Tag Archives: roman d’apprentissage

« Heureux qui comme Ulysse… »

3 Sep

C’est la rentrée ! J’en profite pour vous présenter un roman qui traite essentiellement de l’enfance et donc de l’école. On ne saurait faire plus d’actualité ! Merci aux éditions Bergame pour leur confiance renouvelée, qui m’ont fait le plaisir de m’envoyer cette nouveauté.

L’improbable Ulysse – Tome 1, L’Enfance, William Bocq

9782372861724Une bien étrange scène de crime s’offre au commissaire.  Apparemment, tout porte à croire qu’il y a eu un acte de violence dans l’atelier du célèbre peintre Ulysse Blanchard car de nombreux tableaux sont éparpillés dans l’atelier et l’artiste est introuvable. Sauf qu’aucun indice ne prouve l’enlèvement, le meurtre ou le suicide. L’enquêteur, perplexe, tente de trouver des pistes, notamment dans la vie sentimentale tortueuse du peintre…

En parallèle de l’enquête qui n’est en fait ici que très secondaire, la narration porte sur la vie du disparu, de sa naissance au début de l’âge adulte. Fils d’un gendarme et d’une institutrice vivant dans un petit village non loin d’Annecy, le jeune Ulysse doit se confronter au monde qui l’entoure. Avec ses copains d’enfance, il vivra de nombreuses aventures plus ou moins périlleuses et connaîtra ses premiers émois tout en menant ses études à bien.

Dans ce premier tome, William Bocq se consacre donc à la prime jeunesse du héros disparu qui devient paradoxalement le personnage principal du roman. On assiste à l’évolution du personnage dans un récit qui s’apparente davantage à un roman d’apprentissage qu’à un polar. On sourit à l’évocation des bêtises enfantines et on prend plaisir à voir évoluer le héros, à le suivre dans ses choix comme dans ses incertitudes. L’auteur parvient donc à dessiner un portrait très complet de son personnage et de son proche entourage. Je reste par contre sur ma fin concernant la partie enquête qui ne progresse quasiment pas dans ce tome. Hâte donc de découvrir la suite !

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Contagion

19 Nov

Je poursuis ma découverte des nouvelles parutions de la très belle collection Rester Vivant des éditions Le Muscadier avec un roman d’anticipation.

Emma, Tess Corsac

9791090685161-753x1024Dans un futur pas si lointain, l’humanité a été ravagée par un virus hautement contagieux du nom d’Emma. La population mondiale s’est vu réduite à peau de chagrin et les survivants tentent par tous les moyens de se protéger des personnes infectées. Impossible, dans cet univers revenu à un mode de vie quasi moyenâgeux, de faire confiance à qui que ce soit. Difficile en effet de distinguer les êtres en bonne santé de ceux que l’on nomme les moissonnés. Seule une marque sur le front permet de les différencier mais on ne peut même pas toujours s’y fier… C’est dans ce monde chaotique, dans un village apparemment préservé de l’infection, qu’a grandi Azur. A 15 ans, elle doit, en compagnie de son ami de toujours, Basile, se faire tatouer sa première marque prouvant sa bonne santé. Mais le chemin vers le centre médical sera semé d’embûches et une bien mauvaise surprise attend les deux amis à leur arrivée…

Voilà un roman d’anticipation dystopique fort bien mené, qui livre des réflexions profondes sur la question de l’humanité, sur notre rapport à l’autre et nos peurs les plus profondes. La jeune auteur, Tess Corsac, n’a que 19 ans mais nous offre une approche allégorique très pertinente de la société. L’univers quasi post-apocalyptique dans lequel elle fait évoluer ses personnages est peint avec finesse et surtout les rapports humains sont analysés avec subtilité ce qui permet une critique constructive des travers de notre société. J’ai vraiment pris plaisir à ce qui est aussi un récit d’apprentissage riche en rebondissements et j’attends avec impatience la probable suite que laissent les dernières lignes pleines de suspens de cet ouvrage. Coup de cœur pour ce livre qui plaira aux ados à partir de 13-14 ans et à leurs parents.

 

Under Control

9 Sep

Quoi de mieux pour bien aborder cette rentrée qu’un bon roman jeunesse ? Et si je vous dis que c’est le dernier opus d’Yves Grevet paru chez Syros, il vous sera impossible d’y résister !

Le GRUPP, Yves Grevet

9782748524062Dans un futur pas si éloigné, l’espérance de vie s’est considérablement allongée grâce à l’implant Long Life. Cette multinationale, qui a mis au point un système très pointu de surveillance, protège la population à tous les niveaux. Cependant, une organisation secrète d’adolescents tente de contourner le système pour s’offrir quelques moments de totale liberté.

Stan et Scott sont frères. Leur vie paisible entouré de leurs parents va basculer le jour où Scott va être envoyé en prison. Stan apprend alors la vérité sur son frère : il était un des leader du Grupp. Aussi intrigué qu’en colère contre son aîné qui lui a caché cette partie de sa vie, il va chercher à en savoir plus sur la société clandestine à laquelle appartenait son frère. Ce qui, au début, est presque un jeu pour lui, va bien vite se révéler bien plus dangereux qu’il n’y paraît…

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : ce roman jeunesse est vraiment génial. Il allie, en effet, savamment action et réflexions sociétale et philosophique. Dès le départ, on se prend d’affection pour les personnages principaux, auxquels les adolescents à qui est destiné le livre n’auront nulle difficulté à s’identifier. L’auteur parvient très bien à rendre compte des bouleversements internes (corporels, émotionnels) liés à cette période charnière de la vie, ainsi qu’à l’évolution progressive qui va s’opérer en eux, ce qui en fait un très bon roman de formation. Outre cet aspect, ce récit est un excellent roman d’espionnage qui sait parfaitement jouer sur le suspens. Jusqu’au bout, la tension est à son comble et le danger omniprésent pour les personnages. Enfin, et c’est l’aspect que j’ai le plus apprécié, la question de l’hypervigilance, de la surprotection de la population est abordée avec beaucoup d’intelligence. Les avancées technologiques sont-elles vraiment bénéfiques ? Le contrôle, sous prétexte de préserver la vie le plus longtemps possible, favorise-t-il le bonheur ou n’est-il pas un immense frein à nos libertés les plus élémentaires ? Accepter de prendre des risques n’est-il pas une façon de se sentir plus vivant ? Ce sont à ces interrogations que se verront confrontés les jeunes (et moins jeunes) lecteurs. Vous aimez l’action, l’aventure mais aussi la réflexion, ce livre est fait pour vous ! Gros coup de cœur jeunesse pour cette rentrée littéraire.

Vice versa

28 Fév

Un petit nouveau aux éditions Syros.

Transfert, Rémi Stefani

couv-transfertVictor Demer, jeune polytechnicien, fils d’un négociant en fruits et légumes, est sur le point de faire le grand saut. Dans quelques instants, il va se jeter pour la première fois dans le vide pour un baptême de parachute. Hélas pour lui, la toile ne s’ouvre pas…

Pendant ce temps, Valentin Descoudras se réveille à l’hôpital. Il vient de miraculeusement revenir à lui à la suite d’un terrible accident de voiture dans lequel il a laissé une jambe.Problème, il ne se souvient de rien. Ni de l’accident, ni de toute sa vie d’avant. Même pas de ceux qui affirment être ses parents. Autre chose étrange, alors qu’apparemment il était un élève médiocre, il devient subitement excellent. Quelques temps plus tard, surgissent de folles interrogations : et s’il n’était pas le véritable Valentin Descoudras ? Et si son esprit antérieur avait été remplacé par l’esprit d’un autre pendant qu’il était dans le coma ?

Dès le premier chapitre, Rémi Stefani nous plonge dans un suspens haletant qui ne nous quittera plus jusqu’à la fin du livre. Si le point de départ est quelque peu fantaisiste – le transfert d’un esprit à un autre de deux graves accidentés devenus amnésiques – le lecteur se prend très vite au jeu. A la fois traité à la manière d’un thriller avec la présence du détective Vital Mistraki et d’un roman d’aventures avec une seconde partie ancrée en Afrique, ce texte bourré d’humour se dévore à toute vitesse. On s’amuse à la fois des conséquences et problèmes inattendus provoqués par ce transfert de personnalités qui nous permettent également de remettre en question le regard que nous portons sur notre propre vie. Et si nous étions nés dans une autre famille, dans un autre milieu social, un autre pays, quelle aurait été notre vie ? Sommes-nous destinés à une vie toute tracée ou avons-nous le choix de la modifier et la modeler à volonté ? Voilà les interrogations que posent ce roman d’apprentissage également puisque les deux jeunes hommes vont devoir repartir de zéro après leur amnésie pour construire leur vie d’adulte avec les nouveaux paramètres qui seront les leurs.

 

La petite brodeuse

11 Fév

Dernière chronique avant un temps de pause. Je déménage donc je ne vais guère avoir loisir de lire et je serai privée d’internet pendant une petite quinzaine de jours. En attendant, je vous laisse avec un peu de littérature jeunesse.

L’Élue, Loïs Lowry

9782070538768La mère de Kira vient de mourir d’une maladie inconnue. La jeune fille, déjà orpheline de père, se retrouve confrontée à elle-même dans un environnement hostile. En effet, elle vit dans un village peuplé par des rustres qui ne supportent pas les personnes handicapées, inutiles à la société. Or, Kira est boiteuse et le village veut la chasser. Un procès est organisé, mais en raison de ses dons de brodeuse, le Conseil des Seigneurs décide de la prendre en charge dans son palais afin qu’elle restaure la merveilleuse robe du Chanteur, sur laquelle est inscrite toute l’histoire de son peuple. Rassurée au départ, Kira va bien vite se poser des questions quant aux véritables motivations des Seigneurs et devra aussi faire preuve de courage pour apprendre à réaliser les teintures qui lui permettront de colorer ses fils, techniques que sa mère n’a pas eu le temps de lui enseigner avant sa mort…

Uchronie dystopique, ce roman de Loïs Lowry se situe dans une époque archaïque et violente, un monde dans lequel les enfants sont traités et parqués comme du bétail, où le savoir est détenu par quelques privilégiés, où il est totalement interdit aux femmes d’apprendre à lire et où le handicap, vu comme une tare si horrible car ceux qui en souffrent ne peuvent pas travailler et deviennent un fardeau pour la société, est synonyme de mort dès la naissance. L’auteure pose ici selon moi les jalons de ce qui devrait composer une petite série car la fin de texte nous laisse réellement sur notre faim. Les personnages principaux comme secondaires sont peints avec beaucoup de précisions et plus nous avançons dans la lecture plus nous nous rendons compte que tout n’est pas aussi manichéen qu’il n’y paraît. Mais si le mystère devient de plus en plus opaque (nous obtenons quelques réponses à la fin, je vous rassure !), l’intrigue tarde à se mettre en place à mon goût et le tout manque un peu de piquant. L’univers est parfaitement décrit, la façon de parler des gens du peuple et surtout du petit Matt, le meilleur ami de Kira, vient apporter une bonne touche de réalisme à ce monde qui pourrait s’apparenter au Moyen-âge. Toutefois, je trouve qu’il manque un peu d’actions et c’est seulement lors des toutes dernières pages que la véritable aventure semble sur le point de commencer. Un peu frustrant ! J’attends donc de connaître la suite, si suite il y a ! Le tout forme néanmoins un bien joli roman d’apprentissage, à la fois sombre et féerique, qui permettra aux jeunes adolescents de réfléchir sur l’importance du savoir, de l’enseignement pour détenir un moyen de réflexion et de pouvoir alors que le manque de culture ne produit que violence et rejet de l’autre.

Education sentimentale

9 Sep

J’ai choisi ce livre à la médiathèque en raison de son auteur d’abord qui est un grand monsieur de la littérature américaine et de son titre ensuite qui, d’une certaine façon, a pu et peut encore me correspondre.

A moi seul bien des personnages, John Irving

Bill, adolescent, vit au sein d’une famille peu banale. Son grand-père maternel s’occupe d’une troupe de théâtre dans une petite ville des Etats-Unis. Il se plaît à s’attribuer les rôles de femmes afin de se travestir à son gré. Sa tante est elle aussi actrice tandis que sa mère est souffleuse. Il ne connaît pas son père mais bientôt, un magnifique acteur prénommé Richard fait son entrée dans la troupe. Dès que Bill l’aperçoit pour la première fois, il en tombe amoureux. Bientôt, Richard devient son beau-père et le présente à la sculpturale Miss Frost, une bien singulière bibliothécaire. Le garçon conçoit immédiatement pour elle aussi ce qu’il nomme un « béguin contre nature »…

Dans ce roman à la fois drôle et profondément tragique, Irving nous invite à suivre le destin de Bill, le narrateur, qui revient, au crépuscule de sa vie, sur ce qu’a été son existence. Il nous explique comment très jeune, il fut troublé par des figures marquantes adultes des deux sexes et comment s’est ainsi fondée son identité sexuelle. Après avoir refoulé ses béguins pour ses camarades de classe garçons et dissimulés ses désirs par craintes de contrevenir à l’ordre social, Bill va peu à peu s’émanciper de sa mère et envoyer balader les idées puritaines putrides de soi-disant médecins qui voudraient le « guérir » de ses maux. Une fois adulte, il parviendra à assumer son statut de bisexuel, s’affichant tour à tour avec des hommes, des femmes ou des transgenres.

A moi seul bien des personnages est aussi une réflexion sur le pouvoir de l’art – la littérature et le théâtre en particulier – qui joue un rôle majeur dans l’apprentissage et la construction du narrateur en lui permettant de se rendre compte qu’il n’est pas le seul à douter de ses sentiments, de ses désirs.

Enfin, le roman, et c’est sans doute ce qui m’a le plus marquée, est un véritable hymne à la tolérance et à la liberté de penser et d’aimer. J’ai trouvé la fin – qui se passe dans les années 80 – à la fois très dure avec la progression et les ravages du SIDA dans les milieux gays mais en même temps porteuse d’espoir avec ce cri d’amour et de vie des personnages qui se battent pour rester avant tout humains. Excellent !

Or noir

27 Nov

Merci encore à Muriel qui m’a prêté ce magnifique roman !

Pétrole ! , Upton Sinclair

Début du XXème siècle. J. Arnold Ross, magnat du pétrole, parcourt les routes américaines avec son fils, Bunny, au volant de sa voiture de sport, à la recherche de nouveaux champs de pétrole à prospecter. Le petit garçon est plein d’admiration pour son Papa – ancien muletier désormais millionnaire – véritable modèle de réussite du rêve américain.

Lors d’une soirée au cours de laquelle Papa tente de mettre la main sur des terrains pétrolifères à moindre coût, Bunny fait une rencontre qui va bouleverser le cours de vie. Paul est un garçon un peu plus âgé que lui. Il vient de s’enfuir de chez son père et crève littéralement de faim. Il demande à Bunny de bien vouloir lui ouvrir la porte de la cuisine de sa tante afin qu’il puisse prendre de quoi se sustenter. Il promet au petit garçon de rembourser la femme dès qu’il en aura les moyens. Bunny est émerveillé par cet être famélique à la force d’esprit hors du commun, qui refuse son aide financière et qui veut vivre sa vie loin de sa famille fanatique, libre de penser par lui-même. Paul s’en va. Bunny fera tout pour le retrouver.

Quelques mois plus tard, lors d’une partie de chasse aux cailles, Bunny s’aperçoit que leur terrain de jeu recouvre sans doute du pétrole. Il supplie son père de l’acheter ainsi que la ferme qui abrite la famille ruinée du fameux Paul. Les deux garçons finissent par se retrouver et Bunny est à nouveau fasciné par le garçon qui a réussi à se débrouiller seul, à s’instruire et à se construire un mode de penser personnel tandis que lui demeure sous la coupe de son père.

Les années passent. Pour J. Arnold Ross, tous les moyens sont bons pour s’enrichir : corruption, quasi esclavagisme des ouvriers… Lors d’une grève de ces derniers, Bunny qui a grandi, grâce à Paul, ouvre enfin les yeux sur les pratiques de son père. Refusant de mener une vie de mensonges et de profiter de la faiblesse des autres pour faire fortune, il va  tenter tant bien que mal de se dégager de son emprise et de tracer son propre chemin, en opposition à celui que lui offrait son papa. Le jeune homme s’oriente vers le socialisme et continue à côtoyer Paul engagé dans le communisme en pleine période de chasse aux sorcières…

Voilà un magnifique exemple de bildungsroman. Par le biais de Bunny qui grandit et s’émancipe peu à peu de l’autorité suprême d’un père charismatique, Upton Sinclair dresse le portrait de l’Amérique de son époque : pauvreté intellectuelle des basses couches de la société, fanatisme religieux, course à l’argent, développement du cinéma, prohibition, capitalisme grandissant, propagande politique, corruption… tout y passe ! Et l’ensemble raconté dans un style génial. Certains pourraient sans doute dire sans style, puisqu’il s’agit là de langage parlé. Le discours indirect libre est en effet roi dans ce roman d’apprentissage et permet à l’auteur/narrateur de laisser aller son regard ironique et grinçant sur le monde qui l’entoure et ses propres personnages. Plus de 700 pages exquises ! Un très grand roman ! Il a d’ailleurs inspiré Paul Thomas Anderson qui l’a porté à l’écran sous le titre de There Will Be Blood. Je suis pressée de voir si le réalisateur est parvenu à rendre ce ton si particulier dont je vous donne un exemple ici pour conclure (toute ressemblance avec une situation actuelle n’est que purement fortuite !) :

Début du roman, le père et son fils sont en voiture en rase campagne et en profitent pour rouler entre 80 et 100 kms au lieu des 50 autorisés, le père voit un agent de police à l’horizon : « Oh ! Oh! voilà une aventure palpitante pour un jeune garçon ! Il aurait bien voulu regarder et se rendre compte, mais il comprenait qu’il devait se tenir assis, les yeux fixés droits devant lui, l’air complètement innocent. Il n’avaient jamais de leur vie marché à plus de 50 km/h, et si quelque agent de la circulation croyait les avoir vus descendre la côte plus vite que cela, c’était une pure illusion d’optique, l’erreur naturelle à un homme chez qui la profession a détruit toute confiance dans l’espèce humaine. Eh oui, ce doit être une chose terrible d’être « agent de la vitesse » et d’avoir pour ennemi tout le genre humain ! S’abaisser à des actes aussi peu honorables que celui de se cacher dans les buissons, un chronomètre à la main […] Il choisissait un endroit où l’on pouvait aller vite en toute sécurité et où il savait que tous voudraient se dégourdir après avoir été retenus si longtemps là-haut, dans les montagnes, par les lacets et les routes grasses. C’était comme cela qu’ils se souciaient du franc-jeu, ces agents de la vitesse ! » 

 

Morts-vivants

28 Août

Encore un des livres « piqués » au CDI.

L’Etrange vie de Nobody Owens, Neil Gaiman

Par une sombre nuit, un personnage encore plus sombre se glisse dans la demeure de la famille Dorian. Il assassine froidement le père, la mère et leur petite fille. Afin de terminer son travail en beauté et proprement, le Jack – car c’est ainsi que se nomme ce célèbre égorgeur de Londres – s’apprête à enfoncer sa lame dans le corps du bébé. Sauf qu’il ne transperce pas un bébé mais un ours en peluche. Très vite, il part à la recherche de l’enfant… en vain.

Le bébé, sentant le danger, a quitté tant bien que mal son berceau et est sorti de la maison en rampant. Il arrive jusqu’au cimetière près de sa maison. Là-bas, les fantômes comprenant qu’il est en danger décident de le protéger. Il va être alors recueilli puis adopté par les charmants époux Owens, morts depuis plusieurs décennies… L’enfant – baptisé Nobody et surnommé Bod – va grandir au milieu des spectres, sous l’œil bienveillant de son tuteur Silas, ni vivant ni mort. Les fantômes se font une joie de lui enseigner toutes leurs connaissances : écriture, histoire, poésie mais aussi effacement, épouvante et autres sortilèges.

La vie de Bod aurait pu s’écouler tranquillement au cimetière s’il n’avait pas voulu en sortir pour découvrir le monde des vivants, son monde. Mais à l’extérieur, le garçon court de grands dangers, le Jack est toujours à sa recherche et compte bien terminer enfin sa sinistre entreprise…

Entre conte fantastico-gothique et roman d’apprentissage, L’Etrange vie de Nobody Owens plaira sans doute aux jeunes adolescents amateurs d’histoires de fantômes et autres sorcières. On suit avec plaisir l’évolution du personnage, son passage de l’enfance à l’adolescence, la période de rébellion qui l’accompagne, la découverte du sentiment amoureux porteur de joie et de déceptions. J’ai particulièrement apprécié le moment où Bod veut absolument se rendre au collège pour apprendre comme tout le monde. Alors qu’il fait tout pour passer inaperçu, il se retrouve confronté à un problème de racket et vient en aide aux 6ème en ridiculisant la brute qui les tourmentait, d’abord par des paroles intelligentes, puis par ses pouvoirs particuliers. De peur que le collège tout entier ne le prenne pour une bête de foire, il est obligé d’arrêter sa scolarité, malheureux. J’ai surtout aimé l’échange suivant, entre Bod et l’amie du persécuteur de 6ème, qui fait bien réfléchir : « – T’es bizarre, lui dit-elle. T’as pas d’amis. – Je ne suis pas venu ici pour me faire des amis, répondit Bod avec sincérité. Je suis venu pour apprendre. […] – Tu sais que c’est complètement bizarre, ça? personne ne vient à l’école pour apprendre. Enfin quoi, on vient parce qu’on est obligé. » L’auteur, Neil Gaiman, a mis une vingtaine d’années à écrire ce roman inspiré par son fils qui aimait se balader en tricycle entre les pierres tombales. Il a reçu de nombreux prix. Une belle découverte !