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En voiture, Simone !

9 Avr

Je suis sûre et certaine que, comme moi, vous les attendiez impatiemment… Les revoilà, les revoilou… Mais qui donc me direz-vous ? Mais les Lutins Urbains évidemment !

Le péril Groumf – Les Lutins Urbains – Tome 4, Renaud Marhic

le-peril-groumf-les-lutins-urbains-tome-4-191x300Gustave Flicman, notre jeune policier qui a été débauché du commissariat de quartier Adinike par le ministère pour assurer la sécurité du Président, n’est pas au bout de ses peines. En effet, alors qu’il visitait la Grosse Cité en compagnie de son père, le Pacha Directeur Général du Pépettochistan, le jeune pacha-héritié s’est fait dévalisé. Seul témoin de la scène, notre brave ami… Et ce qu’il a vu n’est pas joli, joli… Le coupable ne serait autre que le célèbre Yéti… Impossible me direz-vous ? Pas si sûr que cela… Une chose est certaine, c’est que Gustave n’est pas prêt de souffler. Le Pacha menace de déclencher la 3ème guerre mondiale si le jouet préféré de son fiston n’est pas retrouvé fissa. Et quand on sait que le voleur a quitté la ville accompagné du Troll, c’est la cata ! Prenant son courage a deux mains, secondé par ses amis les Lutins Urbains, Gustave va mettre les voiles pour une aventure hors du commun…

Une fois de plus, c’est avec plaisir que je participe à l’opération du Livre voyageur organisée par Renaud Marhic, alias le Petit Reporter de l’Imaginaire. Depuis le départ, j’ai le plaisir de suivre l’aventure de ces lutins facétieux et le plaisir est sans cesse renouvelé. On retrouve, dans ce quatrième opus, tout ce qui fait le style et le charme de l’écriture de l’auteur : les rimes, l’utilisation d’un vocabulaire varié, riche en synonymes et périphrases – ce qui est très appréciable pour la professeure de lettres que je suis -, les interpellations du narrateur avec les fameux petits « Psiiiiit ! », marque de fabrique inimitable et surtout, surtout, l’humour décapant, omniprésent. Cette fois-ci, nos amis nous entraînent dans un voyage totalement hallucinant et abracadabrantesque. Si vous avez des enfants entre 10 et 12 ans qui aiment les histoires farfelues, ce livre est fait pour eux. Pas de panique s’ils n’ont pas lu les premiers tomes ! L’histoire se lit indépendamment des précédents romans. Et si vous voyez qu’ils en sont friands, n’hésitez pas à vous procurer les premiers tomes, ils étaient excellents (à découvrir ici).

Et encore un grand merci à Renaud Marhic, un auteur d’une extrême sympathie et aux Editions P’tit Louis.

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Preuve que le livre a bien voyagé… De la Bretagne à la Bourgogne ! Demain, il retourne au bercail !

Secrets islandais

6 Avr

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Herjolfur est en train d’enquêter par une nuit sombre dans une petite ville tranquille de l’extrême nord de l’Islande lorsqu’on lui tire dessus. Son collègue, Ari Thor, arrivé à Siglufjördur avec sa femme il y a 5 ans, va se voir confier l’affaire. Grippé, le jeune policier sait que lui-même aurait pu être la cible car Herjolfur le remplaçait pendant son congé maladie.

Ari Thor va bien vite s’apercevoir que ce petit port de pêche où tout le monde se connaît recèle son lot de secrets… Qui a bien pu tirer à bout portant sur son supérieur ? C’est à cette question que devra répondre l’enquêteur dont l’une des pistes le mènera jusque dans un hôpital psychiatrique aux pratiques douteuses de Reykjavik…

Si, comme moi, vous êtes amateurs de polars, vous ne serez pas déçus par Mörk. Ce roman m’a tenue en haleine du début à la fin grâce à des chapitres courts qui mettent en avant les différents protagonistes de l’intrigue. Chaque personnage fait l’objet d’un travail méticuleux du point de vue de la psychologie ce qui permet de nouer très profondément l’intrigue. Une véritable toile d’araignée semble se tisser rendant le jeu de piste quasiment inextricable. Ce n’est que dans les toutes dernières pages que le lecteur verra les liens se desserrer. Une écriture fluide, qui se fait poétique dans les description des paysages islandais, vient servir avec brio ce très bon polar.

Merci à l’agence Anne et Arnaud et aux Editions de La Martinière pour cette belle découverte.

Mère amère

20 Mar

Je remercie vivement Le Passeur Éditeur pour m’avoir fait parvenir le roman que je vais vous présenter aujourd’hui.

Je n’écrirai que morte, Elisabeth Letourneur

teaserbox_60488890La narratrice et son mari, qui sont déjà parents d’une petite fille, décident d’agrandir la famille en adoptant un petit garçon au Vietnam.

Dès le départ, tout est bien sûr compliqué entre les démarches administratives, les frais multiples, le voyage à l’autre bout du monde et la confrontation avec une culture totalement différente de la notre.

Dès le départ, rien ne va entre la femme et l’enfant qui va lui être confié. Entre elle et celui qui va devenir son fils, par la force des choses.

Le lien, le tissu maternel qui devrait se former ne se fait pas. La narratrice demeure froide, insensible à cet enfant qu’elle est pourtant venant chercher. Pire, cette insensibilité se transforme en colère. Colère impossible à contenir. Colère qui trahit l’impuissance de la narratrice à se sentir mère d’un enfant auquel elle n’a pas donné vie.

Bientôt, arrive un premier geste insensé. Une gifle. Geste qui va se répéter. Trahissant le vide et l’impossibilité de créer ce lien d’amour nécessaire…

Voilà un premier roman coup de poing dérangeant, dont le thème ne manquera pas d’apparaître comme choquant. Une femme bat l’enfant qu’elle adopte. Elle le sait, elle en a conscience, elle essaie d’appeler à l’aide mais rien n’y fait. C’est plus fort qu’elle. Ce thème fort est magistralement servi par un style puissant, une ponctuation parfaitement maîtrisée et de courts chapitres qui traduisent bien la douleur de la narratrice. Un style ciselé que j’apprécie tout particulièrement.

Je ne sais si ce texte est d’inspiration autobiographique, mais l’intensité qui s’en dégage est tellement exceptionnelle que j’imagine – en tant qu’auteur – toute l’énergie qu’a dû employer Elisabeth Letourneur pour accoucher de ce premier roman. Et si le sujet traité n’est pas, a priori, des plus réjouissants, une lueur d’espoir apparaît à la fin, avec le commencement d’un processus  de guérison. Sans contexte mon plus gros coup de cœur de ce premier trimestre 2017, un roman que m’a fait avoir la chair de poule dans le bon sens du terme.

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire découvrir toute l’intensité de ce style si particulier :

« Je suis censée t’aimer, moi. Je suis censée venir adopter un enfant et en prendre soin, comme si c’était le mien.

Mais je suis insensée. Je ne le savais pas, avant. Pas avec cette force-là. Je ne suis pas sensée du tout, je m’en aperçoit là-bas, au Vietnam. […]

Je gifle un petit garçon qui ne comprend pas. 

Comment pourrais-je me parler à moi-même ? Evidemment que je ne me dis rien. Que ça ne me dit rien de me dire ça : tu frappes tous les jours l’enfant que tu adoptes.

Comment pourrais-je ?

Je me tais. Imaginez ne plus rien vous dire à vous-même, soudain. C’est un silence de fou qui se fait. Votre tête est insonorisée. Le son est coupé.

C’est mon corps qui fait. Mon corps te donne de petites gifles. Parfois une ou deux plus grosses. Tu ne pleures pas plus fort pour autant. Je ne me dis rien.

Mon cerveau n’entend pas arrête.

Je te dis tais-toi. Ça ne marche pas. »

Vie libre

28 Fév

Aujourd’hui, je vous présente le deuxième des quatre romans que m’ont gentiment fait parvenir les éditions du Muscadier.

Les mains dans la terre, Cathy Ytak

9791090685703_frame-165x250Mathias est un jeune homme qui a tout pour être heureux, en apparences du moins : étudiant brillant, parents très aisés qui financent ses études supérieures et lui offrent des vacances à l’autre bout du monde dans des hôtels luxueux… Cependant, Mathias ne se sent pas à sa place dans cette vie que lui ont tracée ses parents, dans cet univers superficiel où l’argent règne en maître et où tous les coups sont bons pour écraser son prochain afin de s’enrichir davantage. Lors d’un voyage au Brésil, il se rend compte à quel point il refuse de participer à accroître les inégalités en reprenant l’entreprise de son père qui profite de la crise pour générer des bénéfices records sur le dos des plus pauvres. Grâce à une statuette en terre cuite rapportée de son séjour, il va trouver le courage de s’affirmer contre la volonté de ses parents, le courage de choisir de mener sa vie comme il l’entend et d’acquérir une richesse qui ne s’acquiert avec aucune monnaie : le bonheur.

Je n’irai pas par quatre chemins : j’ai adoré ce court roman. Vraiment. Par tous les messages qu’il parvient à faire passer en cinquante pages. Ça commence par un message de tolérance et d’ouverture d’esprit. Mathias est homosexuel. Même si ce thème demeure assez sous-jacent, on sent que le personnage a dû se battre pour faire accepter cette différence à ses parents, pour imposer ce choix qui ne va pas forcément dans le sens de ce que la société juge moral ou convenu. Un message économique et politique ensuite. Avec une critique du système capitaliste où des patrons richissimes sont prêts à tout pour étendre leur fortune et n’hésitent pas à piétiner ceux qui n’ont déjà que peu de choses pour ce faire. Une véritable leçon de vie et de courage enfin. Avec le refus de Mathias de prendre l’orientation professionnelle qui a été choisie pour lui. Avec sa prise de conscience sur la réalité de la vie hors de sa prison dorée. Prise de conscience également que l’argent ne fait pas le bonheur, loin de là. Que la véritable richesse est celle du cœur et de l’âme. Que vivre de ses passions – même si elles rapportent peu d’argent – rend immensément riche car cette vie apporte un bonheur inestimable. Que vivre avec le strict minimum dans une vieille bicoque mais entouré d’amour, en assumant ses convictions, en existant en parfaite harmonie avec ses choix et sa morale, vaut largement plus que tout l’or du monde qui n’est que richesse superficielle et qui recouvre bien souvent d’un film doré une grande pauvreté spirituelle et un cœur immensément vide. Gros coup de cœur !

Intermède

28 Déc

Bonjour à tous ! J’espère que vous passez de bonnes fêtes !

Un petit message pour vous dire que le blog n’est pas en pause mais que je suis sur une lecture pour le moins complexe et longue en ce moment.

Un livre-concept qui mêle différentes histoires, différents supports (comme vous pouvez le constater sur les photos)img_20161228_163602 et qui nécessite du coup beaucoup de temps de lecture. Voilà quinze jours que je l’ai commencé et je n’ai suis pas à la moitié… (bon, à ma décharge, j’ai aussi été bien occupée ces derniers temps entre l’achat des cadeaux, les dégustations de foie gras et de chocolats – arrosées de quelques petits verres histoire d’oublier – et le départ à la montagne). img_20161228_170121

Mais ne vous inquiétez pas, j’avance au plus vite dans les méandres de cet objet littéraire non-identifié et je reviens avec deux nouveautés : un polar et un roman jeunesse/young adult. En attendant, je vous souhaite une excellente fin d’année 2016 !

Je communique donc je suis

11 Déc

Je casse le rythme des nouveautés avec ce livre débusqué cet été au cours d’un vide grenier. Pour tout vous dire, les livres sont ma seule et unique motivation lorsque que je fréquente ce genre de manifestations…

Une vie à se dire, Jacques Salomé

518w9j4eapl-_sx195_Pour le propos du roman, ça va être du rapide ! -autant vous prévenir vu que ce n’est pas franchement dans mes habitudes.

Une mère de famille, Anne, après avoir assisté à de nombreuses conférences et lu plusieurs livres, décide d’introduire, au sein de son environnement relationnel, la méthode ESPERE (Energie Spécifique Pour une Ecologie Relationnelle Essentielle) du psychosociologue Jacques Salomé. Nous suivons donc son quotidien, celui de ses trois enfants, de son époux et du groupe de femmes et d’hommes qui viennent partager leur expérience avec elle qui tentent de se former à un nouveau style de communication, fondé sur la bienveillance et la responsabilisation afin de remplacer notre langage souvent basé sur l’agressivité et la mauvaise foi.

A la lecture de ce court résumé, vous penserez sans doute comme moi : il a un sacré culot ce Jacques Salomé pour faire la pub de ses bouquins et de ses conférences dans un roman ! C’est certain. Mais à sa décharge, moi qui ne lit que très rarement des ouvrages de développement personnel j’ai bien accroché à cette méthode expliquée sous forme romancée. Si pas mal de discours sont totalement irréalistes – notamment ceux tenus par les enfants  qui s’expriment comme des chiens savants et qui ne sont que des J. Salomé version miniaturisée – le texte est globalement agréable à lire d’autant plus qu’il est bourré d’humour et que l’auteur ne manque pas d’autodérision. Une manière efficace d’illustrer de façon concrète et attrayante cette méthode que le spécialiste enseigne depuis des années. A vrai dire, j’ai eu la sensation de me retrouver comme un scientifique qui regarde ses rats de laboratoire derrière une vitre et constate les évolutions de ses spécimens. Ce livre permet aussi de nous rendre compte à quel point notre façon de communiquer possède une incidence sur notre relation non seulement aux autres mais à nous-mêmes. Mieux parler, c’est aussi mieux se comprendre. Je vous laisse méditer.

Par delà le temps

1 Déc

Je m’accorde un moment de douceur dans ma série polars avec un magnifique premier roman.

Par un jour de thé gris, Eugénia Jeltikova

cent-mille-milliards-edition-couv-jour-the-grisThéo, jeune élève de CM2, a pour habitude de fréquenter la bibliothèque municipale tous les samedis et tous les mercredis après-midi afin de faire ses devoirs mais également d’effectuer d’innombrables exercices de mathématiques, extraits d’un manuel que lui a remis son père. Loin d’aborder ce travail comme une corvée, l’écolier prend au contraire plaisir à jouer avec les chiffres et imagine avec un bonheur son entrée en 6ème qui lui permettra d’améliorer encore son niveau dans cette discipline qu’il adore.

L’enfant n’est pas le seul à fréquenter assidûment la bibliothèque. Laure, une de ses camarades de classe, en fait tout autant. Pas étonnant qu’ils se disputent la première place en cours ! Quelqu’un d’autre aime aussi à passer son temps auprès des livres. Un « vieux » monsieur vient ainsi tous les jours s’installer à la même table pour consulter des revues et en faire des tas. Au fil des saisons et du temps qui passent, Théo va apprendre à connaitre le vieux et va l’aider, à sa manière, à lutter contre l’Oubli qui semble vouloir le dévorer.

Difficile de décrire l’extrême douceur dégagée par ce roman que je qualifierais presque de conte philosophique. Je me suis laissée emporter dans cet univers étrangement hors du temps alors que le temps qui passe est justement un thème majeur de ce roman. Le temps qui passe et ses conséquences : fin de l’insouciance pour Théo, début de troubles physiques et psychiques pour le vieux. Loin de s’arrêter à cette évocation d’un temps que rien ne peut retenir, l’auteur nous offre une jolie réflexion sur l’amitié inter-générationnelle. A l’heure d’une société dominée par le règne du chacun pour soi, où nos aînés sont assez aisément mis à l’écart, l’histoire de cette amitié discrète mais profonde qui unit un enfant à une personne âgée me semble bienvenue en portant les valeurs positives d’un partage réciproque. Mais outre le sujet, c’est essentiellement le style d’Eugénia Jeltikova  qui m’a transportée. Une écriture d’une infinie délicatesse et d’une poésie exceptionnelle teintée d’une légère mélancolie qui parvient à transmettre aux petites choses de la vie une importance capitale. De coups de gomme sur un cahier à la confection de petits paniers à partir de marrons, tous ces minuscules instants rendus minuscules et presque invisibles dans notre vie toujours plus pressée et « utile », confèrent à ce roman traitant du temps un caractère quasi intemporel. Si vous souhaitez aussi passer un tendre instant de lecture qui vous fera garder confiance en l’être humain, n’hésitez pas à vous offrir Par un jour de thé gris. Coup de cœur.

Je remercie vivement Eugénia et les éditions Cent Mille Milliards pour l’envoi de ce beau roman.

 

Jour sans fin

23 Août

Roman trouvé lors d’une flânerie dans une adorable librairie de Honfleur.

Le rêve de l’homme lucide, Philippe Ségur

1631119_6_f9e0_couverture-de-l-ouvrage-de-philippe-segur-le_ac0fba6791c3b65d00e129848862c861Simon Perse est écrivain, divorcé, père des deux enfants. Insomniaque de longue date, il a usé et abusé de tous les somnifères et anxiolytiques possibles pour tenter de remédier à son mal, en vain. Une fois par semaine, il se rend chez son psychanalyste. Un jour, en sortant d’une séance, une idée lumineuse lui vient : pourquoi chercher absolument à dormir alors que manifestement son corps refuse le sommeil ? Une solution radicale s’impose dès lors à lui : il va cesser de dormir.

Après avoir lutté cette fois de nombreux jours pour ne pas céder au sommeil et consommé à outrance bon nombre de stimulants, Simon atteint son but. Il ne dort plus. Mais rapidement cet état de conscience permanent va avoir des effets inattendus. Sa lucidité face au monde qui l’entoure va s’accroître – ce qui n’améliorera pas sa tendance dépressive. Vu qu’il s’agissait d’un objectif recherché, pas de problème. Mais bientôt, il va se trouver confronter à d’étranges hallucinations et traverser des époques différentes. Happé par des aventures cauchemardesques qui lui font oublier des pans entiers de sa vie réelle, perdu dans un univers constitué de faux-semblants auquel il refuse d’appartenir, Simon se lance sans le savoir dans une quête d’identité douloureuse.

Pour être honnête, je ne connaissais absolument pas cet auteur. Ce sont la couverture et l’extrait proposé au dos du livre qui m’ont attirée. Un extrait teinté d’un humour grinçant et cynique comme je l’aime ! Je n’ai pas été déçue ! Moi-même grande insomniaque par périodes, j’ai été happée par ce roman autobiographique complètement halluciné et n’en ai fait qu’une bouchée. Partant d’une trame qui pourrait apparaître somme toute pauvre  – un insomniaque décide de s’arrêter totalement de dormir -, l’auteur parvient à dresser un portrait corrosif de notre société post-moderne basée sur le mensonge, l’apparence et la consommation tout en se livrant à une véritable quête d’identité ainsi qu’à une réflexion sur la nécessité d’une évasion spirituelle. Un petit bijou tant sur le fond que sur la forme avec une écriture aussi maîtrisée qu’incisive, l’auteur mêlant brillamment des instants de poésie cauchemardesque à sa prose dotée d’une ponctuation démente. Coup de cœur !

Un petit extrait – qui n’est pas celui de la 4ème de couverture – pour vous donner le ton !

« Il faut le savoir, l’intérêt de la zopiclone n’est pas tant de vous assommer que de vous poser des questions philosophiques essentielles. Avec elle, vous dormez, certes. Pas longtemps, mais vous dormez. Et quand vous vous réveillez, vous êtes une créature de science-fiction, un croisement entre le zombi et l’huître. Il vous faut deux heures, trois douches, quatre cafés et une surdose de vitamine C pour récupérer un état de vigilance plus développé, vous hissant du rang de mollusque à celui du crustacé (du moins cela vous rend-il dans un premier temps une certaine faculté de déplacement, même en crabe, c’est déjà appréciable).

Une fois que vous redevenez capable 1) de vous souvenir du prénom de votre femme, des vos enfants, de votre canari ou de votre poisson rouge; 2) de le prononcer avec une élocution qui ne rappelle plus que de très loin l’état du grand alcoolique à langue pâteuse, alors vous savez que vous êtes sorti de la phase purement chimique de cotre nuit d’amour avec la zopiclone.

Vous entrez maintenant dans sa phase dite métaphysique, la plus sophistiquée et la plus intéressante, celle qui vous place devant la grande question, la question centrale de votre existence d’insomniaque : à quoi cela sert-il de dormir, nom de Dieu, si c’est pour vous réveiller encore plus démoli qu’avant de vous être couché ? »

Book power !

13 Juil

Encore un grand merci à celle qui m’a offert ce livre !

La bibliothèque des cœurs cabossés, Katarina Bivald

1507-1Sara, jeune suédoise de 28 ans, qui vient de se faire licencier de la librairie où elle a toujours exercé son métier avec passion, débarque un beau jour à Broken Wheel, une bourgade perdue et dépeuplée de l’Iowa. Elle est censée rejoindre là-bas une vieille dame avec qui elle correspond et échange des livres depuis des années, Amy. Sauf qu’à son arrivée aux Etats-Unis, Amy est morte et Sara arrive précisément chez elle pour ses funérailles. Censée passer deux mois en compagnie de la défunte, la libraire suédoise ne sait trop comment réagir : partir ou rester ? Après quelques jours de réflexions et avoir fait la connaissance de certaines figures incontournables de la ville – étranges mais attachantes – Sara décide de rester. Mais elle tient vraiment à trouver une activité et surtout à remercier les habitants qui s’évertuent à lui rendre tous les services possibles sans jamais lui demander de payer. Bientôt, elle va trouver une idée géniale qui lui permettra d’assouvir sa passion des livres tout en rendant hommage à celle qui aurait dû être son hôtesse et en tentant de redynamiser le village.

Je vous ai présenté il y a quelques semaines le nouveau roman de Katarina Bivald, Le jour où Anita envoya tout balader. Après avoir adoré ce livre, j’avais vraiment envie de découvrir le premier roman qui a fait connaître son auteure et qui est devenu un véritable succès de librairie.

Dans cet ouvrage, l’un des principaux personnage sont les livres. Et ce n’est pas pour rien. Bivald a très longtemps été libraire, et son amour des livres et de son métier transparaît tout au long de ce premier roman. Et pour un coup d’essai, c’est une véritable réussite ! Les personnages – qu’ils soient principaux ou secondaires – sont tous dépeints avec une finesse étonnantes. Si chacun a son propre caractère, les esprits évoluent au fur et à mesure de la progression de l’intrigue, certains allant même agir quasiment à l’encontre de ce qu’ils pensaient être leurs principes fondateurs. Je ne suis pas particulièrement sentimentale et ne me tourne pas habituellement vers des histoires joyeuses mais contre toute attente, ce qui m’a plu dans ce roman, c’est justement qu’il respire le bonheur, la joie de vivre. Sans mièvrerie. En révélant les qualités et les défauts de chacun. En soulignant la nécessité d’écouter son cœur, de croire en ses rêves, de ne jamais y renoncer. De mener le chemin qui nous fait nous sentir bien, quoi que puissent en penser l’entourage. Et le plus important, de prendre confiance en soi. Un gros coup de cœur pour ce roman qui sous son apparente légèreté nous apporte une jolie leçon de vie le tout avec une légère pointe d’humour et d’autodérision.

Petit extrait :

« Elle s’était contentée de la sécurité des rambardes toute sa vie, et pour la première fois, elle était au bord du précipice et tâtonnait à l’aveugle, consciente qu’il existait d’autres manières de vivre bien plus intenses et grandioses.

Elle réagissait devant cette prise de conscience comme elle aurait réagi devant un véritable abîme. Elle éprouvait du vertige et une violente envie de sauter, peu importaient les conséquences. »

Meurtres au paradis

6 Juil

J’avais offert ce livre en cadeau pour la fête des mères.

Le temps est assassin, Michel Bussi

9782258136700Eté 2016. 27 ans après l’accident de voiture dans lequel ses parents et son frère ont trouvé la mort et duquel elle est sortie miraculeusement vivante, Clotilde revient avec son mari et sa fille ado, à l’endroit exact où elle-même passait ses vacances en famille en 1989, dans un endroit paradisiaque en Corse, sur la presqu’île de la Revellata. En revenant pour la première fois sur les lieux de l’accident, la jeune femme cherche à exorciser le drame vécu et à se rapprocher de sa fille qui a exactement le même âge qu’elle en 1989, 15 ans. A cette époque, Clotilde était une jeune fille rebelle en apparence mais qui tenait sérieusement le journal de bord secret de ses vacances. Mais rien ne va se passer comme prévu pour Clotilde. Juste après son arrivée sur l’île de beauté, elle reçoit une lettre signée de sa mère sensée être morte depuis 27 ans. Elle revoit également l’homme dont elle était amoureuse lorsqu’elle avait 15 ans. Alors que les fantômes du passé semblent refaire surface les vivants cherchent à enterrer des secrets pourtant déjà bien enfouis. Et si l’accident avait été prémédité ?

Je n’avais pas vraiment accroché au dernier Bussi lu N’oublier jamais que j’avais trouvé très invraisemblable. Si j’avoue m’être fait prendre au jeu par cette histoire familiale sur fond azur d’une Corse envoûtante pendant les deux tiers du roman, j’ai a nouveau été déçue par la fin et de nouvelles invraisemblances  fantomatiques. Et c’est vraiment dommage car sur la forme, il est plutôt plaisant de découvrir le journal de l’ado qu’était Clotilde en parallèle avec le récit des vacances de l’adulte qu’elle est devenue et de constater l’évolution de chacun des personnages. L’intrigue est également bien menée et laisse une bonne part au suspens. J’ai également apprécié le ton humoristique de l’ensemble. Mais nous y revenons, les incohérences ou invraisemblances sont bien présentes. Deux personnages qu’on croyait morts et enterrés faisant leur réapparition, c’est un peu gros. Tout comme la vengeance prémédité envers un innocent pour sauver l’honneur d’un coupable qui n’a jamais été le moins du monde soupçonné… Je n’en dirai pas plus car malgré tout le roman se laissera fort bien lire sur une jolie plage cet été. Faites quand même attention sur les routes de Corses, vérifiez vos freins et votre direction 😉