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Futur or no futur ?

22 Avr

Je tiens à remercier le collectif des Artistes fous associés et notamment Sébastien Parisot alias Herr Mad Doktor pour m’avoir confié leur dernier né après Sales Bêtes, Fins du monde et Folies.

L’homme de demain – 16 récits de l’utopie au cauchemar, Les artistes fous associés

Grande amatrice de récits d’anticipation, j’attendais beaucoup de ce recueil. Si j’avoue n’avoir pas accroché à toutes les nouvelles, j’ai néanmoins pris grand plaisir à lire ces textes qui évoquent des thèmes d’actualité poussés à leur paroxysme qui fait souvent froid dans le dos. On retrouve ainsi le problème de l’intelligence artificielle et de l’homme augmenté non seulement physiquement mais intellectuellement qui finira sans doute par se faire happer par la machine ou par le flux des médias omniprésents, les questions d’écologie et de ce qu’il adviendra de notre planète si nous continuons à la polluer de la sorte ou encore celle de la mutation génétique… Plus que d’utopies, il s’agit pour la plupart de récits dystopiques assez effrayants. Si vous avez tendance à angoisser en songeant au futur, passez votre chemin ! Au contraire, si comme moi vous adorez envisager les hypothèses les plus farfelues, ce livre est fait pour vous !

Comme à mon habitude lorsqu’il s’agit de recueils de nouvelles, je ne vais en sélectionner que quelques-unes – mes préférées ! Cela ne signifie pas que j’ai détesté les autres ! loin de là !

La frontière des rêves, Tesha Garisaki : Dans le monde de la narratrice, une jeune anthropologue, tout le monde est en permanence connecté à l’Omn-IA, une intelligence artificielle qui vient suppléer les utilisateurs et qui serait même dotée d’une conscience… La narratrice, un peu inquiète mais totalement dépendante de l’IA, décide de partir à la découverte d’une civilisation préservée de l’IA et donc de déconnecter quelques temps. Cette nouvelle liminaire met tout de suite dans l’ambiance et nous fait réfléchir sur l’hyper-connectivité dans un style tout à fait agréable.

Paradise4, Emilie Querbalec : J’avais déjà adoré sa nouvelle Coccinelles dans l’anthologie Folies. Il s’agit là de ma nouvelle préférée de l’ouvrage. Une nouvelle à la fois sombre et lumineuse, qui évoque le sacrifice de parents pour leur enfant alors qu’un dangereux virus condamne à terme l’humanité. Un texte d’une puissante délicatesse dans le thème abordé, centré sur le personnage du père en proie à un choix cornélien.

Le coeur sous la cloche, Ludovic Klein : Là encore, il s’agit d’un auteur dont j’avais déjà apprécié les nouvelles dans les anthologies précédentes. Dans le monde de la petite fille de huit ans qui est le personnage principal, les enfants n’ont pas le droit de sortir des chemins balisés. Ils sont perpétuellement placés sous étroite surveillance. La liste des règles à ne pas enfreindre est interminable et difficile à comprendre pour la petite fille qui, un jour, désobéit… Encore un texte d’une grande puissance poétique et allégorique.

Les héritiers, Anthony Boulanger : Après que la Terre a subi de nombreuses radiations, les humains qui ont survécu ont muté. Tous sont maintenant Augmentés, en quête de nouvelles planètes susceptibles de les accueillir. Tous sauf un, qui est resté un homme ordinaire et qui va voir la Terre se vider de ses derniers habitants. Une jolie réflexion sur les questions de différence et de solitude.

Poogle Man, Herr Mad Doktor : Dans un monde hyper-connecté, le géant Poogle est omniprésent et les citoyens ne peuvent plus faire un pas sans les notifications incessantes émises par la multinationale. Poogle s’est tellement rendu indispensable que les hommes n’arrivent plus à penser par eux-mêmes et se retrouvent totalement perdus en l’absence de connexion. Et si quelqu’un avait l’outrecuidance de vouloir échapper au système, nul doute que la Poogle-police le retrouverait… J’ai beaucoup aimé le principe de cette nouvelle interactive (avec des liens sur lesquels cliquer) peu commun, et surtout la réflexion sur notre société contrôlée/manipulée par un géant omnipotent… A méditer !

Changez d’air, Arnaud Lecointre : Le narrateur travaille et vit près d’une usine dont s’échappent d’étranges fumées. Après un repas chez des amis munis d’un système de traitement de l’air dans leur habitat (les gens doivent porter des masques toutes la journée pour respirer un air pur), il est convaincu que c’est la seule solution pour survivre à la pollution de l’usine. Mais tout cet équipement coûte cher, très cher… Une nouvelle agréable à lire à la chute assez terrible !

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Bêtes humaines

1 Jan

L’été dernier, les Editions des Artistes Fous (voir site ici) m’avaient gentiment fait parvenir leurs deux anthologies Fin de Mondes (2012) et Sales Bêtes (2013) en version numérique. Je n’avais lu et fait une chronique que sur la première nouvelle du recueil Sales Bêtes, « Les maîtres ne viendront plus » de Ludovic Klein. Armée d’une liseuse numérique depuis Noël, je me suis empressée de découvrir toutes les Sales Bêtes !

Sales Bêtes ! – Animaux étranges et délires zoomorphiques, anthologie dirigée par Paul Demoulin, Ludovic Klein, Vincent Leclercq et Sébastien Parisot

Sales Bêtes est donc une anthologie de 20 nouvelles avec pour thème central l’animal ou plutôt l’animalité. Tous les récits font intervenir des animaux, symboles de l’altérité face à une humanité pourtant bien souvent bestiale. Si l’homme a une grande part d’animalité en lui, il cherche bien souvent à la contrôler voire à l’effacer de sa vie quotidienne tout en conservant à l’animal une place dans sa vie quotidienne et son imaginaire.

Les nouvelles explorent différents aspects de l’animalité notamment celui de l’hybridation et de la mythologie dans des styles très différents.

Si dans l’ensemble, j’ai apprécié la plupart des nouvelles, mes préférées sont « Les maîtres ne vinrent plus » de Ludovic Klein (chronique ici), « La dépression du chat » de Gallinacé Ardent, « Manger les rêves » de Romain D’Huissier et « τρ » de Sébastien « Herr Mad Doktor » Parisot. Que les autres auteurs ne m’en veuillent pas, il me fallait opérer un choix !

« La dépression du chat » relate l’histoire d’un chat gigantesque, enfermé dans le sous-sol d’une maison, malade et fou de rancœur envers le bourreau qui l’a torturé pendant des années pour un show télé. L’auteur, dans un style grinçant, met en cause l’exploitation horrible des animaux et les séquelles qu’elle peut provoquer.

« Manger les rêves » est un conte d’inspiration nippone qui met en scène une créature du folklore japonais, le Baku, qui se nourrit des rêves. J’ai surtout aimé l’écriture poétique de cet auteur connu dans le milieu du jeu de rôle.

« τρ » est l’odyssée moderne délirante d’un homme-taureau. M. Lambert appelle le Dr Duflot en urgence pour un vêlage. Sa vache Pasiphaé a des problèmes pour mettre bas. Aidé par Lambert, le vétérinaire parvient enfin à extraire le veau, ou plutôt l’enfant-veau puisque le petit possède un corps de garçon avec un visage bovin. On assistera ensuite à l’évolution de Thor, mi-homme, mi-taureau mais qui ne sera ni humain ni bête et donc rejeté de toutes parts une bonne partie de son existence. J’ai particulièrement apprécié cette longue nouvelle à l’ironie tragique mais pleine d’humour, de jeux de mots et de références mythologiques.

Vous l’aurez compris, Sales Bêtes et ses auteurs sont à découvrir de toute urgence !

Humanité bestiale

19 Août

Ce texte de Ludovic Klein inaugure le recueil Sales bêtes ! Animaux étranges et délires zoomorphiques paru aux toutes jeunes éditions des Artistes Fous au mois de juin 2013.

J’avoue n’avoir lu que la première nouvelle de l’ouvrage qui m’a gentiment été envoyé sous format électronique par l’un des deux vice- présidents de l’association des « Artistes Fous Associés », Southeast Jones. J’attends donc le père Noël avec impatience pour recevoir une liseuse qui me permettra de lire tranquillement le reste du volume ainsi que le recueil Fin du monde ! 20 récits pour en finir avec l’Apocalypse, des mêmes éditions.

En attendant, vous pouvez découvrir l’association et ses publications ici

« Les Maîtres ne vinrent plus », in Sales bêtes ! Animaux étranges et délires zoomorphiques, Ludovic Klein

Août 1943, le monde est en guerre et la préfecture de Tokyo ordonne la mise à mort des animaux de son zoo de Ueno afin – officiellement – de protéger les habitants en cas de bombardement en évitant la libération d’animaux sauvages dans la ville. Officieusement, il s’agit surtout de réduire les frais de gestion du zoo et d’amener la population à envisager l’éventualité d’un bombardement.

La première méthode de mise à mort est un empoisonnement à la strychnine. Toutefois, certains animaux ne mangent pas les rations empoisonnées. Dès lors, tous les moyens – et surtout les plus barbares – vont être bons pour se débarrasser des pensionnaires…

Nous suivons ensuite, à travers le point de vue interne d’une vache, la mort (terrible) de faim de tout un troupeau. Nous comprendrons au fur et à mesure du texte, que nous nous trouvons à la suite de l’accident nucléaire de Fukushima. Le gouvernement a ordonné que toutes les bêtes soient enfermées pour éviter la contamination. La pauvre Mme Morita ne peut malheureusement rien faire pour les sauver…

Ce court texte basé sur des faits réels met en évidence la cruauté humaine. Il m’a permis de découvrir un aspect de la Seconde Guerre Mondiale que j’ignorais totalement. En outre, le fait que l’histoire se déroule au Japon me touche tout particulièrement puisque j’ai entrepris d’apprendre le japonais il y a quelques mois. J’ai beaucoup aimé la mise en parallèle des deux histoires qui fait beaucoup réfléchir. N’est pas le plus sauvage celui que l’on croit… Une fois encore, j’ai hâte d’avoir une liseuse pour découvrir les autres textes du recueil !