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Rock un jour…

11 Oct

Aujourd’hui, je vous présente le premier tome d’une trilogie que je voulais lire depuis un moment. Mon chéri m’a fait la surprise de m’offrir les deux premiers volumes parus en poche. Je n’ai lu que le premier pour l’instant mais je sais déjà que l’attente sera longue avant la sortie du troisième sous le même format !

Vernon Subutex – Tome 1, Virginie Despentes

vernon-subutex-tome-1-9782253087663_0Vernon a la cinquantaine. Pendant des années, il a été disquaire. Mais la crise est passée par là et la révolution numérique aussi. Du coup, Vernon a dû fermer boutique. Les deux premières années qui ont suivi la fermeture, il parvient à vivre tranquillement du RSA et de la vente sur le net des dernières pièces de son magasin. Il profite de son temps libre comme il l’entend. Mais peu à peu, les choses vont se compliquer financièrement. D’autant que l’homme n’est pas du genre à apprécier les formalités administratives. Il lui devient difficile de payer son loyer. Heureusement, un ami de jeunesse, Alex Bleach, chanteur à succès, lui vient en aide et règle la note pour lui. Mais quand Alex est retrouvé mort dans une chambre d’hôtel, l’univers de Vernon s’effondre. Les loyers impayés s’accumulent et l’huissier ne tarde pas à débarquer et à l’éjecter. C’est la descente aux enfers pour notre amoureux du rock qui, de divans en canapés d’amis, va bientôt se retrouver à la rue.

Comme je l’ai écrit en introduction, j’ai hâte que le troisième opus sorte en poche avant même d’avoir lu le deuxième ! C’est dire à quel point j’ai aimé le premier tome ! J’ai vraiment été happée par cette odyssée moderne, cet homme qui se retrouve exilé de chez lui, mis au banc de la société et même de sa propre vie. Le style de Despentes, incisif, sert parfaitement cette chronique de la société moderne. Un kaléidoscope de personnages s’articule autour du personnage principal et donne à voir divers types sociaux très bien travaillés. Certains diront caricaturaux peut-être mais c’est assumé et on s’y croirait. Notre monde contemporain est décortiqué à merveille, la satire, mêlant humour et cynisme, est impeccable. Chacun des personnages secondaires qui gravite autour de Subutex fait progresser l’intrigue. Rien n’est laissé au hasard, tout est en lien. A tel point que de comédie humaine on finit par se croire dans un polar. L’auteur de Bye bye Blondie nous offre une véritable pépite. C’est bien la raison pour laquelle je suis si pressée de lire la suite ! Mais je vais me montrer un peu patiente avant d’entamer le deuxième tome pour ne pas avoir à attendre trop longtemps le dernier… Bon, en attendant, je vais me lancer dans un polar… Mais j’ai vraiment hâte de vous présenter la suite. Remarquez, ça vous laisse le temps de le lire !

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Gossip mums

5 Juin

Me voici de retour avec un livre décapant sur les dessous très chics de la maternité dans l’Upper East Side. Je remercie l’agence Anne et Arnaud ainsi que les Editions Globe  pour cette savoureuse découverte.

Les Primates de Park Avenue, Wednesday Martin

martin_wednesday_lesprimatesdeparkavenue_couverture_web-200x300Wednesday est anthropologue. Originaire du Midwest, elle s’installe dans l’Upper East Side – le quartier le plus huppé de Manhattan – alors qu’elle vient de mettre au monde son premier enfant. Ce qui ressemblerait à un privilège pour beaucoup va cependant bien vite tourner au cauchemar. Dans ce microcosme hyper privilégié, Wednesday est considérée comme un intrus par les femmes au foyer richissimes, surdiplômées et très influentes qu’elle va être amenée à rencontrer en emmenant son jeune fils à la maternelle. Outre ses difficultés à nouer des liens avec ses congénères, notre jeune scientifique va se trouver confronter à toutes les difficultés extrêmes que rencontrent les mères de l’Upper East Side : l’inscription des enfants dans les meilleures écoles, la quête d’un appartement bien situé, l’obligation de conserver un corps mince sans aucune imperfection après plusieurs grossesses… Pour faire face à l’hostilité du milieu, Wednesday choisit d’observer le milieu dans lequel elle est obligée d’évoluer avec son regard d’anthropologue. Elle va ainsi consigner puis analyser, à la manière de la célèbre primatologue Jane Goodall, les rites, les mœurs, les contradictions et les peurs de ces mères richissimes en quête obsessionnelle de perfection. Parviendra-t-elle à s’acclimater ? Je vous le laisserai découvrir par vous-même.

En attendant, voici mon avis sur ce livre qui mélange autobiographie et analyse sociologique satirique. Je suis véritablement tombée sous le charme de cet ouvrage à la fois intelligent, drôle, parfois cruel, tout en étant extrêmement touchant. Wednesday nous entraîne dans son quotidien de femme, de mère et nous donne à voir l’extrême difficulté de ce dernier rôle dans un des quartier les plus huppés de la planète où tout ne semble être que compétition. Difficile de croire que des femmes puissent faire montre d’une telle violence entre elles dans le but de favoriser au maximum leur progéniture. Pourtant, tout est réel. Mais il ne s’agit pas d’un simple témoignage ou tranche de vie. Ce livre est un traité aussi érudit que mordant, qui permet à la fois de s’enrichir intellectuellement et de rire face à des comportements que l’on jugera absurdes de l’extérieur mais qui on une réelle signification. La fin du livre est particulièrement bouleversante et tranche ainsi avec le début qui nous montre un univers très froid et hostile de prime abord. Le ton général est très enlevé et enjoué, ce qui fait de cette réflexion sur la maternité et sur la vie des femmes de Manhattan une lecture pétillante. Un très joli coup de cœur pour moi !

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire découvrir un petit extrait :

« S’il existe un endroit où l’enfance et la maternité ont évolué de façon flagrante, c’est bien l’Upper East Side de Manhattan. Au sein de cette niche où le relâchement des pressions de compétition interspécifique est extrême, au sein d’une culture hautement compétitive, avoir une progéniture « qui réussit » est gage de statut social, les enfants étant des miroirs de nos propres aspirations. Les soutenir et travailler d’arrache-pied pour eux est devenu une véritable profession. Ici, la maternité est une carrière semée d’embûches et de coups-bas, où les enjeux sont colossaux. L’activité y est stressante et anxiogène précisément parce que c’est aux mères qu’incombe la réussite ou l’échec de cette entreprise, dont dépendra la réussite ou l’échec de leur progéniture. Et donc des leurs. Un circuit d’une fluidité remarquable et, comme j’allais l’apprendre, quasi inexorable. »

Vers l’infini et l’au-delà !

24 Avr

Attention, chaud devant ! Amateurs de science-fiction/fantasy et de loufoquerie, ce roman fleuve est fait pour vous ! Il vient tout juste de sortir aux éditions Aux Diable Vauvert que je remercie pour leur confiance renouvelée.

Théâtre des Dieux, Matt Suddain

couv-suddain-thecc81acc82tre-des-dieux-pl1site-2Pas simple de résumer un livre de plus de 700 pages et encore moins celui-ci qui n’est vraiment pas commun.

Vous tenez entre vos mains le journal d’un grand voyageur interstellaire, M. Francisco Fabrigas. Cet écrit volumineux, qui conte les exploits de son auteur, a été retrouvé et publié par Blacklist Publishing, une maison d’édition sauvant de l’oubli les oeuvres perdues ou censurées. C’est Matt Suddain, un employé-éditeur de la maison, qui a mis la main sur cette fantastique histoire et vous la rapporte présentement.

Cette histoire, la voici. Il s’agit donc de celle de M. Francisco Fabrigas, explorateur, philosophe, physicien et hérétique de son état, qui embarque à bord d’un vaisseau spatial aux allures de navire pour un voyage terrible vers une autre dimension. Avec lui, l’accompagnent, entre autres, : un jeune capitaine, un brave garçon garçon sourd, une petite fille aveugle mais très perspicace, une botaniste sensuelle. Tout ce beau monde est poursuivi par le Pape de l’Univers, un magnétiseur coquet et une pieuvre géante…

Moult complots sombres et obscurs, cultes démoniaques, traversées de jungles meurtrières, pagaille quantique, naissance de la Création et mort du Temps : voici tout ce qui vous attend et bien davantage encore dans cette fresque spatio-fantastique. Laissez-vous entraîner derrière le voile de la réalité pour découvrir les mystères les plus secrets – et déjantés – du cosmos…

Difficile de faire plus court ou plus simple. Vous l’aurez compris, vous vous trouvez devant un véritable OVNI littéraire, une pièce rare, fabuleusement mise en page dans une édition reliée sous jaquette, agrémentée d’affiches d’époque. L’auteur, qui signe ici son premier roman, maîtrise en tout point l’art de la mise  en abîme, c’est-à-dire du roman dans le roman, et nous entraîne avec brio dans un univers totalement décalé mais d’une richesse incroyable, aussi historique que littéraire. On retrouve ici tout ce qui fait la force des plus grands romans d’aventure de Jules Verne et de Stevenson corrélé à la puissance imaginative de la science-fiction de ce roman se déroulant dans un moyen-âge spatial futuriste. Le tout saupoudré d’une bonne dose d’humour satirique. Alors, si vous n’avez pas peur de vivre une expérience littéraire hors du commun, si vous aimez les textes innovants, légèrement hallucinés, ne manquez sous aucun prétexte cette magnifique épopée à la croisée des genres.

Le psychopathe s’habille en Valentino

3 Oct

Âmes sensibles, passez votre chemin…

American psycho, Bret Easton Ellis

Encore un roman culte de la littérature contemporaine que je n’avais jamais lu mais que je rêvais de découvrir. C’est chose faite et je n’ai pas été déçue !

Patrick Bateman, 26 ans, a tout pour lui : jeune, beau, intelligent et surtout très riche. Il travaille dans la finance, à Wall Street, mais semble passer le plus clair de son temps à chercher dans quel restaurant à la mode il doit dîner avec ses amis (tous aussi riches que lui) puis dans quel night club il trouvera la meilleure coke pour poursuivre sa soirée de la meilleure façon. Son divertissement préféré consiste à tourmenter les clochards qui jonchent les rues de new-yorkaises en leur tendant des billets pour les reprendre aussitôt. Pour ses amis et lui, la vie n’est que luxe et consommation. Les questions fondamentales qui les traversent sont de savoir quelle est la couleur de chaussettes la plus adaptée avec un costume gris et des chaussures noires. Quant à l’amour, ce sentiment leur est totalement étranger, puisqu’ils considèrent les femmes comme aussi interchangeables qu’un accessoire de mode…

Considérés ces fait, notre cher Patrick Bateman ne nous apparaît pas comme quelqu’un de particulièrement charmant. Mais ce n’est rien comparé à ce que l’on découvre au tiers du roman. Bateman est le pire psychopathe que l’Amérique ait pu enfanter. Sous des apparences de dandy respectable le jour, se cache un serial killer complètement sadique qui prend un plaisir pervers à tronçonner ses victimes dans son appartement et à en conserver des morceaux pour les déguster tranquillement devant le Patty Winters Show.

Il faut bien l’avouer, j’ai rarement lu de livre plus gore que celui-ci (et pourtant, je ne suis pas une oie blanche en la matière ! ) Les scènes de sexe et de crimes sont d’une rare violence, la mise en scène des meurtres étant très travaillée par l’auteur. Mais au-delà de ça, il faut surtout voir dans ce roman une satire acerbe de la société consumériste américaine du début des années 80, une critique contre cette société d’apparences, où l’argent règne en maître tout-puissant. D’ailleurs, les très nombreux détails donnés par l’auteur – qui virent à l’obsession – en ce qui concerne la façon de s’habiller ou de dépenser son argent – je confesse avoir sauter de nombreux passages d’accumulations de marques en tout genres – ne sont là que dans ce but : montrer à quel point tout cela est vain et qu’il s’agit peut-être là de la véritable violence : l’anéantissement de la pensée recouverte par des costumes Armani.

Outre le fond, j’ai vraiment apprécié le style de Ellis dans ce texte (style que m’avait assez déconcertée dans Moins que zéro – qui faisait partie de ma première chronique, très courte) qui nous plonge véritablement dans la tête du tueur grâce à la technique du journal de bord. Mais même si nous sommes au coeur des pensées de Bateman, impossible de s’attacher à lui tant la distance qu’il possède vis-à-vis de lui est grande. C’est presque comme si le personnage n’habitait pas son propre corps. Comme si nous assistions à une narration externe à la première personne ce qui ne fait que renforcer la froide cruauté du personnage et son aspect sociopathe. A la fin, je me suis tout de même interrogée : Bateman commet-il vraiment ces crimes ou ne fait-il que les fantasmer ? Le coup de génie réside sans doute dans le fait que les deux hypothèses puissent se défendre. En tout cas, une fois ce livre terminé, que l’on aime ou pas, on en conserve forcément une trace dans un coin de sa tête et c’est bien en cela qu’il s’agit d’un chef-d’oeuvre. A découvrir !

Un petit extrait qui reflète selon moi le mieux notre personnage principal :

 » … il existe une idée de Patrick Bateman, une espèce d’abstraction, mais il n’existe pas de moi réel, juste une entité, une chose illusoire et, bien que je puisse dissimuler mon regard glacé, mon regard fixe, bien que vous puissiez me serrer la main et sentir une chair qui étreint la vôtre, et peut-être même considérer que nous avons des styles de vie comparables, je ne suis tout simplement pas là. […] Je suis un moi-même préfabriqué, je suis une aberration. Un être non-contingent. Ma personnalité est une ébauche informe, mon opiniâtre absence profonde de coeur. Il y a longtemps que la conscience, la pitié, l’espoir m’ont quitté (à Harvard, probablement), s’ils ont jamais existé. »

Roulette russe

9 Fév

Vieux livre récupéré chez mon grand-père et qui traînait depuis longtemps dans ma bibliothèque… j’ai bien fait de passer outre l’immonde couverture et les pages jaunies !

Le joueur, Fedor Mikhailovotch Dostoievski

Alexeï Ivanovitch est employé comme précepteur par un général russe en villégiature à Roulettenburg, cité thermale allemande imaginaire manifestement plus attrayante pour son casino que pour ses bains. Alexeï est désespérément épris de Paulina Alexandrovna mais la jeune femme passe ses journées à la persécuter en témoignant des marques d’amour à l’obscure marquis Des Grieux, un français vivant aux crochets du général.

Ce dernier, proche de la ruine, vit, comme tous ceux qui l’entourent – Melle Blanche, une intrigante parisienne, dont il est follement amoureux en tête -, dans l’attente de la mort de sa tante, la Baboulinka, une vieille femme fortunée de laquelle il compte bien hériter. Mais cette dernière, loin d’être mourante, débarque à l’improviste provoquant la stupeur générale au milieu du roman.

Alexeï, qui va d’abord effectuer quelques parties de roulette pour Paulina, va ensuite jouer pour la Baboulinka mais contre son gré puisqu’il est convaincu qu’il ne parviendra à gagner que s’il joue pour lui. Tandis que la vieille femme dévorée par la folie du jeu dépense tout son argent au grand désespoir de sa famille, Alexeï va tenter sa chance pour son propre compte et, pour son malheur, va se mettre à gagner. Après avoir offert à Paulina ses gains, celle-ci le rejette. Il part alors à Paris avec Melle Blanche qui dépense son argent en un temps record. Alexeï ne voit qu’une solution pour se refaire une santé financière : retourner jouer à la roulette…

Outre une satire croustillante des sociétés européennes de la fin du 19ème siècle qui ne jurent que par l’argent, Le Joueur offre une description enfiévrée et méticuleuse de l’addiction au jeu. On sent que Dostoievski lui-même a été frappé par ce mal et c’est bien parce qu’il a lui-même connu les affres de la roulette qu’il en donne une vision si juste. Le lecteur est à la fois happé comme le personnage par le suspens et l’adrénaline que procure cette roulette tout en ayant la prescience que tout finira certainement très mal. Un texte d’autant plus magistral qu’il a été dicté en moins d’un mois pour répondre à une commande d’un éditeur crapuleux en pleine rédaction de Crime et Châtiment.