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Enquête d’identité

16 Fév

Revenants – Trilogie New-Yorkaise, tome 2, Paul Auster

Ravie par le premier tome de la trilogie, Cité de verre, je me suis tout de suite lancée dans la lecture du deuxième avec de grandes attentes. Je dois avouer que j’ai été un peu déçue…

Bleu est un jeune détective privé initié au métier par Brun. Un jour, Blanc vient trouver Bleu pour lui confier une affaire : il devra filer un certain Noir et noter tous ses faits et gestes aussi longtemps qu’il faudra. Blanc ne donne pas d’autres indications. Bleu devra se contenter de suivre Noir et d’envoyer son rapport à Blanc en double exemplaire chaque semaine.

Voilà pour l’intrigue. A partir de là, Bleu va se poster dans un appartement dont une fenêtre donne sur celle de celui de Noir. Il va passer ses journées à le regarder écrire un manuscrit dont il ne sait rien. Les jours passent, la vie de Noir – et celle de Bleu, par la même occasion – est vide de sens : il passe le plus clair de son temps à écrire dans son appartement et ses rares sorties sont consacrées à quelques courses insignifiantes. Plus le temps s’écoule, plus Bleu se demande à quoi rime cette enquête et plus il perd les repères de sa propre existence à force d’observer la vie d’un autre qui ressemble étrangement à la sienne. Bleu, qui se croit maître de la situation, se rendra finalement compte qu’il est le jouet d’un marionnettiste, pris au piège d’un destin qu’il ne contrôle pas.

Une fois de plus, la quête d’identité est au coeur de ce livre, à la fois roman policier et réflexion métaphysique. Le thème du miroir, du double est mis au service de l’intrigue policière qui se voit bientôt réduite à un jeu de dupes, Bleu et Noir ne formant que les deux faces d’un même personnage. Ici aussi, comme dans Cité de verre, la mise en abîme est un des principaux ressorts de l’écriture puisque le livre que nous sommes en train de lire semble bien être le contenu des rapports de Bleu et des écrits de Noir.

J’ai moins apprécié ce deuxième tome en raison d’une narration trop froide à mon goût. Je n’ai absolument pas réussi à m’identifier à ces personnages sans identité – vous me direz que c’était le but, certes. Le fait qu’il n’y ait aucun chapitre, aucun saut de lignes et de nombreuses digressions m’a également perturbée. Toutefois, ce roman demeure une oeuvre intelligente qui confirme le talent de Paul Auster. Je pense laisser passer quelques temps avant d’entamer la lecture du troisième tome, La chambre dérobée, afin d’en profiter pleinement.

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Déambulations kafkaïennes

13 Fév

J’ai longtemps attendu ces livres dans ma boîte aux lettres. J’ai enfin pu lire le premier de la trilogie.

Cité de verre – Trilogie New-Yorkaise tome 1, Paul Auster

Il est des livres qui donnent à réfléchir et mettent à mal nos certitudes de lecteurs. Cité de verre en fait incontestablement partie.

Un auteur de polars, Quinn, est subitement réveillé par un coup de téléphone qui ne lui est pas destiné. La voix à l’autre bout du fil demande à parler à un certain Paul Auster, un détective privé. Quinn commence par expliquer à son interlocuteur qu’il fait erreur. Mais après de nouveaux appels, il finit par endosser l’identité d’Auster. Il faut dire que les identités multiples, ça le connait ! Quinn publie chaque année sous le pseudonyme de William Wilson les aventures de Max Work. Depuis qu’il écrit, et qu’il a perdu sa femme et son jeune fils, l’auteur ne se pense plus comme une personne réelle, donc endosser l’identité du fameux Auster ne le perturbe pas vraiment.

Il se rend donc au rendez-vous fixé par son interlocuteur, un certain Peter Stillman. C’est sa femme, Virginia, qui le reçoit. Entre alors en scène celui que l’on nommera Peter Stillman. Cependant, ce dernier n’est pas certain de s’appeler ainsi. Il entreprend un long monologue pour le moins décousu. Lorsqu’il cesse de parler, Quinn constate qu’il fait nuit dehors. Stillman sort de salon et sa femme vient enfin éclairer la lanterne de notre héros. Le père de son mari, Peter Stillman, un ancien professeur renommé ayant subitement perdu la tête, a été condamné plusieurs années plus tôt pour avoir enfermé son fils dans une pièce sans lumière et sans lui adresser la parole afin de réaliser une folle expérience sur le langage. Stillman doit sortir de prison et revenir à New-York le lendemain. Virginia, qui craint pour la sécurité de son époux, souhaite que Auster surveille les moindres faits et gestes de l’homme et qu’il la prévienne si jamais celui-ci tente une approche quelconque.

A partir de là, Quinn-Auster va arpenter les rues new-yorkaises, suivant celui qu’il pense être le véritable Stillman. L’auteur se retrouve dans une affaire extravagante, à la limite de l’absurde.

Le roman repose à la fois sur une faille de l’identité et sur le principe de mise en abîme, de roman dans le roman. L’intrigue policière de départ n’est qu’un prétexte à un roman plus complexe, d’une intelligence rare, qui offre une réflexion sur la littérature et le statut de l’auteur dans son oeuvre. De nombreuses allusions historiques et littéraires jonchent le parcours de Quinn dans une cité aux allures labyrinthiques, métaphore kafkaïenne de la complexité de l’esprit.

J’ai vraiment apprécié ce livre complexe dans lequel rien n’est certain jusqu’à la dernière page. Je sais d’avance qu’il me faudra le relire afin d’en découvrir toutes les clés. En attendant, j’ai hâte de lire le tome 2, Revenants, et de partager mes impressions avec vous.