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Mère amère

Je remercie vivement Le Passeur Éditeur pour m’avoir fait parvenir le roman que je vais vous présenter aujourd’hui.

Je n’écrirai que morte, Elisabeth Letourneur

teaserbox_60488890La narratrice et son mari, qui sont déjà parents d’une petite fille, décident d’agrandir la famille en adoptant un petit garçon au Vietnam.

Dès le départ, tout est bien sûr compliqué entre les démarches administratives, les frais multiples, le voyage à l’autre bout du monde et la confrontation avec une culture totalement différente de la notre.

Dès le départ, rien ne va entre la femme et l’enfant qui va lui être confié. Entre elle et celui qui va devenir son fils, par la force des choses.

Le lien, le tissu maternel qui devrait se former ne se fait pas. La narratrice demeure froide, insensible à cet enfant qu’elle est pourtant venant chercher. Pire, cette insensibilité se transforme en colère. Colère impossible à contenir. Colère qui trahit l’impuissance de la narratrice à se sentir mère d’un enfant auquel elle n’a pas donné vie.

Bientôt, arrive un premier geste insensé. Une gifle. Geste qui va se répéter. Trahissant le vide et l’impossibilité de créer ce lien d’amour nécessaire…

Voilà un premier roman coup de poing dérangeant, dont le thème ne manquera pas d’apparaître comme choquant. Une femme bat l’enfant qu’elle adopte. Elle le sait, elle en a conscience, elle essaie d’appeler à l’aide mais rien n’y fait. C’est plus fort qu’elle. Ce thème fort est magistralement servi par un style puissant, une ponctuation parfaitement maîtrisée et de courts chapitres qui traduisent bien la douleur de la narratrice. Un style ciselé que j’apprécie tout particulièrement.

Je ne sais si ce texte est d’inspiration autobiographique, mais l’intensité qui s’en dégage est tellement exceptionnelle que j’imagine – en tant qu’auteur – toute l’énergie qu’a dû employer Elisabeth Letourneur pour accoucher de ce premier roman. Et si le sujet traité n’est pas, a priori, des plus réjouissants, une lueur d’espoir apparaît à la fin, avec le commencement d’un processus  de guérison. Sans contexte mon plus gros coup de cœur de ce premier trimestre 2017, un roman que m’a fait avoir la chair de poule dans le bon sens du terme.

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire découvrir toute l’intensité de ce style si particulier :

« Je suis censée t’aimer, moi. Je suis censée venir adopter un enfant et en prendre soin, comme si c’était le mien.

Mais je suis insensée. Je ne le savais pas, avant. Pas avec cette force-là. Je ne suis pas sensée du tout, je m’en aperçoit là-bas, au Vietnam. […]

Je gifle un petit garçon qui ne comprend pas. 

Comment pourrais-je me parler à moi-même ? Evidemment que je ne me dis rien. Que ça ne me dit rien de me dire ça : tu frappes tous les jours l’enfant que tu adoptes.

Comment pourrais-je ?

Je me tais. Imaginez ne plus rien vous dire à vous-même, soudain. C’est un silence de fou qui se fait. Votre tête est insonorisée. Le son est coupé.

C’est mon corps qui fait. Mon corps te donne de petites gifles. Parfois une ou deux plus grosses. Tu ne pleures pas plus fort pour autant. Je ne me dis rien.

Mon cerveau n’entend pas arrête.

Je te dis tais-toi. Ça ne marche pas. »

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Au-delà des murs

Une fois n’est pas coutume, je viens vous parler de mon tout premier roman : Cris invisibles.

Pas évident de parler de son propre roman. Impossible d’être objectif. Et trop modeste et réaliste pour vous dire que c’est un excellent roman. Alors je vais faire simple et retranscrire la quatrième de couverture que j’ai rédigé.

Cris invisibles – Autiste et hyperactive, l’histoire de deux enfants hors du commun, Laurine Mondon

cris-invisibles-autiste-et-hyperactive-lhistoire-de-deux-enfants-hors-du-communAlors qu’il devrait s’amuser avec les enfants de son âge, Pierre préfère observer les papillons et rester seul. Sa mère aimerait le voir rire comme les autres mais c’est impossible. Le jeune garçon présente des troubles autistiques et ne peut pas communiquer.

Mathilde, jeune institutrice accablée par des névroses qui l’empêchent de trouver le sommeil, ne sait plus comment gérer Annabelle, une des ses élèves. L’enfant, véritable tornade, est tourmentée au point de rendre sa vie et celle de ses proches infernale.

Trois existences enfermées derrière des murs de silence, d’angoisse et de non-dits, trois destins qui vont se croiser… Parviendront-ils à casser les barreaux de leur propre prison et à vivre enfin pleinement ? Leur sensibilité exacerbée et leurs différences pourront-elles les aider à s’épanouir ?

Dans ce premier roman, j’ai choisi d’aborder des thèmes qui me sont chers. L’autisme – qui reste encore méconnu du grand public et peu traité dans la littérature -, mais encore les rapports mère-enfant et les problèmes de communication au sein de la structure familiale. Pour cela, j’ai décidé de croiser trois destins : celui de Pierre, enfant autiste, d’Annabelle, enfant hyperactive et de Mathilde, institutrice névrosée. J’ai aussi focalisé mon attention sur les mères des deux enfants en insistant sur leur force de caractère.

La chronologie n’est pas linéaire, surtout au départ, les analepses permettant d’éclairer la situation présente des personnages.

Si le roman peut apparaître comme sombre au début, la fin est volontairement lumineuse, afin de montrer au lecteur que si l’on parvient à briser les murs de sa propre prison, une vie meilleure est possible.

En espérant que ce premier roman saura vous séduire… Il est en prévente sur le site des Editions Kawa à ce lien. il sera très prochainement disponible sur Amazon puis dans toutes les librairies sur commande. N’hésitez pas à me laisser des messages pour de plus amples informations.

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Par delà le temps

Je m’accorde un moment de douceur dans ma série polars avec un magnifique premier roman.

Par un jour de thé gris, Eugénia Jeltikova

cent-mille-milliards-edition-couv-jour-the-grisThéo, jeune élève de CM2, a pour habitude de fréquenter la bibliothèque municipale tous les samedis et tous les mercredis après-midi afin de faire ses devoirs mais également d’effectuer d’innombrables exercices de mathématiques, extraits d’un manuel que lui a remis son père. Loin d’aborder ce travail comme une corvée, l’écolier prend au contraire plaisir à jouer avec les chiffres et imagine avec un bonheur son entrée en 6ème qui lui permettra d’améliorer encore son niveau dans cette discipline qu’il adore.

L’enfant n’est pas le seul à fréquenter assidûment la bibliothèque. Laure, une de ses camarades de classe, en fait tout autant. Pas étonnant qu’ils se disputent la première place en cours ! Quelqu’un d’autre aime aussi à passer son temps auprès des livres. Un « vieux » monsieur vient ainsi tous les jours s’installer à la même table pour consulter des revues et en faire des tas. Au fil des saisons et du temps qui passent, Théo va apprendre à connaitre le vieux et va l’aider, à sa manière, à lutter contre l’Oubli qui semble vouloir le dévorer.

Difficile de décrire l’extrême douceur dégagée par ce roman que je qualifierais presque de conte philosophique. Je me suis laissée emporter dans cet univers étrangement hors du temps alors que le temps qui passe est justement un thème majeur de ce roman. Le temps qui passe et ses conséquences : fin de l’insouciance pour Théo, début de troubles physiques et psychiques pour le vieux. Loin de s’arrêter à cette évocation d’un temps que rien ne peut retenir, l’auteur nous offre une jolie réflexion sur l’amitié inter-générationnelle. A l’heure d’une société dominée par le règne du chacun pour soi, où nos aînés sont assez aisément mis à l’écart, l’histoire de cette amitié discrète mais profonde qui unit un enfant à une personne âgée me semble bienvenue en portant les valeurs positives d’un partage réciproque. Mais outre le sujet, c’est essentiellement le style d’Eugénia Jeltikova  qui m’a transportée. Une écriture d’une infinie délicatesse et d’une poésie exceptionnelle teintée d’une légère mélancolie qui parvient à transmettre aux petites choses de la vie une importance capitale. De coups de gomme sur un cahier à la confection de petits paniers à partir de marrons, tous ces minuscules instants rendus minuscules et presque invisibles dans notre vie toujours plus pressée et « utile », confèrent à ce roman traitant du temps un caractère quasi intemporel. Si vous souhaitez aussi passer un tendre instant de lecture qui vous fera garder confiance en l’être humain, n’hésitez pas à vous offrir Par un jour de thé gris. Coup de cœur.

Je remercie vivement Eugénia et les éditions Cent Mille Milliards pour l’envoi de ce beau roman.

 

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Premier roman

Je remercie les éditions Syros qui me font une nouvelle fois découvrir un excellent roman jeunesse.

Comment j’ai écrit un roman sans m’en apercevoir, Annet Huizing

003914853La mère de Katinka est décédée brutalement alors que celle-ci n’était qu’une toute petite fille. Avec son frère Kalle, ils ont été élevés avec amour par leur père tout en devant parfois se débrouiller seuls.

Katinka a désormais 13 ans et elle est passionnée d’écriture. La jeune adolescente est impressionnée par sa voisine Lidwine, une romancière de renom qui donne des cours d’écriture. Prenant son courage à deux mains, Katinka va aller lui demander de l’aide pour écrire son propre roman. Le problème, c’est qu’elle ne sait même pas quoi raconter ni par où commencer. Au fil des textes que va écrire la jeune fille et des corrections apportées par l’écrivain, un lien profond va se tisser entre ces deux êtres dont l’un pourrait être la grand-mère de l’autre. Et au fur et à mesure de leurs conversations et des conseils prodigués par l’auteur, le roman va s’écrire sous nos yeux, comme par enchantement.

En arrivant à la fin de la lecture de ce roman, on comprend tout de suite pourquoi il et devenu en seulement un an un best-seller de la littérature jeunesse au Pays-bas. L’amitié naissante entre deux personnages si différents, l’adolescente peu épargnée par la vie qui raconte néanmoins avec humour son quotidien entourée par son frère et son père bedonnant en train de tomber amoureux, et surtout cette merveilleuse idée de composer un récit en intégrant sa critique, ses ratures et ses corrections font de ce livre une petite pépite que l’on a du mal à lâcher avant la fin. Car outre les thèmes abordés, c’est surtout le style qui est ici à saluer : au fur et à mesure de l’écriture, grâce à l’aide de la romancière qui lui apporte de nombreux conseils et grâce à son regard de plus en plus critique sur ses écrit, Annet Huizing, par le biais de sa narratrice Katinka, nous livre les secrets nécessaire à l’écriture d’un bon roman. Et le résultat est sans appel, c’est une vraie réussite ! Encore un coup de cœur !