Tag Archives: roman d’amour

Mondes parallèles

30 Mar

Voilà deux ans et demi, la personne qui me connaît sans doute le mieux après moi m’avait prêté ce roman, 1Q84 de Haruki Murakami. A l’époque, je ne lisais quasiment plus. Il ne m’avait pas fallu plus de deux jours pour dévorer ce volumineux premier tome et je me souviens avoir regretté ne pas avoir la suite sous la main et surtout fulminé de devoir attendre une semaine avant de me la voir remettre. C’est donc grâce à ce roman que j’ai repris goût à lire, goût à vivre aussi. Et c’est grâce à ce roman que l’idée de ce blog est née. Je lui avais donc consacré mon tout premier article. Mais n’ayant pas encore la pratique du blog ni même l’idée de ce que je souhaitais faire de ce support, cette chronique était très courte, minuscule même car quelques lignes seulement relataient les trois tomes. Mes frères m’ont offert la trilogie, que je ne possédais donc pas, pour mon trentième anniversaire. J’en entreprends donc la relecture, en en savourant chaque ligne cette et donc à un rythme bien moins frénétique. J’espère vous transmettre au mieux ma passion pour ce livre.

1Q84 – Livre 1 – Avril-Juin, Haruki Murakami

Un jour de printemps 1984, alors qu’elle se trouve prisonnière à bord d’un taxi bloqué dans les embouteillages monstres du périphérique de Tokyo, Aomamé se laisse happer par la Sinfonietta de Janacek dont une version enregistrée sort de l’autoradio. Quelques instants plus tard, le chauffeur, après qu’elle lui a dit qu’elle ne pouvait en aucun cas arriver en retard pour son travail – d’un genre tout à fait particulier -, lui conseille de sortir de la voiture et de traverser la voie express aux milieu des autres véhicules afin de rejoindre un escalier de service qui lui permettra de rejoindre la gare. Après avoir pesé le pour et le contre de cette étrange possibilité, Aomamé se décide. Mais telle la chute d’Alice dans le terrier, la descente de ce fameux escalier n’est sans doute que le premier pas vers une réalité quelque peu modifiée à moins que la jeune femme n’ait tout simplement pas remarqué de subtiles bouleversements intervenus dans son environnement ces derniers temps…

Tengo enseigne les mathématiques dans une classe préparatoire. En parallèle, il écrit des romans mais n’a toujours pas eu la chance de se voir publié malgré de cordiales relations avec Komatsu, un éditeur renommé. Il est également membre d’un comité de lecture chargé de sélectionner des romans à soumettre pour le prix des nouveaux auteurs. Il vient d’ailleurs de lire un manuscrit écrit par une jeune lycéenne de 17 ans. Charmé par l’histoire de la Chrysalide de l’air mais totalement décontenancé par le style maladroit, enfantin de l’auteur, Tengo décide quand même de le présenter à son ami afin qu’il puissent concourir. Après quelques minutes de réflexion, Komatsu accepte à une condition : que Tengo réécrive l’oeuvre de la jeune Fukaéri afin d’en faire le roman parfait aussi bien d’un point de vue narratif que technique. Le jeune professeur imagine d’emblée les conséquences de ce projet fou mais ne peut s’empêcher de l’accepter…

Evidemment, nous nous en doutons dès le départ, les destins de ces deux trentenaires finiront par se croiser et se retrouver inextricablement liés. Mais il faudra plus d’un tome pour cela et donc poursuivre la lecture. Je ne veux pas trop dévoiler le texte ici. D’ailleurs, l’intrigue est si riche (à la fois roman d’anticipation dans le passé, roman d’amour et conte philosophique) qu’il me faudrait des pages et des pages rien que pour la résumer et sans doute la dénaturer. Il n’en est donc pas question ! Par contre, je peux évoquer les thèmes abordés. Et maintenant que je commence à avoir une bonne connaissance de l’oeuvre de Murakami, je suis en mesure de vous dire que l’on retrouve ici à grande échelle de nombreux ingrédients et réflexions distillés dans ses autres écrits.

Ainsi, l’auteur creuse la question des sectes qui l’avait tant marqué dans Underground et celle de la filiation et notamment de la quête du père – qui se développe surtout dans les tomes suivants et que l’on rencontre dans Kafka sur le rivage. Si l’auteur nous entraîne peu à peu avec lui dans l’univers parallèle d’1Q84, il parvient donc à conserver un pied dans le réel pour aborder et dénoncer des sujets graves notamment celui des femmes victimes de violences conjugales et s’interroger une nouvelle fois sur la société japonaise. Et c’est justement cette capacité à mêler onirisme et réalisme que j’admire chez Murakami, ce pouvoir presque magique de transporter son lecteur dans un univers dont chacun possède sa propre clé. Ce livre est un véritable voyage à lui-seul, un voyage après lequel je suis revenue une nouvelle fois différente. Sans doute l’un de mes meilleurs moments littéraires. Je vais donc savourer à nouveau les deux autres tomes ces prochains mois et vous les présenterai bien entendu !

Je laisse maintenant parler le texte de Murakami :

 » Il ne faut pas se laisser abuser par les apparences. Il n’y a toujours qu’une réalité »

« La scène, qui durait environ dix secondes, lui revenait sans avertissement dans toute sa clarté. […] Comme un raz de marée silencieux qui déferlait violemment sur lui, le laissant groggy après son passage. le cours du temps se figeait. L’air environnant se raréfiait, il respirait mal. il perdait tout lien avec les gens et les choses alentour, tout devenait étranger. Cette paroi liquide l’engloutissait tout entier. Malgré sa sensation que le monde s’était fermé et assombri, sa conscience ne s’était pas diluée. Simplement, un aiguillage avait changé »

« Devenir libre, qu’est- ce que cela veut dire finalement ? s’interrogeait-elle bien souvent. Est-ce que cela signifie réussir à s’échapper d’une cage pour s’enfermer dans une autre, beaucoup plus grande ? »

« Dépouiller l’Histoire de sa vérité, c’est comme dépouiller quelqu’un d’une partie de sa personnalité. C’est un crime. »

« Soudain, elle remarqua qu’il y avait quelque chose de différent dans le ciel nocturne. Quelque chose qui différait du ciel nocturne qu’elle voyait ordinairement. Quelque chose avait changé. Il était apparu une discordance subtile mais indéniable. […] Dans le ciel brillaient deux lunes. Une petite et une grande. Deux lunes se côtoyaient. La grande était la lune de toujours. Presque pleine, de couleur jaune. Mais à côté il y en avait une autre. Une lune au contour inhabituel. Légèrement déformée. Et d’un vert tendre comme des jeunes mousses. »

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Amour rêvé

15 Nov

Un petit Murakami, rien de tel pour bien terminer la semaine !

Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, Haruki Murakami

Hajime est enfant unique et se sent différent de ses camarades jusqu’à ce qu’il croise, à six ans, le chemin de Shimamoto-san, enfant unique comme lui. Désormais sa vie prend un sens, il ne rentre plus tout seul de l’école, il n’écoute plus de la musique tout seul… Mais les enfants sont séparés à l’entrée au collège. Hajime déménage et perd de vue petit à petit son amie. Cependant, il ne parvient pas à l’oublier.

Hajime grandit, rencontre des filles. Il vivra une jolie histoire avec la jeune Izumi mais la fera terriblement souffrir en la trompant avec sa cousine. Jusqu’à 30 ans, sa vie n’a pas de saveur. Il se lève tous les matins pour travailler comme correcteur pour un éditeur de livres scolaires sans trop savoir pourquoi. Jusqu’au jour où il croit apercevoir Shimamoto dans la rue. De dos, le femme a exactement la même démarche, elle boite légèrement, tout à fait comme la petite fille qu’il a connue. Il décide de la suivre mais ne parvient pas à voir son visage. Au moment où il s’apprête à l’interpeller, un homme le saisit par le bras et l’emmène avec lui…

Quelques temps plus tard, il tombe amoureux de Yukiko, se marie et devient père de deux enfants. Grâce à son beau-père, il a pu créer deux clubs de jazz, gagne bien sa vie et est heureux. Un jour, alors qu’il se rapproche de la quarantaine, Shimamoto-san resurgit du passé et va venir bouleverser l’équilibre de vie de Hajime.

Joli roman d’amour de Murakami qui introduit quelques éléments de biographie (lui aussi a été gérant de club de jazz). On reconnaît bien le style du japonais qui mêle parfaitement le rêve et la réalité grâce à des images d’une poésie rare et plonge son lecteur dans une ambiance que lui seul sait créer. Le roman pose les questions de l’amour et de la relation à l’autre : ne peut-on être vraiment amoureux qu’une seule fois dans sa vie ? Comment vivre avec la certitude que l’être qui est fait pour vous ne partagera jamais votre vie ? Comment vivre avec quelqu’un, l’aimer, et savoir qu’ailleurs existe l’être qui vous est réellement destiné ? Un bien joli moment de lecture.

Apparences trompeuses

11 Nov

Merci à l’amie qui m’a prêté ce livre et permis de passer un excellent week-end littéraire !

La Vérité sur l’affaire Harry Québert, Joël Dicker

Marcus Goldman est la nouvelle star de la littérature américaine. Son premier roman s’est vendu comme des petits pains et il croule sous les sollicitations en tous genres. Mais après des semaines sous les projecteurs, son éditeur lui rappelle qu’il s’est engagé pour cinq livres et lui demande de lui fournir son nouveau manuscrit. Problème : Marcus n’a pas réussi à écrire une seule ligne potable depuis son succès. Frappé par la triste maladie de l’écrivain, il veut demander de l’aide à son ami et mentor, le célèbre Harry Québert, professeur respecté et écrivain de génie.

Quelques jours seulement après leur rencontre, tandis que Marcus est toujours en proie au virus de la page blanche, le jeune homme reçoit un appel de Harry. Québert vient d’être arrêté, accusé du meurtre de Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison 33 ans plus tôt.

Persuadé de l’innocence de son père spirituel, Marcus se précipite à Aurora, petite ville du New Hampshire qui servit de cadre aux tristes événements du 30 août 1975, pour mener son enquête. Mais la tâche ne se révélera pas facile : le corps de Nola a été retrouvé dans le jardin de Québert avec le manuscrit des Origines du Mal, le roman qui a fait sa gloire la même année; le sergent Gahalowood, chargé de l’affaire, voit d’un mauvais oeil l’arrivée de ce fouineur; et bien vite Marcus reçoit des lettres de menaces anonymes… Et tandis qu’il doit démêler les fils d’une intrigue de plus en plus complexe, notre jeune auteur, toujours incapable d’écrire quoi que ce soit, est harcelé par son éditeur qui le menace d’un procès pour rupture de contrat. Acculé mais ne voulant pas laisser tomber son ami, il accepte d’écrire un livre relatant l’Affaire Québert.

Roman dans le roman, La Vérité su l’Affaire Harry Québert est une vraie réussite. La trame narrative est parfaite. L’enquête haletante rebondit de pages en pages. Alors que l’on croit avoir trouvé la solution seule l’épaisseur du livre nous met la puce à l’oreille pour nous indiquer que le coupable désigné n’est sans doute pas le bon. Et des coupables que tout accuse, il y en aura plusieurs ! En parallèle de l’intrigue policière, l’histoire d’amour impossible entre Québert (la trentaine en 1975) et la jeune Nola (15 ans) est racontée avec des images d’une incroyable intensité, notamment grâce à l’utilisation du récit épistolaire, digne des plus grands romans d’amour. Enfin, ce livre, non content de satisfaire à la fois les amateurs de polars et ceux de passions amoureuses, offre une réflexion sur le monde de la littérature et la société, allant de la difficulté d’écrire, en passant par les interrogations profondes d’un écrivain sur son oeuvre, jusqu’aux enjeux financiers les plus sordides. Quand on sait que Joël Dicker avait 27 ans lorsque son roman est sorti l’an dernier, on espère, en refermant ce livre, qu’il parviendra à en écrire un aussi bon par la suite et qu’il ne connaîtra pas les affres de son héros. Pour info, le roman a obtenu successivement en 2012 le Prix de la Vocation Bleustein-Blanchet, le Grand Prix du Roman de l’Académie française et le 25ème Prix Goncourt des Lycéens. Un auteur à suivre !