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Mutant

12 Août

Avant de replonger dans une lecture pour adultes, voici un des petits derniers des éditions Syros, destiné aux ados à partir de 13 ans pour les bons lecteurs.

il, Loïc le Borgne

Romane n’a pas été épargnée par la vie. Suite à un terrible accident, elle a perdu sa mère et l’usage d’une jambe. Alors qu’elle s’apprête à passer un été peu réjouissant en compagnie de son père dans la petite ville de Templeuve, elle apprend avec plaisir la venue de son cousin Elouan, un garçon mystérieux, qu’elle n’a pas vu depuis des années.

Mais dans la petite bourgade, les nouveaux arrivants ne sont pas franchement les bienvenus. Valentin, Connor et leur bande sont bien décidés à ne pas laisser un inconnu marcher sur leurs plates-bandes. Alors qu’ils tentent de l’intimider, ils se rendent compte que le garçon n’est pas un adolescent comme les autres, qu’il possède des pouvoirs particuliers. Romande aussi s’aperçoit de l’étrange phénomène. Son cousin semble pouvoir lire dans les pensées de ses interlocuteurs, anticiper leurs réactions et communiquer avec les animaux. Alors que les journaux télévisés évoquent de nombreux cas de jeunes hors du commun, les habitants de Templeuve, horrifiés par la présence d’un de ces mutants dans leur paisible bourgade, vont organiser une véritable chasse à l’homme…

Je l’avoue tout de suite, j’ai un peu repoussé cette lecture en raison de la couverture qui ne m’attirait pas vraiment. Je la trouve trop connotée « ados » et « garçons » et avais un peu peur de ce qui pouvait bien se cacher derrière. Eh bien, j’ai été vraiment agréablement surprise. J’ai vraiment dévoré ce roman d’anticipation à l’intrigue et à la narration vraiment bien ficelées.

En bon livre du genre, il ne se contente pas d’évoquer la possibilité de l’évolution de l’humanité mais donne à réfléchir sur nos sociétés actuelles : peur, rejet de l’Autre et de la différence, tentation de la radicalisation et du totalitarisme pour préserver son quotidien. Loïc le Borgne parvient parfaitement à introduire son lecteur au coeur de ce village miné par la peur, dont les habitants, gouvernés par leur terreur de l’inconnu sont prêts à suivre aveuglément un fou furieux donneur d’ordres et à commettre l’irréparable. D’autres thèmes importants sont aussi abordés en filigrane de l’intrigue tels que le handicap et les violences commises au sein de la structure familiale.

Tous ces sujets sont traités par le biais de personnages bien dessinés dans des sous-chapitres qui offrent leurs différents points de vue et permettent également à l’intrigue de progresser rapidement. Les lecteurs de 4ème-3ème (et même à partir de la 5ème) vont dévorer ce roman plein de suspens, d’action mais aussi de sentiments avec une fin à couper le souffle ! Un petit conseil aux filles : ne vous laissez pas rebuter par la couverture, le livre vous est tout autant destiné qu’aux garçons !

« Huis-clos »

6 Avr

Dimanche dernier, j’ai eu la chance d’effectuer une partie du trajet du retour du salon du livre de Montaigu en compagnie d’Yves Grevet, un grand monsieur de la littérature jeunesse française, dont je n’avais pourtant jamais lu les livres (mea culpa !) Je rattrape donc mon retard grâce à ma charmante collègue et amie documentaliste qui m’a fait parvenir le premier tome d’une trilogie qui a remporté un vif succès auprès des lecteurs et de la critique.

Méto – La maison – tome 1, Yves Grevet

Méto, un jeune adolescent, se voit confier par un César la grande responsabilité d’initier Crassus, un petit nouveau, aux règles drastiques de la Maison – par exemple : compter jusqu’à 120 avant de se saisir de ses couverts pour manger et laisser cinquante secondes entre chaque bouchée. Pendant un mois, notre héros devra surveiller son protégé afin qu’il ne commette aucun impair. Si tel était le cas, c’est Méto qui en subirait les terribles conséquences…

Soixante-quatre enfants – uniquement des garçons – occupent la Maison. Ils sont coupés du monde, ne sortant jamais de la Maison elle-même construite sur une île, placés sous le joug de chefs tyranniques appelés les César. Les enfants sont regroupés selon leur âge en différentes couleurs. Lorsqu’ils atteignent une quinzaine d’années, ils disparaissent mystérieusement et sont remplacés par des plus petits. Mais que leur arrive-t-il ensuite ? Voilà la question cruciale que chaque membre de la communauté se pose. Méto, qui n’a jamais eu froid aux yeux ni peur de transgresser les interdits, compte bien résoudre ce problème…

Voilà un best-seller qui mérite amplement son succès ! Dès les premières pages, le lecteur est happé par cette inquiétante maison – qui est le second protagoniste de l’histoire, et qui m’a d’ailleurs rappelé le sinistre hôtel de Shining de Stephen King – qui emprisonne nos jeunes héros. Au fil des pages, l’atmosphère de ce huis-clos dystopique s’accroît tant que l’on craint voir étouffer les personnages sous nos yeux si ce n’est sur un plan physique d’un point de vue symbolique (poids des règles, poids du secret, vie en communauté non désirée…)

Cet univers concentrationnaire dans lequel chaque activité est minutée, programmée à l’extrême, où n’est strictement jamais laissée la possibilité de s’exprimer librement (des traîtres se cachent même parmi les enfants) évoque bien évidemment le régime nazi. Il m’a également fait penser au livre d’Orwell, 1984, une dystopie également, dans lequel l’auteur décrit une nation entièrement soumise à Big Brother dans laquelle la liberté individuelle n’existe plus et où l’Histoire est réécrite en fonction de la politique menée par le dictateur (ici on réécrit les souvenirs des enfants).

Les jeunes lecteurs seront à mon avis vite absorbés par cet univers très bien mis en place (les sports de combat – assez violents – sont d’un très grand réalisme) et accrocheront facilement à l’intrigue en s’identifiant au personnage principal. La quête identitaire est elle aussi – bien que sous-jacente – au centre de l’oeuvre puisque aucun des enfants ne se rappelle ce qu’a été son existence avant d’arriver dans la Maison (qui pourrait d’ailleurs évoquer le ventre d’une mère d’un point de vue psychanalytique mais je ne vais pas me lancer dans une analyse si complexe ici).

Deux autres tomes font suite à ce premier opus, L’île et Le monde, qui laisse le lecteur sur un suspens insoutenable ! Et si la question principale des enfants est de savoir ce qu’il y a après la Maison (vous le découvrirez dans ce premier tome) la mienne est : pourquoi cette Maison et où sont les femmes ??? (sans allusion aucune à Patrick Juvet !)

Petit message personnel : Muriel, commande la suite immédiatement !! Et Nox aussi !

Mondes parallèles

30 Mar

Voilà deux ans et demi, la personne qui me connaît sans doute le mieux après moi m’avait prêté ce roman, 1Q84 de Haruki Murakami. A l’époque, je ne lisais quasiment plus. Il ne m’avait pas fallu plus de deux jours pour dévorer ce volumineux premier tome et je me souviens avoir regretté ne pas avoir la suite sous la main et surtout fulminé de devoir attendre une semaine avant de me la voir remettre. C’est donc grâce à ce roman que j’ai repris goût à lire, goût à vivre aussi. Et c’est grâce à ce roman que l’idée de ce blog est née. Je lui avais donc consacré mon tout premier article. Mais n’ayant pas encore la pratique du blog ni même l’idée de ce que je souhaitais faire de ce support, cette chronique était très courte, minuscule même car quelques lignes seulement relataient les trois tomes. Mes frères m’ont offert la trilogie, que je ne possédais donc pas, pour mon trentième anniversaire. J’en entreprends donc la relecture, en en savourant chaque ligne cette et donc à un rythme bien moins frénétique. J’espère vous transmettre au mieux ma passion pour ce livre.

1Q84 – Livre 1 – Avril-Juin, Haruki Murakami

Un jour de printemps 1984, alors qu’elle se trouve prisonnière à bord d’un taxi bloqué dans les embouteillages monstres du périphérique de Tokyo, Aomamé se laisse happer par la Sinfonietta de Janacek dont une version enregistrée sort de l’autoradio. Quelques instants plus tard, le chauffeur, après qu’elle lui a dit qu’elle ne pouvait en aucun cas arriver en retard pour son travail – d’un genre tout à fait particulier -, lui conseille de sortir de la voiture et de traverser la voie express aux milieu des autres véhicules afin de rejoindre un escalier de service qui lui permettra de rejoindre la gare. Après avoir pesé le pour et le contre de cette étrange possibilité, Aomamé se décide. Mais telle la chute d’Alice dans le terrier, la descente de ce fameux escalier n’est sans doute que le premier pas vers une réalité quelque peu modifiée à moins que la jeune femme n’ait tout simplement pas remarqué de subtiles bouleversements intervenus dans son environnement ces derniers temps…

Tengo enseigne les mathématiques dans une classe préparatoire. En parallèle, il écrit des romans mais n’a toujours pas eu la chance de se voir publié malgré de cordiales relations avec Komatsu, un éditeur renommé. Il est également membre d’un comité de lecture chargé de sélectionner des romans à soumettre pour le prix des nouveaux auteurs. Il vient d’ailleurs de lire un manuscrit écrit par une jeune lycéenne de 17 ans. Charmé par l’histoire de la Chrysalide de l’air mais totalement décontenancé par le style maladroit, enfantin de l’auteur, Tengo décide quand même de le présenter à son ami afin qu’il puissent concourir. Après quelques minutes de réflexion, Komatsu accepte à une condition : que Tengo réécrive l’oeuvre de la jeune Fukaéri afin d’en faire le roman parfait aussi bien d’un point de vue narratif que technique. Le jeune professeur imagine d’emblée les conséquences de ce projet fou mais ne peut s’empêcher de l’accepter…

Evidemment, nous nous en doutons dès le départ, les destins de ces deux trentenaires finiront par se croiser et se retrouver inextricablement liés. Mais il faudra plus d’un tome pour cela et donc poursuivre la lecture. Je ne veux pas trop dévoiler le texte ici. D’ailleurs, l’intrigue est si riche (à la fois roman d’anticipation dans le passé, roman d’amour et conte philosophique) qu’il me faudrait des pages et des pages rien que pour la résumer et sans doute la dénaturer. Il n’en est donc pas question ! Par contre, je peux évoquer les thèmes abordés. Et maintenant que je commence à avoir une bonne connaissance de l’oeuvre de Murakami, je suis en mesure de vous dire que l’on retrouve ici à grande échelle de nombreux ingrédients et réflexions distillés dans ses autres écrits.

Ainsi, l’auteur creuse la question des sectes qui l’avait tant marqué dans Underground et celle de la filiation et notamment de la quête du père – qui se développe surtout dans les tomes suivants et que l’on rencontre dans Kafka sur le rivage. Si l’auteur nous entraîne peu à peu avec lui dans l’univers parallèle d’1Q84, il parvient donc à conserver un pied dans le réel pour aborder et dénoncer des sujets graves notamment celui des femmes victimes de violences conjugales et s’interroger une nouvelle fois sur la société japonaise. Et c’est justement cette capacité à mêler onirisme et réalisme que j’admire chez Murakami, ce pouvoir presque magique de transporter son lecteur dans un univers dont chacun possède sa propre clé. Ce livre est un véritable voyage à lui-seul, un voyage après lequel je suis revenue une nouvelle fois différente. Sans doute l’un de mes meilleurs moments littéraires. Je vais donc savourer à nouveau les deux autres tomes ces prochains mois et vous les présenterai bien entendu !

Je laisse maintenant parler le texte de Murakami :

 » Il ne faut pas se laisser abuser par les apparences. Il n’y a toujours qu’une réalité »

« La scène, qui durait environ dix secondes, lui revenait sans avertissement dans toute sa clarté. […] Comme un raz de marée silencieux qui déferlait violemment sur lui, le laissant groggy après son passage. le cours du temps se figeait. L’air environnant se raréfiait, il respirait mal. il perdait tout lien avec les gens et les choses alentour, tout devenait étranger. Cette paroi liquide l’engloutissait tout entier. Malgré sa sensation que le monde s’était fermé et assombri, sa conscience ne s’était pas diluée. Simplement, un aiguillage avait changé »

« Devenir libre, qu’est- ce que cela veut dire finalement ? s’interrogeait-elle bien souvent. Est-ce que cela signifie réussir à s’échapper d’une cage pour s’enfermer dans une autre, beaucoup plus grande ? »

« Dépouiller l’Histoire de sa vérité, c’est comme dépouiller quelqu’un d’une partie de sa personnalité. C’est un crime. »

« Soudain, elle remarqua qu’il y avait quelque chose de différent dans le ciel nocturne. Quelque chose qui différait du ciel nocturne qu’elle voyait ordinairement. Quelque chose avait changé. Il était apparu une discordance subtile mais indéniable. […] Dans le ciel brillaient deux lunes. Une petite et une grande. Deux lunes se côtoyaient. La grande était la lune de toujours. Presque pleine, de couleur jaune. Mais à côté il y en avait une autre. Une lune au contour inhabituel. Légèrement déformée. Et d’un vert tendre comme des jeunes mousses. »

Combat à mort

18 Août

Mon amie documentaliste m’avait chaudement recommandé celui-ci… je n’ai pas été déçue !

Hunger Games – tome 1, Suzanne Collins

L’action se déroule dans un futur sombre, dans ce qui reste des Etats-Unis après les sécheresses, les ouragans, la montée des océans et les guerres qui s’en sont suivies pour récupérer les maigres ressources restantes. Le pays de Panem est né, divisé en treize districts. Mais, à la suite d’une rébellion des districts contre le Capitole (la capitale), douze districts ont été vaincus et le treizième éliminé. Depuis, Panem est gouverné par des chefs intransigeants qui vivent dans l’opulence du Capitole tandis qu’une majorité de la population meurt de faim dans les districts sous le regard des Pacificateurs qui veillent à ce que les habitants respectent les dures règles édictées par le Capitole à la lettre afin de garantir la paix.  Mais la loi la plus terrible, qui revient marquer les esprits du peuple chaque année, est sans doute celle des Hunger Games.

Les règles de ce terrible jeu annuel sont les suivantes : « Les règles des Hunger Games sont simples. Pour les punir du soulèvement, chacun des douze districts est tenu de fournir un garçon et une fille, appelés « tributs ». Les vingt-quatre tributs sont lâchés dans une immense arène naturelle pouvant contenir n’importe quel décor, du désert suffocant à la toundra glaciale. Ils s’affrontent alors jusqu’à la mort durant plusieurs semaines. Le dernier survivant est déclaré vainqueur. » Ah, oui, un petit détail qui a son importance. Le jeu est retransmis en direct à la télévision et toute la population doit le regarder. les familles des participants sont donc contraints de voir leurs enfants se faire massacrer sous leurs yeux…

L’heure du grand tirage au sort annuel, la Moisson, a sonné au district douze. Tous les enfants entre 12 et 18 sont obligés d’y participer. Et plus l’âge augmente, plus le risque d’être tiré au sort est important. Effectivement, à 12 ans, le nom est inscrit une fois, à 13 ans, deux fois et ainsi de suite jusqu’à 18 ans. Mais outre ces inscriptions supplémentaires obligatoires, les enfants de familles défavorisées se retrouvent inscrits bien davantage que les autres à cause du système des « tesserae » qui représentent l’équivalent d’un an d’approvisionnement en blé et huile pour une personne. Ainsi, la jeune Katniss, 16 ans, pour être subvenue aux besoins de sa mère et de sa jeune sœur Prim, verra son nom inscrit 20 fois dans la tirage au sort. Pire pour son meilleur ami, Gale, 18 ans, dont le nom sera inscrit 42 fois !

Katniss et son compagnon de chasse Gale (tous deux braconnent pour tenter de faire vivre leurs familles aussi bien que possible) s’apprêtent donc à vivre la nouvelle Moisson dans l’angoisse d’être tiré au sort. Mais cette année est pire que les précédentes pour Katniss car sa jeune sœur doit y participer pour la première fois. Bien qu’elle se résonne en se disant que son nom ne sera inscrit qu’une fois parmi des centaines d’autres et que la probabilité pour qu’elle soit désignée est très faible, elle ne peut s’empêcher de s’inquiéter. Ainsi, lorsqu’elle entend la voix de l’hôtesse prononcer le nom de sa sœur, le sol semble s’écrouler sous ses jambes avant qu’elle ne se précipite pour prendre sa place.

Katniss va donc devoir participer aux Hunger Games. Le garçon sélectionné dans son district a le même âge qu’elle mais elle le connait à peine. Il s’agit de Peeta, le fils du boulanger. Après de brefs adieux à leurs familles, tous deux sont conduits au Capitole pour la préparation aux jeux. Pendant quelques jours, ils vont vivre dans l’opulence la plus totale, vie de luxure à laquelle ils auront droit si l’un d’eux gagne. Mais le rêve n’est que de courte durée. Bien vite, ils sont jetés dans l’Arène. A partir de là, ils ne devront plus compter sur personne et mener des combats à mort pour tenter de sauver leur peau.

Ce roman d’anticipation est tout simplement génial ! Les personnages sont dessinés avec une telle finesse que n’importe quel adolescent pourra se retrouver dans l’un ou l’autre des personnages principaux. L’idée de cette télé-réalité poussée à l’extrême est d’une efficacité redoutable. L’Etat dictatorial se sert du jeu pour faire régner la terreur sur une population qu’il tient affamée à longueur d’année. Les gens ne peuvent faire autrement que regarder ce programme insoutenable et injuste. Car si tous les coups sont permis, tous les participants ne sont pas sur un pied d’égalité. Les premiers districts étant plus riches, les participants sont souvent volontaires, costauds et sur-entraînés. Face à eux, les enfants des derniers districts, affaiblis par des années de famine et de travail, ne font pas le poids très longtemps. D’ailleurs, Katniss, malgré son adresse au tir à l’arc et ses connaissances des plantes sauvages, ne se leurre pas. Voilà 30 ans qu’aucun tribut du district 12 n’a remporté les jeux; 30 ans que ces tributs sont envoyés directement à l’échafaud !

Ce roman, destiné aux adolescents, aurait pu paraître bien violent s’il n’y avait pas une histoire d’amour pour venir l’adoucir. Eh oui, juste avant le début des jeux, Peeta avoue son amour pour Katniss devant tout le pays. Mais celle-ci ne sait trop qu’en penser : est-ce une stratégie de sa part pour s’attirer la sympathie du public et tenter de rester en vie le plus longtemps possible ou est-il sincère ? Pourra-t-elle vraiment lui faire confiance une fois dans l’Arène ou n’est-ce qu’un piège pour la manipuler et lui planter un couteau dans le dos une fois le moment venu ?

Riche en rebondissements, le livre tient le lecteur en haleine pendant près de 400 pages. Les notions d’entraide, de fraternité mais aussi d’insoumission face à l’ordre établi (ordre injuste) sont très bien développées. Un roman d’initiation et d’aventures fait pour distraire mais aussi pour réfléchir donc !

j’ai les deux tomes suivants (L’embrasement et La révolte) en ma possession… j’espère trouver le temps de les lire rapidement !

 

Humanoïdes survoltés

8 Juil

Un petit article avant de prendre une semaine de vacances sans lecture ou presque…

Felicidad, Jean Molla

Au début du roman, nous suivons Buisson, le Ministre du Bonheur obligatoire, qui doit participer à une réunion d’urgence convoquée par le Président à vie. Ce dernier a tenu à réunir tous ses ministres pour  leur exposer un problème majeur : une nouvelle génération de parumains(humanoïdes créés par les hommes pour accomplir diverses tâches de la vie quotidienne) dotés d’une force surnaturelle et de la capacité de prendre n’importe quelle identité conçue par le généticien Choelcher a échappé à tout contrôle. Si les services de la Sûreté intérieure ont éliminé la plupart de ces Delta 5, 12 d’entre-eux avaient été conservés dans le but d’analyser leur ADN afin de fabriquer des parumains de combat surpuissants pour l’armée. Mais ceux-ci ont voulu s’enfuir et ont tué les militaires chargés de les surveiller. Certains sont néanmoins morts. Mais il reste trois Delta 5 qui rôdent dans Felicidad et qui vont sans doute chercher à se multiplier. Il faut à tout prix les en empêcher afin de maintenir la paix dans la Grande-Europe…

Peu après la réunion, Buisson est assassiné. Le meurtre est rapidement attribué à l’un des Delta 5 même si aucune des nombreuses Sécuricams présentes dans Felicidad n’a filmé la scène. Le ministre de la Sûreté intérieure, Bérard, va faire appel à Alexis Dekcked, le meilleur lieutenant de la ville, pour mettre la main sur les Delta 5. Mais l’enquêteur ne va pas se contenter du travail qu’on lui a confié et ses recherches vont le mener à de surprenantes découvertes…

Jean Molla signe un roman d’anticipation entre polar et science-fiction qui se veut un hommage au Blade Runner de Ridley Scott et au livre de Philip K. Dick, Les androïdes rêvent-ils de montons électriques, qui inspira le film. Si l’intrigue policière est bien posée et le thème de la conspiration au sein du pouvoir intéressant, je dois avouer que j’ai eu du mal à me mettre vraiment dans le roman. Je trouve que l’atmosphère de Felicidad aurait mérité d’être plus approfondie. De nombreux points intéressants (présidence à vie, vie très allongée grâce aux progrès médicaux, société ultra-sécuritaire avec caméras à chaque coin de rue, livres interdits…) sont à peine évoqués. Je trouve cela dommage. C’est comme si l’auteur avait associé plusieurs morceaux de romans d’anticipation les uns aux autres (1984, Fahrenheit 451…) sans parvenir à créer un roman avec une identité propre. C’est dommage…

Tous pour un !

10 Juin

Ce livre m’a été conseillé par un collègue et ami fan de Maxime Chattam.

Autre-monde – L’Alliance des Trois, Maxime Chattam

Matt, Tobias et Newton sont trois adolescents new-yorkais, amis depuis l’enfance. Bien qu’ils aient des caractères très différents, ils passent la plupart de leur temps libre ensemble. Un jour, juste après Noël, une terrible tempête éclate. Les garçons sont obligés de regagner chacun leur domicile. Ils conservent le contact via MSN et s’interrogent sur les dérèglements climatiques et les étranges phénomènes qu’ils ont remarqués ces derniers temps. Tout à coup, l’électricité est coupée.

La grande tempête a tôt fait de recouvrir le pays de neige et de plonger la ville dans l’obscurité. Matt commence à s’inquiéter sérieusement. D’habitude, les coupures de courant ne durent jamais si longtemps. Alors qu’il regarde par la fenêtre de sa chambre, il voit d’étranges éclairs bleus ramper le long des immeubles telles de longues mains squelettiques à la recherche de proies. Après leur passage, tous les adultes ou presque ont disparu, comme aspirés par la force électrique. Ceux qui restent ont muté en d’horribles monstres. Matt s’empresse de rejoindre Tobias. Ils se retrouvent alors livrés à eux-même sur une Terre complètement ravagée, très différente de ce qu’il connaissait.

Très vite, ils comprennent qu’ils doivent se méfier des adultes rescapés qui les poursuivent. Dans un milieu très hostile – la flore s’est développée d’une façon exceptionnelle, recouvrant tous les édifices – ils prennent la route pour tenter de trouver d’autres survivants. Après de nombreuses péripéties, ils vont être accueillis par les Pans, une communauté d’adolescents qui s’est organisée autour du charismatique Doug. Les enfants ont investi une île où ils vivent en autarcie à l’abri des Gloutons (adultes mutants, hideux, pas très malins mais violents) et des Cyniks (adultes très violents et pervers qui capturent les enfants).

Sur l’île, la jolie Ambre a observé des phénomènes très étranges chez ses congénères. Chaque enfant semble développer des capacités hors du commun, comme s’ils avaient subi une altération de leur être après la tempête. Ainsi, certains sont capables d’allumer du feu ou de modifier le courant d’une rivière à la seule force de leur pensée. Pendant que la vie suit son cours dans la communauté, Matt, Tobias et Ambre découvrent que des traîtres cherchent à leur nuire…

Maxime Chattam pose les bases d’une tétralogie d’aventure fantastique très prenante. On s’attache très vite aux personnages et l’intrigue est sans cesse relancée par des rebondissements. L’île sur laquelle vivent les enfants n’est pas sans faire allusion à Sa Majesté des mouches ou à Peter Pan. Si les questions d’ordre écologique en toile de fond ne sont peut-être pas traitées de manière aussi fine que l’on pourrait l’espérer, ce roman d’anticipation permettra aux jeunes de prendre conscience de l’influence souvent néfaste de l’homme sur la planète. Le livre plaira autant aux adultes qu’aux ados qui adorent ! (testé et approuvé par un de mes 3ème qui déteste par principe tout ce que je lui propose habituellement !) Bref, j’attends de lire le deuxième tome, Malronce, avec impatience.

Neige surnaturelle

25 Avr

Je poursuis dans mes lectures « professionnelles »…

Les enfants de Noé, Jean Joubert

Simon (13 ans), sa soeur cadette Noémie et ses parents se sont installés en pleine nature dans un chalet des Hautes-Alpes après avoir quitté la folle vie parisienne. Voilà maintenant quelques années qu’ils se sont habitués à leur nouvelle vie, un peu coupés du monde -leurs premiers voisins résidant à environ trois kilomètres.

L’histoire se déroule en février 2006. Alors que la famille attend le printemps avec impatience, voilà que le neige se met à tomber de nouveau. L’hiver semble donc vouloir rester encore en place. Rien de bien inquiétant à cette période de l’année. Oui mais voilà, la neige ne cesse de tomber, en grande quantité; à tel point que le chalet se retrouve bientôt totalement englouti ! Le père de Simon n’a jamais vu ça : la neige possède une densité étrange et la lumière du ciel est irréelle, quasi métallique…

La famille va devoir s’organiser pour passer quelques jours sans sortir : sculpture, lecture, soin des bêtes… les enfants et les parents s’occupent comme ils peuvent sans trop s’inquiéter. Mais au bout d’une semaine, la neige n’a toujours pas fondu. Il va donc falloir économiser la nourriture, faire preuve d’ingéniosité pour faire du pain en retrouvant des gestes ancestraux, mais surtout, ne pas se laisser gagner par l’angoisse et la folie…

Le récit est effectué par Simon, quelques années après la tempête. Après avoir retracé la lutte pour la survie au jour le jour, il nous apprend que l’épreuve aura duré plus de deux mois et que nul n’a vraiment été capable d’expliquer la cause de ces importantes chutes de neige. L’explication la plus probable est celle d’expériences thermonucléaires secrètes au Pôle Nord.

Ce texte, à la fois roman d’anticipation et fable écologique, est aussi une réflexion sur la fragilité du monde actuel. Il conviendra parfaitement aux enfants de 9 à 14 ans auxquels il fera prendre conscience que les nouvelles technologies sont certes importantes mais pas essentielles à la vie. Une lecture agréable.

Expérimentation humaine

10 Avr

Voilà un livre que je voulais lire depuis un petit moment déjà…

Des fleurs pour Algernon, Daniel Keyes

Ce roman fait partie d’un « sous-genre » que j’apprécie tout particulièrement : l’anticipation. Si les romans d’anticipation sont souvent froids et ne font pas appel aux sentiments, il en va tout autrement pour celui-ci qui est vraiment très touchant.

Charlie Gordon a 33 ans mais l’âge mental d’un enfant de 6 ans. Depuis 17 ans, il travaille comme aide dans une boulangerie tenue par un ami de ses parents. Charlie n’a jamais su écrire ni lire mais a toujours voulu devenir intelligent. Depuis quelques temps, il se rend aux cours du soir pour adultes attardés de Miss Alice Kinnian afin de vaincre son illettrisme et pouvoir avoir une vie normale.

Un jour, à la suite d’une série de tests psychologiques, Charlie est sélectionné pour faire l’objet d’une expérimentation. Le professeur Strauss et son équipe ont mis au point une opération qui pourrait révolutionner la médecine et la vie de milliers d’attardés mentaux. Pour l’instant, l’opération n’a été testée que sur une souris, Algernon. Ses capacités intellectuelles ont été multipliées par trois. Avant de subir lui-même l’opération, Charlie est totalement incapable de battre Algernon sur le test du labyrinthe…

Le professeur Strauss a demandé à Charlie de relater toutes ses impressions et tous ses actes dans des comptes-rendus quotidiens afin de constater son évolution psychique avant et après l’opération. Et c’est tout particulièrement sur ce point que le roman est très intelligent et très efficace. Les comptes-rendus sont rédigés par un Charlie qui, au début du livre, apprend tout juste à écrire. Du coup, l’orthographe et la syntaxe sont très aléatoires. Plus l’intelligence du narrateur va croître, plus les comptes-rendus vont devenir élaborés tant au point de vue du style que du fond. Je vous cite un extrait du tout début du roman afin que vous puissiez vous rendre compte de cette écriture particulière : « Si l’opérassion réussi bien je montrerai a cète souris d’Algernon que je peu ètre ossi un télijen quelle et même plus. Et je pourrai mieux lire et ne pas faire de fotes en écrivan et aprendre des tas de choses et ètre comme les otres ».

Grâce à l’opération, Charlie va donc enfin pouvoir réaliser son rêve : devenir intelligent. Chaque jour, il relate donc ses progrès. Lui qui ne possédait quasiment aucun souvenir de son enfance commence à retrouver son passé par bribes. Il se dit enfin qu’il va pouvoir se faire des amis et être comme les autres. Mais avec un QI qui doit être amené à tripler, cela sera-t-il vraiment possible ?

Des fleurs pour Algernon est réellement un roman fantastique à tous points de vue. Le thème traité va au-delà de la simple manipulation médicale puisque l’on suit les réactions, les émotions du narrateur et surtout son rapport aux autres au fil de sa progression intellectuelle. Car c’est bien de rapport à autrui dont il s’agit ici; à quoi sert l’intelligence si on ne peut pas en faire la démonstration au monde ? mais cette intelligence est-elle vraiment une source de bonheur ? Au début, quand il est encore simple d’esprit, Charlie est persuadé que ses collègues de la boulangerie sont ses amis. Plus il va devenir intelligent, plus il va se rendre compte qu’il se méprenait, qu’il était en fait la risée de tous. Mais en devenant lui-même plus intelligent que les autres, comment se comportera-t-il vis-à-vis de ses semblables ?

Ce roman donne donc à réfléchir à de nombreuses questions à travers un personnage attachant. L’écriture de Daniel Keyes est magnifique, pleine de poésie. Quelques passages de psychothérapie se rapprochent de poèmes en prose. La fin est très émouvante. Je me suis véritablement régalée avec ce roman que je conseille vivement à tous.

Ce roman a fait l’objet d’une adaptation au théâtre. Les représentations de la pièce, mise en scène par Anne Kessler, viennent tout juste de se terminer au Théâtre du Petit Saint-Martin à Paris; espérons que des dates soient programmées en province !