de l’attraper. Le doudou n’arrivera pas à croquer la lune et retournera se coucher à côté de la petite fille, ni vu, ni connu.

Voilà un très bel album sous forme de bande dessinée qui offre une vision poétique du monde qui nous entoure. Les dessins sont d’une finesse et d’une beauté incroyable. C’est un vrai régal pour les yeux des petits et des grands. L’intrigue, semblable à celle de Toy story avec le jouet qui prend vie et part à l’aventure, ravira les plus jeunes enfants qui s’identifieront à la petite fille. Pour l’anecdote, mon petit Jules, 13 mois, ne s’en lasse pas ! Traduit de l’espagnol par la chanteuse et comédienne Olivia Ruiz, très engagée dans l’humanitaire, l’album est dessiné par Liniers, un artiste qui réalise des couvertures pour The New Yorker et dont les livres sont publiés dans de nombreux pays. Un vrai petit coup de cœur !

Nouvelles·Roman

Seul

L’automne s’installe et avec lui les jours raccourcissent, laissant cette légère mélancolie s’insinuer dans les foyers. Le court roman que je vous présente aujourd’hui, paru aux éditions L’âge d’homme, colle très bien à la saison ! 

Minuit blanc, Maxence Marchand

ob_5ca5e3_minuit-blanc-marchandUn jeune homme, approchant la trentaine, vient d’être quitté par celle qu’il aimait. Bien que sachant que la rupture menaçait, difficile pour lui d’encaisser le choc et de se retrouver seul dans l’appartement au double vitrage dans lequel ils avaient choisi de s’installer ensemble. Bientôt, des angoisses surgissent et il lui devient difficile de se mouvoir dans le monde qu’il entoure. L’hiver est là, et comme la nature, les sens du jeune homme sont engourdis.

Ce court roman – ou longue nouvelle – de Maxence Marchand a des allures de balade nocturne, hors de toute temporalité. Le lecteur est invité à suivre le jeune protagoniste dans ses réflexions, dans la tristesse langoureuse qui l’habite, dans ses tentatives pour se rattacher au monde alors qu’il ne trouve plus aucune prise. Son cœur et son âme frigorifiés dans le froid hivernal cherchent en vain le réconfort et les questionnements sur la vie et son sens se multiplient. L’écriture poétique nous plonge dans des limbes oniriques et nous invite à laisser errer nos pensées.

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Résurrection

En ces temps de remises de prix littéraires, on entend souvent parler des grandes maisons d’éditions. Je trouve très dommage que d’autres ne soient pas davantage mises en lumière car la richesse des textes qu’elles proposent valent largement les plus hautes récompenses. C’est le cas de la maison Au Diable Vauvert, qui propose un panel d’œuvres d’une grande diversité mais surtout d’une incroyable qualité. Et ce n’est pas le roman que je vais vous présenter aujourd’hui qui me fera dire le contraire !

C’est beau, la guerre ! Youssouf Amine Elalamy

006930841Après avoir assisté aux horreurs de la guerre dévastant son pays, un jeune comédien s’enfuit et embarque sur un navire de fortune pour l’Europe. A l’arrivée, il est placé avec les autres migrants dans un centre de réfugiés. C’est là qu’il proposera ses services : « réparer les vivants » en incarnant le rôle des disparus.

Ce texte est tout simplement bouleversant. L’auteur parvient à décrire l’horreur avec un réalisme poétique incroyable. Moi qui ne suis pas une adepte des longues descriptions, je me suis laissée entraîner dans celles de Youssouf Amine Elalamy avec grand plaisir. Le texte est violent, il transperce le cœur de ses images aussi sublimes qu’assassines. Mais au-delà de la violence de la guerre, l’auteur livre une véritable ode à l’humanité et à la paix. Grâce au regard porté sur une pléiade de personnages dont on découvre l’intimité, les sentiments et le parcours de vie, l’auteur rend hommage aux migrants et à toutes ces vies brisées. Enfin, en ne situant pas précisément son récit, ni dans le temps, ni dans l’espace, ce roman prend une dimension d’universalité qui dit tous les exils. Une pépite ! A découvrir en librairie à partir du 17 octobre.

Je ne résiste pas au plaisir de vous en livrer un extrait :

« Ma ville. Bombardée, détruite, incendiée, rasée. Ma ville, atteinte d’une étrange maladie qui, jour après jour, s’en prenait à son corps, l’attaquait et le brûlait jusqu’à n’en laisser que des ruines. Ma ville ne ressemblait plus à ma ville; on aurait dit un château de sable piétiné par une horde d’enfants. Toute chose a une couleur et la guerre c’est tout gris.Au premier coup de feu, les couleurs s’envolent et se dispersent d’un coup comme des oiseaux que l’on aurait fait fuir avec le bruit. Et même quand le ciel brûle et que le sang coule, la guerre c’est tout gris. D’un gris qui, tout comme les cendres, garde en lui le souvenir du feu. »

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Éloge des petits riens

Voilà un auteur qu’il est bon de savourer tranquillement en ces premiers jours d’automne.

L’extase du selfie et autres gestes qui nous disent, Philippe Delerm

l-extase-du-selfie-et-autres-gestes-qui-nous-disentJe ne résumerai pas ce livre puisqu’il s’agit de quarante-sept instants de vie, de gestes apparemment anecdotiques mais qui en disent tellement sur notre façon d’être au monde. En enchanteur du quotidien et de l’instant présent, Philippe Delerm célèbre, avec toute la poésie et la finesse qui le caractérisent, tous ces petits riens, ces petites manies et rituels gesticulatoires auxquels nous n’accordons pas forcément d’attention mais qui révèlent bien des choses sur notre société. Qui n’a jamais souri et ne s’est jamais étonné en regardant des jeunes filles prendre la pose avec un regard boudeur devant leur propre objectif ? Que cela signifie-t’il donc ? Et que peuvent bien dire de nous nos façons de faire les carreaux, de conduire notre caddie ou de tenir notre verre en société sans le boire ? Les amoureux de Philippe Delerm seront sans doute, comme moi, conquis par cet ouvrage qui vient de paraître au Seuil.

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A l’orée des souvenirs

Aujourd’hui, grâce à l’agence Anne et Arnaud et aux éditions Philippe Rey, je vous présente un premier roman qui, je l’espère, saura retenir votre attention.

La nuit introuvable, Gabrielle Tuloup

livre_moyen_370Nathan, jeune quadragénaire expatrié en Slovénie, reçoit un appel de France pour le moins déroutant. Une voisine de sa mère le presse de revenir au plus vite à Paris. La requête ne réjouit pas Nathan. En effet, depuis la mort de son père quatre ans auparavant, il a coupé tout lien avec sa génitrice. Il faut dire qu’elle n’a jamais témoigné à son enfant unique de beaucoup d’amour maternel. Pourtant, il décide de revenir à Paris pour en savoir plus. Le femme qu’il découvre a totalement changé. La maladie d’Alzheimer a pris possession de la vieille dame qui peine à reconnaître son fils. La voisine apprend à Nathan que Marthe a laissé huit lettres pour lui. Les missives ont été rédigées au début de la maladie, alors que Marthe possédait encore sa mémoire. Nathan pense récupérer les écrits sur le champ et repartir en Slovénie mais il se trompe. Sa mère souhaitait qu’il les reçoive une par une, à chacune de ses visites. Écœuré par un tel stratagème, il se résout néanmoins à accepter les règles du jeu après avoir ouvert la première lettre.

Voilà un premier roman emprunt d’une tendre délicatesse qui évoque avec finesse non seulement les troubles de cette terrible maladie qu’est Alzheimer mais aussi et surtout la complexité des rapports entre une mère et son fils. Les lettres permettent de remonter dans le temps et de comprendre pourquoi Marthe n’a pas réussi à créer de véritables liens avec Nathan. On découvre par ce biais une femme amoureuse, vivante, bien éloignée de la figure froide dépeinte par son fils. Au fur et à mesure qu’il découvre la vérité sur sa mère, Nathan va remettre en question sa propre existence, ressentir pleinement toute sa solitude et peut-être enfin pouvoir véritablement se construire et donner du sens à sa vie d’homme. Je vous conseille ce roman emplit d’une douce poésie. J’ai beaucoup aimé la sensibilité avec laquelle sont décrits les personnages et surtout la construction narrative avec les lettres que l’on attend de découvrir au fur et à mesure de l’avancée de l’intrigue.

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Instant présent

Ce soir, je vous invite, par le biais d’un manga magnifique, à savourer l’instant présent, à prendre le temps de vous promener et d’ouvrir grand vos yeux afin de ressentir pleinement tout les bienfaits du monde qui vous entoure.

L’Homme qui marche, Jirô Taniguchi

lhomme-qui-marche-de-jiro-taniguchi-e1504419458406Un homme vient d’emménager avec sa femme dans un quartier résidentiel. Peu de temps après leur arrivée dans la maison, ils découvrent le chien de l’ancien propriétaire et l’adoptent aussitôt. De ce couple, nous ne sauront rien d’autre sinon que l’homme se plaît à se promener. En effet, au moment où tout le monde se presse au travail, il aime prendre le temps de marcher et d’observer toutes les petites choses du quotidien qui nous entourent, tout ce à quoi plus personne ne fait attention, trop accaparé par le rythme effréné de la vie citadine.

Voici un magnifique manga de Taniguchi, qui fut, à l’époque, son premier ouvrage à paraître en français. La beauté de ce livre ne réside pas seulement dans les dessins – d’une finesse et d’une qualité sans égale – mais aussi dans le message qu’il envoie. En effet, dans une société nippone du début des années 90 qui prône la valeur travail, Taniguchi se fait taiseux et invite ses lecteurs à prendre le temps. Très contemplatif, ce manga poétique – qui ne comporte quasiment aucun dialogue – est une ode à l’oisiveté, aux déambulations sans but, juste pour se faire plaisir. Un véritable petit bijou visuel et spirituel. Laissez-vous tenter et découvrez ici mes autres chroniques sur cet auteur.

 

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Par delà le temps

Je m’accorde un moment de douceur dans ma série polars avec un magnifique premier roman.

Par un jour de thé gris, Eugénia Jeltikova

cent-mille-milliards-edition-couv-jour-the-grisThéo, jeune élève de CM2, a pour habitude de fréquenter la bibliothèque municipale tous les samedis et tous les mercredis après-midi afin de faire ses devoirs mais également d’effectuer d’innombrables exercices de mathématiques, extraits d’un manuel que lui a remis son père. Loin d’aborder ce travail comme une corvée, l’écolier prend au contraire plaisir à jouer avec les chiffres et imagine avec un bonheur son entrée en 6ème qui lui permettra d’améliorer encore son niveau dans cette discipline qu’il adore.

L’enfant n’est pas le seul à fréquenter assidûment la bibliothèque. Laure, une de ses camarades de classe, en fait tout autant. Pas étonnant qu’ils se disputent la première place en cours ! Quelqu’un d’autre aime aussi à passer son temps auprès des livres. Un « vieux » monsieur vient ainsi tous les jours s’installer à la même table pour consulter des revues et en faire des tas. Au fil des saisons et du temps qui passent, Théo va apprendre à connaitre le vieux et va l’aider, à sa manière, à lutter contre l’Oubli qui semble vouloir le dévorer.

Difficile de décrire l’extrême douceur dégagée par ce roman que je qualifierais presque de conte philosophique. Je me suis laissée emporter dans cet univers étrangement hors du temps alors que le temps qui passe est justement un thème majeur de ce roman. Le temps qui passe et ses conséquences : fin de l’insouciance pour Théo, début de troubles physiques et psychiques pour le vieux. Loin de s’arrêter à cette évocation d’un temps que rien ne peut retenir, l’auteur nous offre une jolie réflexion sur l’amitié inter-générationnelle. A l’heure d’une société dominée par le règne du chacun pour soi, où nos aînés sont assez aisément mis à l’écart, l’histoire de cette amitié discrète mais profonde qui unit un enfant à une personne âgée me semble bienvenue en portant les valeurs positives d’un partage réciproque. Mais outre le sujet, c’est essentiellement le style d’Eugénia Jeltikova  qui m’a transportée. Une écriture d’une infinie délicatesse et d’une poésie exceptionnelle teintée d’une légère mélancolie qui parvient à transmettre aux petites choses de la vie une importance capitale. De coups de gomme sur un cahier à la confection de petits paniers à partir de marrons, tous ces minuscules instants rendus minuscules et presque invisibles dans notre vie toujours plus pressée et « utile », confèrent à ce roman traitant du temps un caractère quasi intemporel. Si vous souhaitez aussi passer un tendre instant de lecture qui vous fera garder confiance en l’être humain, n’hésitez pas à vous offrir Par un jour de thé gris. Coup de cœur.

Je remercie vivement Eugénia et les éditions Cent Mille Milliards pour l’envoi de ce beau roman.