Tag Archives: roman noir

Fièvre meurtrière

15 Juil

Bonjour tout le monde ! Même si je sais qu’aujourd’hui, une bonne partie de la France sera concentrée sur la finale de la coupe du Monde, je tenais à vous présenter un roman noir savamment orchestré.

La nuit est mon amie, Annie Giraud

la-nuit-est-mon-amieÉté 1963, Paule s’ennuie ferme dans son village natal, entouré par sa famille et une pléiade de voisins qu’elle déteste. La jeune adolescente ne supporte plus les soirées passées devant Interville ou à fêter les sardines. Tout l’insupporte, en particulier les mesquineries, la médiocrité et l’hypocrisie qui l’entoure. C’est ainsi que, pour allier l’utile à l’agréable, elle va se charger d’éliminer les importuns, afin qu’ils cessent de perturber ceux qui ne peuvent se défendre. Pendant cet été caniculaire, Paule va froidement préméditer l’assassinat de plusieurs villageois, sachant parfaitement qu’elle ne sera jamais inquiétée par les autorités tant son entourage est stupide.

Été 2003, Paule est seule pour quelques semaines. Son mari et ses enfants étant partis pour les vacances. De nouveau, comme 40 ans plus tôt, elle se sent cernée par la méchanceté quotidienne et décide de faire justice elle-même. Sa fièvre vengeresse la reprend…

J’ai été complètement happée par ce roman noir au ton très cynique – la voix de la narratrice est vraiment savoureuse, on ne peut qu’adhérer à son regard sur le monde qui l’entoure – où l’on se retrouve à suivre le parcours d’une tueuse en série peu ordinaire. Malgré la froideur dégagée par la protagoniste, on comprend pourquoi elle en vient à agir ainsi, à prendre des décisions extrêmes et à accomplir les actes les plus terribles comme si tout était naturel. Mais ce qui est vraiment savoureux, c’est la chute de ce roman qui viendra véritablement expliquer les raisons pour lesquelles cette brave mère de famille se transforme en meurtrière. Je ne m’attendais pas du tout à ça ! En ces jours de canicule, je vous conseille donc la lecture de ce roman paru aux éditions Lucien Souny.

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Chers chocolats

2 Fév

C’est avec plaisir que je relis ce roman policier que j’avais étudié en 4ème afin de le faire découvrir aux élèves de mon ancien collège.

Le Faucon malté, Anthony Horowitz

logo_12483Herbert et son jeune frère Nick, âgé d’à peine 13 ans, sont restés vivre à Londres tandis que leurs parents ont mis les voiles pour l’Australie. Afin de tenter de gagner sa vie, Herbert a créé une agence de détective privé sous le nom de Tim Diamant. Malheureusement, strictement personne ne fait appel à lui et les deux frères croulent sous les dettes. Jusqu’au jour où un nain, nommé Johnny Naples, fait irruption dans leurs vies. L’homme semble aux abois et demande à Tim de conserver précieusement un paquet pour lui. Pour cela, il lui offre une rondelette somme d’argent et en promet davantage à son retour. Après s’être fait cambrioler, les garçons décident d’ouvrir le paquet que le jeune Nick avait fort heureusement gardé sur lui. Il s’agit d’une vulgaire boîte de chocolats maltés ! En quoi des chocolats peuvent-ils susciter tant de convoitises ? C’est la question à laquelle nos enquêteurs devront répondre. Mais pour Tim et Nick, les ennuis ne font que commencer…

Je me rappelais avoir adoré ce livre dans ma jeunesse. Sa relecture a été un vrai plaisir d’autant que depuis j’ai étudié et lu de nombreux classiques du roman policier dont le fameux Faucon de Malte ou Faucon Maltais de Dashiell Hammett, un chef-d’oeuvre du roman noir dont s’est inspiré Horowitz pour son titre et la tonalité de son texte. Nous avons justement affaire ici à une parodie de roman policier avec le personnage du privé, une intrigue compliquée, et une série de bandits tous plus acharnés et décidés les uns que les autres à mettre la main sur le pactole. Sauf que dans notre cas, Tim est une caricature de détective : sans aucune jugeote et ayant peur de son ombre, le seul endroit où il se sentira bien sera derrière les barreaux d’une prison ! C’est donc son jeune frère Nick, qui n’a lui pas froid aux yeux, qui va se charger de l’enquête quitte à devoir y laisser sa peau.

Vous n’aurez pas le temps de vous ennuyer en lisant ce policier riche en rebondissements et bourré d’humour. Je vous encourage comme Nick à tenter de percer l’énigme des chocolats et pour les adultes à découvrir toutes les petites références aux premiers romans noirs américains. Coup de coeur !

Pour info, Horowitz a reçu de nombreux prix pour ce roman. Il est également l’auteur de L‘île du Crâne et de la série Alex Rider que vous trouverez au CDI et scénariste de multiples séries tv ou films dont le prochain Tintin adapté au cinéma qui sortira en 2016.

Vérité nue

5 Août

Je remercie vivement mon ami JSB qui m’a offert ce livre pour mon anniversaire il y a quelques mois et permis de découvrir un auteur qui vaut le détour.

Nager sans se mouiller, Carlos Salem

Juan Pérez Pérez, divorcé, représentant dans l’industrie pharmaceutique, s’inquiète. Il doit récupérer ses deux enfants pour passer les vacances mais a peur de ne pas être à la hauteur. Pourtant, Juan n’est pas le monsieur Tout-le-monde qu’il paraît. Il est aussi Numéro Trois, un redoutable tueur à gages qui ne craint aucune situation.

Mais aujourd’hui, tout est différent. Une opération de dernière minute lui est confiée alors qu’il s’apprête à partir avec ses enfants : surveiller une future victime dans un camping de nudistes sur la côte sud de l’Espagne. Et dès le départ rien ne semble aller normalement. Déjà, il ne sait pas qui il doit surveiller. Ensuite, se retrouver totalement nu devant ses enfants et au milieu d’inconnus le rend nerveux. Puis d’étranges coïncidences se produisent. Son ex-femme s’installe avec son amant dans la tente voisine de la sienne. Il retrouve son meilleur ami d’enfance qu’il a malencontreusement rendu borgne et boiteux aux bras d’une femme fatale. Il croise un policier avec lequel il joue au chat et à la souris depuis des années ainsi qu’un rival psychopathe qui appartient à la même entreprise et qu’il soupçonne d’être là pour le tuer. Alors que Juan ne sait pas vraiment en qui il peut se fier, il se lie d’amitié avec le vieux professeur Camilleri et tombe sous le charme de la belle Yolanda. Mais peut-il vraiment leur faire confiance ?

Voilà un roman noir parfait pour l’été et ce n’est pas péjoratif. Ce n’est pas tous les jours qu’une intrigue de polar plante son décor dans un camp nudiste ! L’atout majeur de l’intrigue réside dans le fait que personne n’est réellement celui qu’il parait et que même complètement nu, chacun a encore pas mal de choses à cacher. Tout au long du roman, on suit l’évolution de notre père de famille qui se révèle peu à peu à lui-même et aux siens passant peu à peu du statut du mari et du père ringard à celui de héros. J’avoue qu’au début, j’ai délaissé l’intrigue pour m’attarder sur le caractère du personnage – je crois d’ailleurs que c’est ce que l’auteur a voulu car tout reste très flou jusqu’aux deux tiers du roman. Mais j’ai été très agréablement surprise par la toute fin qui révèle quelques rebondissements bien sentis.

Du point de vue du style, le roman est très agréable à lire dans un mode à la fois décalé, burlesque et poétique. L’auteur ne se prend pas au sérieux, s’amuse avec les codes du genre sans toutefois tomber dans la facilité et tout en livrant de profondes réflexions sur l’amour et la condition humaine.

Amateurs du genre ou non, vous ne serez pas déçus par ce roman noir totalement loufoque et bourré d’humour !

Insaisissable

18 Sep

Je poursuis ma découverte de la littérature nippone. 

Intrusion, Natsuo Kirino

Tamaki Suzuki est écrivain. Son prochain livre, Inassouvi, a pour sujet O., personnage insaisissable du célèbre roman autobiographique de Mikio Midorikawa, Innocent. Dans l’oeuvre de ce dernier, O. apparaît comme la maîtresse de l’illustre écrivain, comme une femme de l’ombre dont on ne sait pratiquement rien mais qui va jouer un grand rôle dans la vie de l’auteur. Personne n’a jamais su qui elle était ni si elle a même un jour existé vraiment. Mais Tamaki, persuadée de son existence, veut absolument la retrouver, bien que plus de 40 années se soient écoulées depuis la parution de l’oeuvre scandaleuse…

Obnubilée par le personnage, Tamaki part à sa recherche et rencontre un bon nombre des femmes qui ont entouré Midorikawa afin de percer le mystère, 17 ans après la mort de l’écrivain. En se plongeant dans les histoires d’amour complexes du romancier, sa propre histoire, ses souvenirs de son amour passionné avec son éditeur Seiji Abé. Si leur première rencontre s’était avérée désastreuse, Tamaki et Seiji avaient fini par nouer des liens profonds et entamer une aventure extra-conjugale. Mais au fil du temps, la haine l’a emporté sur l’amour et ils se sont séparés. Tamaki, alors qu’elle n’a quasiment plus aucun contact avec lui depuis des mois, apprend que Seiji est très malade. Toutes les rencontres avec ces femmes, toutes ces histoires d’amour provoquent donc inéluctablement la réminiscence de cette passion avec Seiji.

Vous l’aurez compris, l’action n’est pas ce qui caractérise ce roman étiqueté « roman noir »… La quatrième de couverture indiquait :« Natsuo Kirino ne flirte avec le thriller que pour mieux explorer l’âme humaine »(critique du Monde). C’est ce qui m’avait attiré à la base. Mais je n’ai pas vraiment perçu ni le côté noir, ni le côté thriller du livre. A moins que la question de savoir si oui ou non Tamaki parviendra à découvrir qui était la mystérieuse O. soit d’un suspens insoutenable pour quelqu’un, je ne vois pas du tout pourquoi ce roman a été classé noir… Mystère !

Si l’on met cela de côté, l’ensemble demeure agréable à lire même s’il est facile de se perdre dans les nombreux flash-back. Le style varie selon les différentes rencontres. Le deuxième chapitre m’a particulièrement plu. Il s’agit du monologue d’une femme que Tamaki rencontre pour préparer son livre. Elle lui raconte comment Midorikawa et elle ont entretenu une « liaison » alors qu’elle n’avait que 10 ans. Certains passages font froids dans le dos. J’ai bien aimé aussi le fait que l’auteur glisse des extraits de Innocent dans le livre. Par cette sorte de mise en abyme, on a l’impression que le roman a vraiment existé. Et comme tout est imbriqué, le livre apparaît également un peu comme des poupées russes. Je suis donc plutôt contente de cette lecture.

Le privé plane

2 Juin

Merci à celui qui m’a conseillé cet auteur !

Un privé à Babylone, Richard Brautignan

Notre (anti)-héros, C. Card est détective privé, ou plutôt tente de l’être. Un client vient de le contacter. Il ne sait pas pourquoi. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il lui faut des balles pour mettre dans son revolver, au cas où il en aurait besoin. Mais comme il n’a pas un sou en poche et qu’il a déjà tapé toutes les personnes de son entourage plus ou moins proche, la quête se révèle compliquée. D’autant plus compliquée qu’il est sans cesse retardé par Babylone. Dès que son attention se relâche, Card est absorbé dans son monde imaginaire, un monde où il s’appelle Smith Smith, où il est un célèbre détective, accompagné de la plantureuse Nana-Dirat, où il se bat contre le maléfique professeur Abdul Forsythe et ses ombres-robots.

Dans le monde réel, notre privé parvient finalement tant bien que mal à récupérer des balles. Mais l’affaire pour laquelle il a été embauché n’est pas claire. Il doit voler le cadavre d’une prostituée poignardée à coup de coupe-papier. Bizarrement, d’autres personnes sont aussi sur le coup. Bientôt, Card va se retrouver poursuivis par quatre Noirs armés de rasoirs, sa mère qui lui en veut d’être privé et l’accuse d’avoir tué son père à l’âge de 4 ans. Sans compter le cadavre dans son réfrigérateur.

Voilà un polar bien barré, comme je les aime. Brautignan signe une magnifique parodie des plus célèbres romans noirs américains. Le héros est complètement creux, rempli seulement de son délire de Babylone. Voilà le genre de livre qui ne s’explique pas, auquel il ne faut sans doute pas chercher de sens. Un livre qui rappelle Vian par les jeux de langage. Je ne me fatigue pas et reprend les citations du préfacier Claude Klotz qui, à elles seules, constituent un excellent résumé de l’oeuvre.

Un flic qui joue avec un coupe-papier, arme du crime de la prostituée : « Quelqu’un aurait dû l’emmener dans une papeterie et lui expliquer la différence entre une enveloppe et une pute. »

Un privé se faisant draguer par une blonde : « Elle m’a fait un geste des yeux pour m’inviter à monter. C’était un geste bleu. »

Voilà qui donne une bonne idée du bouquin. Une excellente lecture ! 

Polar foutraque !

16 Jan

Bon, j’ai attaqué la Pléïade de ce cher Boris par son seul et unique roman que je n’avais jamais lu (allez savoir pourquoi !).

 

Elles se rendent pas compte, Vernon Sullivan alias Boris Vian

Texte signé Sullivan, double américain de Vian, Elles se rendent pas compte reprend tous les clichés du roman noir américain pour les tourner en dérision. Loin du perturbant J’irai cracher sur vos tombes, voilà un polar foutraque à la sauce Vian.

Nous pénétrons dans l’histoire à travers le regard de Francis Deacon, jeune fils à papa, qui doit se rendre à la fête costumée d’une amie d’enfance, la jeune et jolie Gaya. Comme il déteste l’idée de se déguiser, Francis choisit néanmoins de ne pas faire les choses à moitié et se métamorphose en femme afin de voler la vedette à son amie. Ce changement de sexe durera au final quasiment tout le roman. Mais ne brûlons pas les étapes…

Lors de la fête, Francis s’aperçoit que quelque chose cloche dans le comportement de son amie. Alors qu’il la voit quitter la pièce principale au bras d’un type louche, il monte dans sa chambre. Il la retrouve dans sa salle de bain, le regard vide. Sur son bras, des traces de piqûres… Franchement, elles se rendent pas compte…

A partir de là, l’histoire ne va plus cesser de s’emmêler. Quelques temps plus tard, Francis apprend que Gaya doit se marier. Mais lorsqu’il comprend que son futur époux n’est autre que le dealer homosexuel de son amie, il voit rouge ! Le jeune homme va tout faire pour sauver la jeune femme du piège dans lequel elle se précipite. Courses poursuite en voitures, en bateaux… Vian s’en donne à coeur-joie et l’on décèle bien son amour pour les belles carrosseries.

Francis ne tarde donc pas à avoir une troupe de gangsters à sa poursuite menée par Louise Walcott, la soeur lesbienne du dealer gay. Surtout après leur avoir volé dix mille dollars.  Dix mille dollars que Francis oublie malencontreusement dans sa voiture accidentée dans la vitrine d’une boucherie… Le ton est donné !

Notre héros demande très rapidement de l’aide à son frère Ritchie qu’il oblige à se déguiser aussi. D’ailleurs, cela complique encore les choses puisque le chinois qui devait épiler les jambes de Ritchie se fait poignarder dans la maison familiale et c’est Francis qui est accusé. Du coup, les deux frères ne doivent plus seulement échapper à Louise Walcott et sa bande mais aussi aux fédéraux…

Au cours de sa quête, Francis et Ritchie n’oublient pas de profiter de leurs déguisements. Puisque toutes les filles qu’ils croisent sont lesbiennes, ils mettent à profit leurs nouveaux attributs féminins pour tenter de convertir plus ou moins violemment les demoiselles au sexe masculin…Préférer les femmes, sans blagues, elles se rendent pas compte ! Plusieurs passages assez crus ont d’ailleurs été censurés par Vian mais sont présents en notes dans la Pléïade.

Vous l’aurez sans doute compris, il faut prendre ce roman au quinzième degré. Si vous aimez l’esprit Tontons flingueurs vous serez servis. En lisant le texte, j’avais l’impression d’entendre les voix de Ventura et Blier tout droit sorties du film d’Audiard ! Le héros – macho, imbu de lui-même, violent, homophobe – est en tous points détestable mais le lecteur adore le détester ! L’humour – pas toujours très fin, certes – est présent à chaque page de ce roman noir complètement déjanté et à mille lieues de J‘irai cracher sur vos tombes. Le texte n’est donc pas à prendre au sérieux, ce que n’a d’ailleurs pas fait Vian puisqu’on peut relever de petites incohérences, signes de la rapidité d’une écriture destinée avant tout à nourrir l’auteur… Sans doute pas le meilleur Vian, mais que voulez-vous, Boris restera Boris et je ne lui en veux pas !