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Au coeur de la nuit

12 Fév

Après l’écoute du très documenté et passionnant tryptique de Pop-en-stock sur Choq.fm consacré à Lovecraft, et n’ayant jamais lu cet auteur dont le nom m’était pourtant familier, je me suis décidée pour un court roman (ou une longue nouvelle…) afin de pénétrer en douceur dans l’univers de ce maître de l’angoisse.

Celui qui chuchotait dans les ténèbres, Howard Phillips Lovecraft

Albert Wilmarth, professeur de littérature passionné de légendes et particulièrement du folklore de Nouvelle-Angleterre, découvre dans les journaux de nombreux articles concernant l’apparition de créatures étranges dans les cours d’eaux en crue après de terribles inondations dans le Vermont. S’il minimise les témoignages des paysans sans doute baignés dans la superstition depuis leur plus tendre enfance et qu’il continue à faire preuve de scepticisme après des discussions passionnées avec ses amis, il va finalement revoir ses positions et s’intéresser de près au problème après la parution d’articles de Henry Akeley, scientifique reconnu dans le Vermont.

Commence alors une correspondance entre les deux hommes. Bien vite, les lettres de Akeley effraient notre professeur par la précision des détails rapportés (des empreintes de pas de crabes géants, des voix inquiétantes, la découverte d’une pierre noire gravée de hiéroglyphes…) et l’apparition de plus en plus fréquentes de créatures venues, semble-t-il, d’un autre monde pour l’exterminer. Le vieux scientifique, reclus au fin fond des bois, invite notre professeur à le rejoindre pour constater les preuves de ces affirmations de lui-même. Ce dernier, bien que terrifié à l’idée de ce qu’il va trouver, ne peut refuser la proposition…

Le ton est donné. Dès le départ, on pénètre dans un univers fantastique avec l’intrusion d’éléments surnaturels dans un contexte réaliste, selon la définition qu’en donnera quelques dizaines d’années plus tard Todorov. Tout contribue à rendre l’atmosphère angoissante : la maison isolée dans des bois obscurs, loin de tout, des bruits, des voix inquiétantes, les empreintes de pas étranges, les témoignages d’apparitions de créatures mystérieuses, le tout enrobé de folklore et arrosé de pluie. Le lecteur est très vite happé dans cet univers hostile et sent monter son angoisse en même temps que celle du protagoniste (plutôt pragmatique au départ) auquel il s’identifie facilement. Si j’avoue toutefois avoir été quelque peu désarçonnée au départ par les références à des légendes et à un imaginaire lovecraftien que je ne connais pas ou très peu (certains noms ont fait tilt dans mon petit cerveau grâce à l’émission de radio !), j’ai vraiment dévoré ce court texte qui me donne envie de découvrir davantage cet auteur. J’ai d’ailleurs trouvé Démons et Merveilles dans ma bibliothèque, nul doute que je ne tarderai pas à m’y plonger !

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Mort à l’écran

18 Jan

Je tiens encore à remercier les éditions du Murmure et Libfly pour m’avoir fait parvenir ce livre !

Snuff movies – Naissance d’une légende urbaine, Antonio Dominguez Leiva et Simon Laperrière

« Qu’est-ce qu’un snuff movie? » vous demanderez-vous tout comme moi avant d’ouvrir ce petit opuscule. Du vieil anglais snithan qui veut dire massacrer ou démembrer, to snuff deviendra tuer en argot américain. Le snuff movie serait un film montrant des vrais meurtres. J’emploie le conditionnel puisqu’en réalité, on apprendra à la fin de l’essai qu’aucune enquête policière n’a jamais été capable de prouver que de tels films aient réellement existé – d’où la mention de « légende urbaine » dans le sous-titre.

Les auteurs dressent donc la genèse de ce « genre » cinématographique. Je ne mentionnerai ici que quelques-uns des faits les plus marquants afin de vous laisser le plaisir d’en apprendre bien davantage dans cet essai très détaillé. Dès les débuts de l’histoire du cinéma les distributeurs ont voulu relayer des morts véritables à l’écran sous couvert de documentaires (nombreuses exécutions filmées au début du 20ème siècle) afin d’assouvir la soif de sensations fortes du public. Mais bientôt, la censure va oeuvrer, interdisant (en France notamment) « tous spectacles cinématographiques publics de ce genre troublant l’ordre et la tranquillité publics ». A la fin des années 60, l’Amérique est épouvantée par les meurtres de Charles Manson et de ses disciples, et notamment par celui de l’actrice Sharon Tate, enceinte (épouse de Roman Polanski). Selon Ed Sanders, auteur de The Family (1971), un petit film montrant un corps décapité existerait. Selon d’autres sources, « une bobine contiendrait les images d’assassinats perpétrés entre 1968 et 1969 et pourrait être enterrée dans le désert de Mojave ». Ajouté au meurtre de la star, il n’en fallait pas moins pour faire naître une légende. En 1971, en Argentine, est tourné un navet, The Slaughter, surfant sur la vague de la « mansonsploitation. Le film est racheté quelques temps plus tard par Shakelton qui en effectue un remontage en ajoutant le pseudo vrai meurtre d’une actrice à la fin. Intitulé Snuff, le long-métrage fait scandale lors de sa sortie et donc salles combles.

Voilà donc un bref résumé de cet opuscule je le répète très documenté qui m’a permis de me familiariser avec un genre que je ne connaissais absolument pas. Le pari est donc réussi pour cette collection Boderline qui permet de faire découvrir de façon intelligente des sujets parfois pointus de la pop culture au grand public. Vous pouvez d’ailleurs retrouver les excellentes chroniques d’Antonio Dominguez et d’autres sur le blog pop-en-stock et dans l’émission du même nom sur Choq-fm.