Tag Archives: roman policier

Mort sur le Nil

26 Fév

Merci aux Editions du Seuil pour leur confiance renouvelée.

Les ombres du désert, Parker Bilal

123808_couverture_hres_0Makana, détective privé, est embauché pour filer Maître Ragab, un avocat reconnu, soupçonné d’adultère par sa femme. En réalité, loin de se rendre auprès d’une maîtresse, l’homme se presse au chevet d’une jeune femme, Karima, brûlée vive. Cette dernière finit par succomber à ses horribles blessures et l’avocat demande au privé qu’il a démasqué de faire la lumière sur ce qu’il pense être un meurtre alors que la police conclut à un accident. Pour Ragab, le père de la victime, un djihadiste en cavale, est sans doute responsable de ce crime atroce. Quelques mois après le choc du 11 septembre, alors que les Israëliens assiègent Ramallah, notre privé se rend à Siwa, oasis à la frontière libyenne, afin de se renseigner sur la famille de Karima. Mais alors qu’il se confronte à des autorités locales peu désireuses de collaborer, deux cadavres sont retrouvés et Makana se voit bientôt accusé de ces deux meurtres barbares…

Pour ne rien vous cacher, j’ai eu du mal à me plonger dans ce roman. L’enquête met un peu de temps pour démarrer à mon goût. Est-ce dû au fait que ce roman soit le troisième d’une série ? Je ne pense pas. D’ailleurs, l’intrigue finit par se mettre en place et une fois installée, on oublie vite les petites lenteurs initiales. Le lecteur est transporté dans le désert égyptien et l’atmosphère de tension politique est très bien rendue par l’auteur. Mais ce que j’ai le plus aimé dans ce roman, c’est l’apparition d’un personnage féminin fort, Zahra, membre d’une association pour la protection des droits des égyptiennes. Une voix importante qui permet d’évoquer la condition des femmes dans des pays islamiques. Et rien que pour cela, ce roman vaut vraiment le détour.

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Enquête bretonne

21 Juin

Je remercie vivement Alexandra de France Loisirs pour sa confiance renouvelée qui me permet de passer d’agréables moments de lecture.

Les bruines de Lanester, Jean Failler

les-bruines-de-lanesterLa jeune inspecteur stagiaire Mary Lester est nommée au commissariat de Lorient sous les ordres du misogyne Amédéo qui fait tout pour la rabaisser et lui rendre la vie impossible. Alors que la vie s’écoule plutôt paisiblement dans ce coin de Bretagne, le calme quotidien est bousculé par la découverte du cadavre d’un sans-abri, la disparition d’un directeur de supermarché et d’une voiture volée. Alors que pour Amédéo tous ces incidents ne sont que pure routine et affaires de plus à classer, la jeune Mary est au contraire persuadée que tous les événements sont liés et qu’un criminel opère dans la région. Mais la jeune femme devra faire preuve d’un très grand savoir-faire et surtout se montrer plus que persuasive pour faire entendre son point de vue et mener l’enquête dans ce milieu masculin qui voit d’un mauvais œil l’arrivée d’une femme au sein de leur service…

Voilà un récit policier qui ne manque pas de piquant. Placé sous le signe de l’humour, le roman se lit presque d’une traite. L’auteur ne lésine pas sur la caricature du vieux flic macho pour caractériser le personnage d’Amédéo que le lecteur prend plaisir à détester. Si le ton est enlevé et enjoué, l’intrigue n’en est pour autant pas délaissée même si les motivations des crimes ne sont guère originales. Mais j’ai envie de dire que ce n’est pas tellement cela que l’on recherche en lisant ce sympathique polar qui fourmille de rebondissements et de dialogues cinglants. L’important étant plutôt de savoir comment la jeune Lester parviendra à s’imposer devant un chef si imbuvable. J’ai également apprécié le côté rétro qui nous replonge à une époque où le téléphone portable et les cartes téléphoniques pour les cabines n’existaient pas encore. Nous sommes bien loin ici des Experts Miami et je dois avouer que l’enquête à l’ancienne a son charme. Alors si vous cherchez un roman policier qui vous fasse sourire pour l’été les livres de la collection Piment Noir sont pour vous ! (n’hésitez pas à cliquez sur le lien pour les découvrir en vidéo) Et pour l’été, France Loisirs vous fait profiter d’une offre à tout petit prix, profitez-en !

 

Le crime était presque parfait

9 Avr

Encore une jolie rencontre, en attendant le train du retour du salon du livre de Montaigu. J’avais beaucoup entendu parler de ce livre à sa sortie et m’étais promis de le lire un jour. C’est chose faite ! (mais dans la version abrégée disponible dans mon CDI)

Et si c’était niais ?, Pascal Fioretto

Un vent de panique règne dans le monde littéraire contemporain ! Denis-Henri Levy, en pleine exploration de Barbès, vient de recevoir un message de menaces. Constatant avec horreur qu’il n’est pas la seule cible, il décide de contacter son éditeur au plus vite afin de prévenir les autres écrivains au plus vite. Mais au même moment, Christine Anxiot se fait kidnapper…

C’est le commissaire Adam Seberg – double parodique du commissaire Jean-Baptiste Adamsberg, héros des romans de Fred Vargas –  qui est chargé de l’enquête alors qu’il s’ennuie ferme à s’occuper des trafics de hasch dans les collèges huppés du 6ème arrondissement. Bien que rongé par les soucis personnels et fatigué par un aller-retour express aux Etats-Unis afin de régler une vieille histoire, notre homme est bien décidé à découvrir le mobile de l’auteur de ces menaces et à retrouver tous les écrivains qui disparaissent au fur et à mesure. Il décide d’aller interroger Mélanie Notlong et jean d’Ormissemon pour tenter de percer le mystère…

Génial ! J’ai ri tout le long ! Pasal Fioretto réussit coup double avec cette intrigue policière qui pastiche un auteur contemporain à chaque nouveau chapitre. L’auteur se moque – gentiment – non seulement des tics stylistiques mais aussi de l’ego parfois surdimensionné de certains. Mes deux chapitres préférés sont sans conteste celui consacré à BHL qui inaugure cette version abrégée – on y découvre le philosophe égocentriste en plein « vertigo » dans un hôtel miteux de Barbès, c’est juste hilarant ! – et celui consacré à  Amélie Nothomb avec de magnifiques réécritures de Métaphysique des tubes et Hygiène de l’assassin. Le pastiche de Marc Lévy vaut également son pesant de cacahuètes ! Et je rassure tout de suite les élèves, il n’est pas forcément nécessaire d’avoir lu tous les auteurs cités pour apprécier l’humour de ce texte (l’édition présente tout de même quelques extraits à la fin du livre de trois des écrivains pastichés, afin de se rendre compte de l’écriture initiale). Le texte est très drôle par essence ! Un vrai bon moment de lecture, distrayant et intelligent !

Mystère, mystère…

8 Oct

Un classique, pour le collège.

Le Mystère de la chambre jaune, Gaston Leroux

Voilà un crime bien mystérieux : Melle Stangerson a été victime d’une tentative d’assassinat  alors que sa chambre était fermée de l’intérieur, que toutes les fenêtres étaient closes et qu’il n’y avait aucune trappe dans la pièce permettant au malfrat de s’enfuir ! Qui a bien pu commettre le crime et surtout comment le coupable a-t-il pu déjouer l’attention de tous et s’enfuir de cet espace clôt ? Alors que la police, avec Fred Larsan à sa tête, peine à mettre la main sur un coupable, le jeune journaliste et détective Rouletabille décide de mener l’enquête.Les deux hommes vont mener un combat de réflexion pour résoudre cette énigme en apparence insoluble.

Qui n’a pas en tête cette célèbre histoire de meurtre commise en lieu clos, tout aussi fameuse que « Le double assassinat rue Morgue » d’Edgar Allan Poe ? Pour ma part, j’étais persuadée d’avoir déjà lu le roman tant j’en ai entendu parler depuis mon enfance. Ce n’est qu’après quelques pages que j’ai réalisé que ce n’était pas le cas ! J’ai donc pris plaisir à tenter de démasquer le coupable en même temps que Rouletabille. J’avoue avoir été très heureuse de le débusquer assez tôt et d’avoir confirmation de mon raisonnement à la fin (même si je ne possédais pas toutes les solutions propres à l’auteur). Je pense que le jeune lecteur se laissera prendre au jeu de ce roman policier à énigme, se laissera sans doute prendre au piège des apparences et sera fort étonné de découvrir le coupable à la fin. La langue de Leroux est accessible et l’humour, bien que discret, permet de s’attacher aux personnages, tout comme le fait de découvrir les éléments de l’enquête en même temps que les protagonistes. Un bon moyen pour les élèves d’exercer leur esprit de déduction tout en se distrayant. Seul bémol, le texte a quelque peu vieilli ce qui pourra peut-être rebuter les lecteurs fragiles. A partir de la classe de 5ème.

Chacrés crimes !

29 Juil

Avant de partir en vacances, j’ai flâné à la recherche d’un nouveau texte pour ma liseuse et me suis laissée tenter par le lauréat du concours 2014 « Nos lecteurs ont du talent – découverte Fnac »

Lucifuges, Jean-Baptiste Ducorneau 

Pour le commissaire Augustin Fernand Désiré Cornélius, la journée commence très mal : après avoir répandu son café bouillant sur la moquette de son salon à 4h du matin, être arrivé en retard, le ventre vide et en sueur au 36, quai des Orfèvres suite aux huit kilomètres parcourus à vélo depuis son appartement et s’être saisi de sa précieuse canne à pêche dernier cri dans son casier pour son petit shoot halieutique matinal, son téléphone le rappelle à la réalité. Son collègue, l’inspecteur Pereira, véritable ado attardé, fan et collectionneur de consoles et jeux vidéo, lui demande de rappliquer au plus vite sur une scène de crime.

Après la découverte du corps nu, sans vie, d’une jeune femme à la morphologie particulière, l’enquête est lancée. Mais l’intrigue ne s’arrête pas là. Une vidéo des plus gore a été envoyée à nos deux comparses par la brigades des mineurs. Les images, cruelles, montrent un sadique avec une masque de chien exécuter un chat à l’aide d’une disqueuse devant un homme attaché sur un lit avant de décapiter sauvagement ce dernier avec son arme. Penchant d’abord pour l’hypothèse du snuff-movie, nos deux comparses, aidés par la belle Clara, vont vite se rendre compte qu’il ne s’agit là que du commencement d’une longue série de meurtres horribles qui ont sans doute un rapport avec le premier crime…

Et bien, je dois avouer qu’il s’agit véritablement d’une très bonne surprise ! Je me suis laissée happer par ce long roman (je n’ai pas le nombre de pages exact mais compte tenu du temps de lecture, environ 500 je pense). L’humour, les jeux de mots et les références culturelles sont omniprésents. Le texte est très bien documenté – sur la pêche en particulier, même si j’ai lu en diagonales certains passages consacrés à ce sujet -, l’intrigue bien ficelée même si l’on sait, ou plutôt croyons, rapidement savoir qui est le tueur. Il nous faudra vraiment attendre l’épilogue pour connaître le véritable meurtrier. Je ne me suis pas ennuyée une seconde à la lecture de ce roman policier divertissant, à la limite de la parodie, qui, en tout cas, ne se prend pas au sérieux. Les nombreuses digressions à propos de la vie personnelle du commissaires permettent d’instaurer une complicité avec ce personnage haut en couleurs, jamais avare d’un bon mot. On espérerait une série !

Allez, un petit extrait pour la route, histoire de donner le ton : le ministre appelle Cornélius pour qu’il boucle l’affaire rapidement.

« – Je ne sais pas par quel miracle rien n’a encore transpiré, mais je vous parie ma chemise que dans moins de vingt-quatre heures la panique sera totale. Je veux impérativement des résultats d’ici demain matin commissaire Cornélius. Il va nous falloir des os à ronger à la presse.

– Le terme est judicieusement choisi, monsieur le Ministre.

– Je fais confiance à votre intelligence et à votre professionnalisme, il va falloir se lever tôt pour piquer ce chien.

Cornélius ne répondit pas, il s’était arrêté net de parler.

– Commissaire ? s’enquit le ministre au bout de trois secondes.

– C’est un kakemphaton !

– Quoi ! Vous avez compris ? Bravo commissaire, je n’ai jamais douté de votre efficacité !

– Oui, c’est un foutu kakemphaton, il y avait longtemps !

– Formidable ! Vous m’expliquez ?

– Bien sûr, monsieur le Ministre : Lever tôt pour piquer ce chien, le véto pour piquer ce chien. Kakemphaton ! Calembour involontaire.

On entendit un profond soupir à l’autre bout de la ligne. »

Sans parler du moment où, alors qu’ils interrogent un suspect dans une entreprise flambant neuve, Pereira remarque un baby-foot dans la salle de repos. Nos deux amis se lancent alors dans un match improbable pendant une pause lors de l’entretien ! Hilarant !!

Enquête picturale

7 Août

Voilà un livre que j’ai eu bien du mal à terminer… signe qu’il ne m’a absolument pas passionné !

Le Secret de Maître Joachim, Sigrid Heuk

Peter est un adolescent un peu spécial. Alors que tous les jeunes de son âge se retrouvent pour jouer au foot, boire une bière et draguer les filles, lui est féru de peinture et d’histoire. Un jour, il tombe sur un livre de peintures de Joachim Patinir, un peintre flamand du XVIème siècle. Alors qu’il le parcourt, il reste fasciné par une oeuvre en particulier : « Saint Christophe portant l’enfant Jésus ». Ce tableau l’intrigue beaucoup à cause d’un détail bien particulier au second plan : un mort gît au bord de l’eau. Peter aimerait savoir ce que fait ce mort sur cette peinture : qui était-il ? comment est-il mort ?

Après avoir passé des jours et des mois à la bibliothèque en recherches infructueuses, l’adolescent ne voit qu’un seul moyen de résoudre l’intrigue qui le hante : pénétrer dans le tableau afin de mener l’enquête…

Comme je l’ai dit en introduction, je n’ai pas du tout accroché à l’intrigue de ce roman jeunesse. Pourtant, le mélange policier et fantastique m’avait d’abord alléchée. Mais l’auteur en fait beaucoup trop. On a l’impression d’un long exposé sur l’histoire de la peinture flamande puis sur la vie au XVIème siècle. Tous les détails donnés font davantage penser à une notice biographique qu’à un roman. Il me paraît bien difficile également de se mettre dans la peau de ce héros si déconnecté de la réalité et monomaniaque. Le passage dans et hors du tableau n’est pas très réussi, en tout cas, je ne suis pas parvenue à me mettre dans l’ambiance « retour vers le futur » intellectuel. Le tout est en plus mis en abîme, ce qui ajoute à la surcharge de l’ensemble.

Peut-être que ce livre intéressera quelques élèves amateurs d’histoire en classes de 5ème ou 4ème mais je doute qu’il passionne les foules !

Cold-case

25 Fév

Je viens enfin de terminer le premier polar emprunté à mes parents…

Volte-face, Michael Connelly

Mickey Haller, brillant avocat de la défense, se voit confier par le district attorney du comté de Los Angeles, Gabriel Williams, le poste de procureur indépendant pour une affaire de meurtre vieille de 24 ans. Malgré ses réticences à passer du côté de l’accusation, il accepte cette offre qu’il ne peut pas vraiment refuser. Pour mener à bien l’enquête et le procès, il va s’entourer de son ex-femme, Maggie McPherson, adjointe du district attorney, et de son demi-frère, l’inspecteur Harry Bosh.

L’affaire à traiter n’est pas banale. Jason Jessup a été condamné 24 ans auparavant pour le meurtre d’une fillette de 12 ans. Or, après avoir fait procédé à des tests ADN qui semblent l’innocenter, il souhaite obtenir une révision du procès qui prouverait son innocence. Williams refuse d’admettre que Jessup soit reconnu innocent, car si tel était le cas, la ville devrait lui verser une somme colossale de dommages et intérêts. Pourtant, les preuves de l’accusation sont bien maigres et Haller ne pourra d’emblée qu’accepter la liberté sous caution demandée par la défense avant le procès.

Au début du roman, la défense possède donc de nombreux atouts, à commencer par l’avocat de Jessup, Clive Royce, dit « l’astucieux », et les médias qui prennent partie pour cet innocent qui aurait passé près d’un quart de siècle derrière les barreaux. Jessup profite de sa liberté retrouvée en vue du procès en s’exhibant dans tous les journaux. Difficile donc de constituer un jury qui ne soit pas au courant de l’affaire…

Si le procès semble mal engagé pour l’accusation, Haller et son équipe va tout mettre en place pour prouver que Jessup a bien tué la fillette. Pour cela, ils ne pourront s’appuyer que sur un seul témoin, à condition de le retrouver et de prouver sa crédibilité, la soeur de la victime qui avait assisté à la scène et identifié le coupable. Malheureusement, cette dernière a mené une existence bien dissolue après le meurtre, noyant son chagrin dans la drogue, et passant de nombreuses fois par la case prison.

Nos enquêteurs pourraient toutefois s’appuyer sur une faute de Jessup en liberté. Effectivement, le suspect pratique d’étranges activités la nuit dans les parcs de Mullohand; avec un peu de chance, il pourrait peut-être de nouveau tenter de passer à l’acte et être arrêté à temps…

Je suis assez mitigée concernant ce livre. L’intrigue est assez fragile, la question du coupable ne fait guère de doute malgré le titre. Le seul problème est de savoir comment l’accusation parviendra à démonter les thèses de la défense. C’est donc bien davantage les joutes du procès qui intéressent plutôt que l’enquête. Malheureusement, je n’ai pas vraiment accroché à cette lecture de procès qui serait sans doute bien mise en valeur dans un film mais qui demeure assez pénible à lire. Si ce n’est pas le roman policier du siècle, il permet néanmoins de se divertir agréablement, les derniers chapitres offrant quand même quelques rebondissements.

Enquête d’identité

16 Fév

Revenants – Trilogie New-Yorkaise, tome 2, Paul Auster

Ravie par le premier tome de la trilogie, Cité de verre, je me suis tout de suite lancée dans la lecture du deuxième avec de grandes attentes. Je dois avouer que j’ai été un peu déçue…

Bleu est un jeune détective privé initié au métier par Brun. Un jour, Blanc vient trouver Bleu pour lui confier une affaire : il devra filer un certain Noir et noter tous ses faits et gestes aussi longtemps qu’il faudra. Blanc ne donne pas d’autres indications. Bleu devra se contenter de suivre Noir et d’envoyer son rapport à Blanc en double exemplaire chaque semaine.

Voilà pour l’intrigue. A partir de là, Bleu va se poster dans un appartement dont une fenêtre donne sur celle de celui de Noir. Il va passer ses journées à le regarder écrire un manuscrit dont il ne sait rien. Les jours passent, la vie de Noir – et celle de Bleu, par la même occasion – est vide de sens : il passe le plus clair de son temps à écrire dans son appartement et ses rares sorties sont consacrées à quelques courses insignifiantes. Plus le temps s’écoule, plus Bleu se demande à quoi rime cette enquête et plus il perd les repères de sa propre existence à force d’observer la vie d’un autre qui ressemble étrangement à la sienne. Bleu, qui se croit maître de la situation, se rendra finalement compte qu’il est le jouet d’un marionnettiste, pris au piège d’un destin qu’il ne contrôle pas.

Une fois de plus, la quête d’identité est au coeur de ce livre, à la fois roman policier et réflexion métaphysique. Le thème du miroir, du double est mis au service de l’intrigue policière qui se voit bientôt réduite à un jeu de dupes, Bleu et Noir ne formant que les deux faces d’un même personnage. Ici aussi, comme dans Cité de verre, la mise en abîme est un des principaux ressorts de l’écriture puisque le livre que nous sommes en train de lire semble bien être le contenu des rapports de Bleu et des écrits de Noir.

J’ai moins apprécié ce deuxième tome en raison d’une narration trop froide à mon goût. Je n’ai absolument pas réussi à m’identifier à ces personnages sans identité – vous me direz que c’était le but, certes. Le fait qu’il n’y ait aucun chapitre, aucun saut de lignes et de nombreuses digressions m’a également perturbée. Toutefois, ce roman demeure une oeuvre intelligente qui confirme le talent de Paul Auster. Je pense laisser passer quelques temps avant d’entamer la lecture du troisième tome, La chambre dérobée, afin d’en profiter pleinement.