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Les femmes, les vieux et les robots d’abord !

26 Mai

Cette chronique et la suivante vont être consacrées à un futur que l’on imagine proche. Dans des styles tout à fait différents. Il s’agit d’un pur hasard, mais en même temps, pour vous qui me suivez depuis un moment, vous savez que je suis friande de de dystopies. Voici tout d’abord la version BD.

Mamma m’I.A., Anne-Caroline Paucot et Olivier Pelletier

mamma-m-ia-bienvenue-dans-la-realite-augmentee-220x300Cette bande dessinée est constituée de huit petites histoires abordant des thèmes centraux du monde de demain. L’humour, omniprésent, permet d’interroger sur la question de l’Intelligence Artificielle. Est-elle bénéfique ou au contraire nous promet-elle un avenir cadenassé ? Parmi les sujets traités : les relations amoureuses, la santé, la parité hommes-femmes, les personnes âgées, les études, les robots…

J’ai particulièrement apprécié la première historiette qui permet de voir la ville « en beau » grâce à des lunettes de réalité augmentée qui deviennent presque une drogue tant l’univers qui nous entoure à toutes les raisons de nous rendre maussade. Très drôle aussi l’histoire sur l’hypocondrie suscitée par nos objets connectés qui permettent de vérifier à chaque seconde si nous sommes en bonne santé. Et si nous vivions plus tard dans une société où les robots nous piquaient nos emplois, où les vieux faisaient régner la terreur, et où, pire, les femmes prenaient le pouvoir ?! Autant de sujets qu’abordent avec humour l’auteure Anne-Caroline Paucot et l’illustrateur Olivier Pelletier. Une bande dessinée fine, tout en ironie et en décalage qui posent des questions réalistes sur le monde de demain. A mettre d’urgence dans les mains de vos ados geeks ! Merci à l’agence Anne et Arnaud et aux éditions Massot pour cette découverte.

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Retour vers le futur

2 Jan

Pour cette première chronique de l’année 2016, je tiens à remercier les éditions Syros pour leur confiance. J’ai en effet eu la chance de recevoir un exemplaire des épreuves non corrigées de ce livre qui paraîtra le 7 janvier. Une jolie façon de commencer l’année. Je vous souhaite d’ailleurs tous mes vœux de bonheur et de belles aventures livresques.

Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous, Nathalie Stragier

1507-1Andréa, 16 ans, est une lycéenne de 2019 comme les autres, qui rêve de liberté, si ce n’est qu’elle est uniquement entourée d’hommes depuis la disparition de sa mère. Elle vit avec son père flic et ses deux frères, Pierrick l’aîné et Tiago le cadet. Son seul véritable ami est Mathias, avec lequel elle envisage de découvrir l’Europe de l’est l’été prochain. Evidemment, son père refuse de lui accorder la permission sous prétexte qu’elle est trop jeune et que ce périple est trop dangereux pour une fille.

Un matin, alors qu’elle se rend au lycée, en retard, comme d’habitude, Andréa remarque un groupe de filles pour le moins étranges. Elles sont toutes très grandes, habillées bizarrement et très laides. Alors qu’elle cherche à percer le mystère de ces géantes, le groupe disparaît mystérieusement. Une seule d’entre elles est restée proche de la grille du lycée et semble complètement paniquée. Elle se nomme Pénélope et alors qu’Andréa tente d’entamer la conversation et de l’aider, la jeune inconnue décline son offre et surtout refuse de quitter l’endroit où elle se trouve, persuadée que ses amies vont revenir la chercher…

Par la force des choses, Andréa va décider de ramener Pénélope chez elle pour l’aider. Mais cela pourrait bien être la pire décision de sa vie tant l’inconnue est envahissante et maladroite. Bientôt cependant, Andréa apprendra que la demoiselle vient du futur et qu’elle est terrifiée par ce qu’elle nomme le Moyen-âge tardif. Pour elle, en effet, 2019 est une époque barbare, très dangereuse, de laquelle elle doit partir le plus vite possible. Andréa aimerait en apprendre davantage sur le futur mais Pénélope refuse de lui dévoiler quoi que ce soit de crainte de bouleverser l’ordre établi. Elle détient en particulier un secret qu’elle ne doit révéler sous aucun prétexte.

Pour un premier roman, Nathalie Stragier signe une comédie d’aventure délirante. Les événements s’enchaînent à toute vitesse et le lecteur est porté dans l’intrigue par un suspens sans cesse renouvelé. L’auteure use à fond du ressort comique du quiproquo, les proches d’Andréa étant persuadés que Pénélope est une réfugiée politique, et c’est le sourire aux lèvres qu’on progresse dans le livre. Les temps-morts n’existent pas, l’intrigue étant soutenue par une course contre la montre exaltante lorsque, mise au courant du terrible secret, Andréa comprendra que Pénélope détient le pouvoir de changer le sort de l’humanité. Mais ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant, c’est le regard extérieur porté par cette fille du futur sur notre civilisation : la mixité, le fait de manger de la viande, de s’habiller de la même façon, l’épilation des femmes et non des hommes… évidemment, ce regard est porteur de préjugés que seule l’expérience pourra démentir mais il permet également de nous faire réfléchir de manière humoristique sur nos habitudes. Ce n’est pas sans rappeler Les Lettres persanes de Montesquieu, roman épistolaire rassemblant la correspondance fictive entre des voyageurs persans en France et leurs amis restés en Perse. Une façon déguisée de critiquer la société française du 18ème siècle sans risquer la censure. De la même façon, la vision du futur qu’il nous est permis d’entrevoir par le biais de Pénélope n’est peut-être pas aussi idéal qu’il n’y paraît.

Ce roman humoristique, qui mêle à la fois science-fiction et suspens digne d’un thriller, permettra aux ados de réfléchir sur le monde qui nous entoure, sur l’acceptation de la différence et sur bien d’autres thèmes très sérieux à la fois éthiques et philosophiques tout en passant un excellent moment de détente. Une bonne manière de commencer 2016.

Enquête picturale

7 Août

Voilà un livre que j’ai eu bien du mal à terminer… signe qu’il ne m’a absolument pas passionné !

Le Secret de Maître Joachim, Sigrid Heuk

Peter est un adolescent un peu spécial. Alors que tous les jeunes de son âge se retrouvent pour jouer au foot, boire une bière et draguer les filles, lui est féru de peinture et d’histoire. Un jour, il tombe sur un livre de peintures de Joachim Patinir, un peintre flamand du XVIème siècle. Alors qu’il le parcourt, il reste fasciné par une oeuvre en particulier : « Saint Christophe portant l’enfant Jésus ». Ce tableau l’intrigue beaucoup à cause d’un détail bien particulier au second plan : un mort gît au bord de l’eau. Peter aimerait savoir ce que fait ce mort sur cette peinture : qui était-il ? comment est-il mort ?

Après avoir passé des jours et des mois à la bibliothèque en recherches infructueuses, l’adolescent ne voit qu’un seul moyen de résoudre l’intrigue qui le hante : pénétrer dans le tableau afin de mener l’enquête…

Comme je l’ai dit en introduction, je n’ai pas du tout accroché à l’intrigue de ce roman jeunesse. Pourtant, le mélange policier et fantastique m’avait d’abord alléchée. Mais l’auteur en fait beaucoup trop. On a l’impression d’un long exposé sur l’histoire de la peinture flamande puis sur la vie au XVIème siècle. Tous les détails donnés font davantage penser à une notice biographique qu’à un roman. Il me paraît bien difficile également de se mettre dans la peau de ce héros si déconnecté de la réalité et monomaniaque. Le passage dans et hors du tableau n’est pas très réussi, en tout cas, je ne suis pas parvenue à me mettre dans l’ambiance « retour vers le futur » intellectuel. Le tout est en plus mis en abîme, ce qui ajoute à la surcharge de l’ensemble.

Peut-être que ce livre intéressera quelques élèves amateurs d’histoire en classes de 5ème ou 4ème mais je doute qu’il passionne les foules !