Tag Archives: quête identitaire

La cité des mensonges

18 Déc

Le Japon. Ce pays qui me fait tant rêver ! Pourtant, ce n’est ni un nouveau Murakami que je vous propose aujourd’hui ni même un autre auteur nippon mais le roman d’une française qui a vécu 10 ans au pays du soleil levant.

Kabukicho, Dominique Sylvain

b9dc839a8b7e576590ec5b003a021fcaKabukicho, c’est le nom du quartier le plus sulfureux de Tokyo. Aucun intérêt de s’y rendre en journée car c’est la nuit que Kabuchiko s’éveille, illuminée par les néons des bars et love hôtels où les hôtesses et les hôtes se succèdent auprès de clients en quête d’estime. C’est dans ce royaume de l’alcool, de la drogue, du sexe et de l’argent facile gagné à coups de conversations creuses et de compliments tarifés que l’on fait la connaissance de Marie, une jeune française, qui voit fondre ses économies à vue d’œil. Un soir, dans un pub pour expatriés, elle rencontre Kate, une anglaise, réputée pour être l’hôtesse la plus populaire du club Gaïa – un établissement « à l’ancienne », où coucher avec les clients n’est pas obligatoire. Kate propose à Marie de venir travailler avec elle afin de se remplir les poches rapidement. Les deux jeunes femmes qui se lient d’amitié décident de devenir colocataires pour partager les frais de logement.

Un soir, alors que Marie se rend au club pour travailler, la patronne s’étonne de ne pas voir Kate. La française se montre inquiète également. Le lendemain, le père de Kate reçoit une photo de sa fille, allongée, les yeux clos, accompagnée d’un sinistre message : « Elle dort ici« . Inquiet, il prend le premier vol pour le Japon, bien décidé à faire la lumière sur ce mystère et surtout à retrouver sa fille.

La disparition inquiétante de la jeune occidentale est bien évidemment très vite parvenue aux oreilles de l’inspecteur Yamada, le capitaine du commissariat de l’arrondissement de Shinjuku. Cette histoire de photo envoyée au père de la disparue et le texte joint lui laisse un vilain arrière-goût de déjà vu. Exactement le même procédé qu’un tueur en série qui a mis la police japonaise en déroute pendant des années… avant d’être arrêté, condamné à mort et exécuté… A-t-on à faire à un admirateur ? Dans ce cas, le pire est à prévoir. Rapidement, les enquêteurs soupçonnent le bel et intrigant Yudai, l’hôte le plus convoité de Kabukicho, qui avait justement rendez-vous avec Kate, le soir de sa disparition…

Voilà longtemps que je n’avais pas lu un roman aussi rapidement ! Dominique Sylvain m’a littéralement transportée dans les rues artificielles de Kabukicho grâce à une intrigue extrêmement bien ficelée mêlant intrigue policière, amour, quête identitaire et étude sociologique que le regard des trois personnages principaux vient éclairer sous des angles différents. Chaque chapitre met en avant tour à tour Marie, Yudai et Yamada autour desquels gravitent une myriade de seconds rôles finement travaillés, permettant au lecteur de se plonger davantage dans cet entre-deux mondes qu’est le quartier des plaisirs tokyoïte. Si le lecteur attentif parvient assez facilement à dénouer les fils de cet imbroglio, il n’en sera pas moins conquis par la toile d’araignée tissée par l’auteur. Le suspens est présent du début à la fin et je me suis surprise à être épatée par la maîtrise avec laquelle l’écrivain est parvenu à mettre en scène la folie d’un personnage. Du grand art ! Merci aux éditions Viviane Hamy qui m’ont permis de découvrir cette pépite ! Coup de cœur !

 

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Club des cinq

29 Nov

J’ai été faible, j’ai encore craqué pour un Murakami…

L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, Haruki Murakami

9782714456878Alors qu’il a 36 ans, Tsukuru, architecte spécialisé dans la réfection et construction de gares, se remémore ses années de lycée, passées en compagnie de ses quatre meilleurs amis : Akamatsu surnommé Rouge, Ômi, Bleu, Shirane, Blanche et Kurono, Noire. Tsukuru, quant à lui, était incolore. Alors que les cinq amis étaient totalement inséparables, Tsukuru va décider de partir effectuer ses études supérieures à Tokyo alors que les quatre autres préfèrent rester à Nagoya. La première année, leur amitié demeure intacte. Mais quelques mois plus tard, alors que Tsukuru revient passer ses vacances à Nagoya et tente de contacter ses amis, personne ne lui répond. L’un des quatre finit par lui signifier qu’ils ne veulent plus jamais avoir affaire à lui, sans donner aucune explication. Tsukuru, sous le choc, ne songe pas à en demander.

Va s’en suivre pour notre jeune ami qui a alors 20 ans, une longue dépression. Pendant quelques mois, il va se sentir comme mort avant de refaire peu à peu surface, tout en s’interrogeant toujours sur le brusque rejet dont il a été victime. C’est toujours l’esprit rongé par cette histoire, qu’il va, à 36 ans, faire la rencontre de Sara, une jeune femme pour laquelle Tsukuru est prêt à affronter ses démons passés afin de pouvoir enfin vivre. Pour cela, il va devoir effectuer un pèlerinage qui va le mener de Nagoya jusqu’en Finlande. Il lui faut enfin comprendre pourquoi il a ainsi été rejeté du cercle parfait qu’ils formaient tous les cinq.

Ce roman de Murakami se lit presque comme un polar. Le personnage principal, en proie à un constant doute existentiel, se livre à une quête personnelle, à la manière d’un détective, qui va le pousser dans ses plus profonds retranchements. Il ne pourra parvenir à vivre sa vie pleinement qu’en répondant à la question qui le torture depuis 16 ans : pourquoi a-t-il été rejeté de son cercle d’amis ? Parce qu’il était trop incolore à leurs yeux ? Parce qu’il s’était trop éloigné en partant étudier à Tokyo ? Toutes les suppositions qu’il peut imaginer ne sont pas assez violentes pour expliquer un rejet si brutal. Quel acte a-t-il bien pu commettre ? Les réflexions du personnage permettent à l’auteur de faire naître une atmosphère de nostalgie qui va irriguer tout son texte en même temps que l’idée que l’homme a toujours plusieurs facettes dans sa personnalité, sans en avoir forcément toujours pleinement conscience. Personne n’est blanc ou noir, chacun possède un jardin secret qui le rend unique et qui fait sa couleur. Si la frontière entre rêve et réalité est parfois plus que poreuse, ce roman de Murakami est moins tourné vers l’onirisme et les mondes parallèles que 1Q84 ou Kafka sur le rivage. Mais davantage que dans ces œuvres, la quête identitaire emprunte de nostalgie est ici primordiale. Un très agréable moment de lecture.