Tag Archives: seconde guerre mondiale

Captive

7 Avr

Heureuse de retrouver Sabrina Philippe pour ce touchant roman-témoignage après l’avoir découvert dans son Petit manuel de navigation pour l’Âme.

Et que nos âmes reviennent, Sabrina Philippe

9782081447158La narratrice est, comme Sabrina Philippe, psychologue et chroniqueuse pour une émission télé où elle donne des conseils notamment en matière amoureuse à des téléspectateurs. Mais prise par son métier, elle ne se laisse que peu de temps à consacrer à sa vie sentimentale. Jusqu’au jour où elle rencontre cet homme qui lui semble si brillant. Commence alors une folle histoire d’amour qui va bientôt se révéler comme le plus cruel des pièges…

Dans ce roman, à la frontière du témoignage et du récit initiatique, Sabrina Philippe évoque la relation toxique qui peut se nouer entre un homme et une femme et plus précisément le cas du pervers narcissique. Pour quelles raisons certains couples dysfonctionnent-ils au point de se faire souffrir ? Pour quelles raisons femmes ou hommes restent-ils malgré les souffrances (psychologiques ou physiques) endurées ? Malgré ce sujet assez sombre, l’auteure parvient à apporter une certaine luminosité en racontant comment elle a réussi malgré tout à s’échapper de cette emprise amoureuse. En introduisant un pan de roman consacré à la seconde guerre mondiale, la psychologue évoque la possibilité de vies antérieures qui se rejoueraient dans le présent, de fils qui feraient partie de nous, qui nous relieraient à une histoire passée sur laquelle nous n’avons que peu de prises sauf si nous décidons de nous atteler à les délier pour ne pas reproduire des situations douloureuses. J’ai apprécié ce roman qui se lit facilement et qui pose des questions sur la quête identitaire ainsi que sur les notions de bien et de mal, indissociable l’une de l’autre. Une réflexion sur la nature humaine qui va au-delà du simple témoignage, qui incite à s’interroger sur soi-même. Coup de cœur !

 

Publicités

Un contre tous

31 Août

C’est l’heure de la rentrée ! Je reviens avec une nouveauté des éditions du Murmure.

Je m’appelle Herschel Grynszpan, Morgan Poggioli

21245595_10213789112542632_1629115071_nJuif polonais vivant en Allemagne, le jeune Herschel Grynszpan choisit de s’exiler vers la Palestine après ses études en théologie, dans la contexte plus que sombre de l’Allemagne des années 30. Après une escale en Belgique, c’est en France qu’il atterrit finalement en septembre 1936, recueilli chez son oncle et sa tante à Paris. Très rapidement, il s’aperçoit que les démarches administratives seront très compliquées pour obtenir carte de séjour et permis de travail. En 1938, Herschel n’a pas pu obtenir les papiers qu’il désire. Pire, le 31 mars, le gouvernement polonais légifère sur le retrait de la nationalité installés à l’étranger depuis plus de 5 ans. Alors qu’il suit avec crainte la progression du régime nazi, sa situation se détériore et il se retrouve clandestin à Paris. En novembre, une lettre de sa sœur l’avertit que ses parents font partie des milliers de juifs expulsés d’Allemagne et refusés en Pologne, apatrides, contraints de survivre misérablement dans un no man’s land. Enragé face à cette situation insoutenable, le jeune Herschel Grynszpan décide de se venger et de tuer un Allemand pour faire entendre la colère des Juifs d’Europe. Le 7 novembre, il se rend à l’ambassade d’Allemagne, armé d’un revolver et tire sur Ernst vom Rath, un secrétaire de l’ambassadeur. Le crime servira de prétexte au Troisième Reich pour la nuit de Cristal. Emprisonné, Herschel Grynszpan incarnera aux yeux de l’Allemagne nazie la personnification du « complot juif international ».

Pour être honnête, je ne suis pas une grande amatrice de biographies ni de romans historiques. Mais après avoir lu et apprécié Hhh de Binet il y a quelques années, j’étais intriguée par ce récit biographique à paraître en septembre aux éditions du Murmure dont j’ai déjà chroniqué plusieurs ouvrages. Je n’ai pas été déçue. Outre ses qualités d’historien, Morgan Poggioli réussit à mener son récit – premier roman – quasiment à la manière d’un polar. Les rebondissements s’accumulent et on ne se décide pas à lâcher l’ouvrage avant de connaître la suite. Le fait que tous les éléments du récits soient vrais ou presque a également encore davantage piqué ma curiosité. Dans un style accessible et agréable, l’universitaire convie son lecteur à découvrir une aventure humaine surprenante tout lui permettant de se replonger dans les grandes dates de la seconde Guerre Mondiale. Amateurs d’Histoire ou de bons polars, ce récit biographique est fait pour vous !

Désolation

13 Nov

Tu vois Muriel, je fais mes devoirs ! 😉

Ravage, René Barjavel

2052. Le monde vit à cent à l’heure, que dis-je ! , plus vite que cela encore grâce aux révolutions technologiques qui n’ont cessé de se produire au cours des dernières années. Les gens se déplacent à bord de trains super-soniques à suspension aérienne ou dans des avions. Les buildings ont fleuri dans Paris qui est devenue une mégalopole immense. D’ailleurs, les campagnes n’existent quasiment plus nulle part. Partout, les terres cultivables ont été remplacée par des usines qui produisent de manière artificielle aussi bien des céréales que des légumes et de la viande. Seul le sud de la France a refusé de céder au tout industriel et conserve une agriculture « à l’ancienne ». Partout ailleurs, les progrès techniques ont rendu inenvisageable et inutile le moindre effort humain, si bien que l’homme lui-même devient décor…

C’est dans ce contexte que la jeune Blanche s’apprête à devenir la prochaine star de la chanson grâce à au directeur peu scrupuleux de radio-300, le richissime Jérôme Seita, qui se croit le maître du monde grâce à son argent. Insouciante, la jolie provinciale se laisse tourner la tête par les sirènes du luxe et délaisse son ami d’enfance, François Deschamp, un solide gaillard, qui l’aime en secret.

Alors que François est désespéré de voir son amie lui échapper et qu’une guerre mondiale est sur le point d’éclater – le continent africain s’apprête à bombarder l’Amérique -, une catastrophe sans précédent a lieu : subitement, l’électricité est coupée partout et toute la ville s’arrête de fonctionner. Pire, les avions s’écrasent les uns après les autres, ravageant la ville. Bientôt, alors que plus rien ne fonctionne, qu’une chaleur suffocante asphyxie les habitants et qu’un incendie ravage la capitale, c’est la loi de la jungle qui prévaut. François s’empresse de retrouver Blanche puis s’allie à un petit groupe afin de s’enfuir au plus vite et tenter de gagner le sud de la France d’où il est originaire.

Le début de ce roman d’anticipation est vraiment très prometteur. En 1942, Barjavel imagine des innovations techniques qui se réaliseront effectivement et la société toute automatisée qu’il décrit est très réaliste. L’auteur mêle à la perfection utopie et dystopie dans la mesure où ce Paris futuriste apparaît comme cité idéale tout en faisant frémir par cette mécanisation et cette déshumanisation à l’extrême. Une fois le cataclysme passé, l’histoire tourne au cauchemar et le roman allie aventure et horreur (décomposition des corps des ancêtres conservés dans des chambres froides individuelles, choléra, asiles psychiatriques ouverts…). Jusque-là encore, l’intrigue progresse de manière haletante même si j’avoue l’avoir trouvée un peu vieillie, très dix-neuvième (ce qui n’est pas péjoratif en soi mais pour un roman de science-fiction du milieu du vingtième siècle, c’est un peu étrange comme effet). Là où ça coince, c’est la fin, qui vire un peu au grand n’importe quoi. Une fois arrivée dans un pays de cocagne, notre petite troupe, toujours sous la coup de François, meneur depuis le début, va essayer de reconstruire l’humanité en partant de zéro. Sauf que François se comporte en despote. Instaure la polygamie obligatoire, fait brûler les livres (très choquant à mon goût) afin d’être sûr que le progrès ne fasse pas sa réapparition et alors qu’un homme se présente avec une machine pouvant aider au labour, le chef décide d’anéantir machine et inventeur, refusant tout progrès. Bien sûr, il faut replacer l’oeuvre dans le contexte de guerre mondiale pendant laquelle elle a été écrite qui explique la diatribe contre le progrès et la mécanisation à outrance. Mais qui ne justifie en rien le machisme et la loi du plus fort prônés tout au long de l’oeuvre. Je reste donc mitigée. Très enthousiaste pour la première partie (les élèves de troisième qui étudie le roman d’anticipation et la ville y trouveront largement leur compte) mais très déçue par la fin.

Vous pouvez retrouver ici, la chronique de Merlin, un autre roman de Barjavel.

Féérique

11 Avr

Voilà un auteur de littérature jeunesse qu’il me pressait de retrouver. C’est chose faite grâce à ma merveilleuse amie documentaliste qui vient de me faire porter son dernier roman.

Le livre de Perle, Timothée de Fombelle

Trois destins sont intimement noués dans ce livre. Celui de l’auteur, garçon rêveur passionné de photographie, bouleversé à 14 ans par un chagrin d’amour, qui deviendra écrivain. L’histoire de d’un jeune garçon débarqué de nulle part, qui prendra le nom de Joshua Perle après avoir été recueilli en 1936 par le couple Perle, marchands de guimauves renommés de la capitale. Quelques temps après son arrivée, il sera obligé de partir sur le front puis s’engagera dans la Résistance en découvrant que ses parents adoptifs ont été raflés. Enfin la vie torturée d’Ilian, un jeune prince pourchassé par son frère, amoureux d’une fée, Olia, dont il est cruellement séparé mais qu’il tentera à tout prix de retrouver.

Je ne vais pas vous mentir, j’ai mis du temps à comprendre l’intrigue et à relier tous les fils de l’histoire tant les différents univers spatio-temporels sont imbriqués. Mais loin de me décourager, je me suis au contraire laissée porter par la magie d’un texte subtile, d’une poésie incroyable, aussi subtile qu’une perle de rosée sur un brin de muguet. Au fur et à mesure d’une lecture qu’il est impossible de lâcher, le mystère s’éclaircit pour laisser apparaître un véritable livre gigogne, un roman dans le roman qui conte et met en abyme l’histoire tragique d’un prince de conte de fées chassé de son royaume, qui devra affronter la barbarie humaine tout en souffrant la douleur de la perte de celle qu’il a tant aimée. Timothée de Fombelle (auteur des déjà très réussis Tobie Lolness et Vango) réussit l’exploit de réunir des univers très différents, le charme envoûtant du pays des fées et celui terrifiant de la seconde Guerre mondiale, en peignant des personnages d’une extraordinaire intensité car protéiformes. Il permet avec ce roman d’aventure proche du conte fondé sur un imaginaire d’une extrême richesse de procurer à la littérature jeunesse ses lettres de noblesse. Je conseille ce livre à partir de la 5ème pour les très bons lecteurs. En tout cas, il ne faut pas prendre peur devant la complexité de la construction. Laissez-vous conduire par la beauté des mots.

Un petit extrait pour le plaisir :

« Ilian eut alors l’impression qu’on lui attrapait la main et qu’on le tirait en arrière, entre les chênes verts. Olia pourtant n’avait pas bougé. Ses doigts restaient sur l’écorce de l’arbre. Ilian se sentait irrésistiblement emporté. il n’essayait d’ailleurs pas de résister. il courait au-dessus des ronciers. Une force inconnue animait son corps et sa volonté. Il voulut retourner un dernière fois vers elle, mais la forêt les masquait l’un à l’autre.

Une heure plus tard, Ilian arriva à la nage sous les pilotis du palais, se hissa sur une poutrelle pour reprendre son souffle. Il sentit se détacher le fil invisible qui l’avait fait courir.

Certaines forces sont pourtant plus puissantes que la magie. Un autre fil d’or restait attaché au centre de sa poitrine. Un fil dont il ne pourrait jamais se défaire. »

Derrière l’écran

24 Avr

Voilà un roman que je souhaitais lire depuis un moment, attirée par la couverture et la quatrième… j’avoue avoir été grandement déçue !

Parasites, Ryû Murakami

Un jeune homme, Uehara, vit reclus dans son petit appartement de la banlieue de Tokyo.  Dès l’âge de 14 ans, il refusa de se rendre au collège. Dès lors, ses parents l’emmenèrent consulter des psychiatres. Mais rien n’y fit, Uehara ne cessa de se renfermer sur lui-même. Voilà donc des mois qu’il ne sort plus de son appartement, excepté pour se rendre à sa séance chez le psy tous les 15 jours accompagné de sa mère. Cette dernière passe  une fois par semaine pour le ravitailler et laver son linge.

Un jour, alors qu’il est devant la télé, il est interpellé par l’intervention de Yoshiko Sakagami, une présentatrice de journal, au sujet d’un parasite qui provoquerait diverses pathologies encore inexpliquées par la science. Heureuse de constater que son fils s’intéresse enfin à quelque chose, la mère de Uehara lui offre un ordinateur portable…

Quelques jours plus tard, alors qu’il cherche à joindre la présentatrice TV, convaincu qu’un ver étrange est à l’origine de sa réclusion, il tombe sur un site internet étrange et se voit mis en relation avec une organisation appelée INTER-BIO. Après de nombreux échanges par mail, des accès de violence et des envies de meurtres, Uehara se décide à sortir de chez lui pour savoir ce qui se cache de l’autre côté de l’écran…

Peut-être que je n’ai rien compris au livre. Sans doute y avait-il un sens profond, une interrogation sur le sens de la vie… Au mieux, j’y ai lu une quête existentielle de la part de ce personnage complètement paumé, étouffé par sa mère et sa famille, qui cherche à tout prix un sens à sa vie et qui se sent investi d’une mission depuis qu’il loge en lui ce ver étrange. Je n’ai pas du tout, vous l’aurez compris, accroché à ce livre dont le sujet m’intéressait pourtant beaucoup. Il y a tellement de digressions, de répétitions, de longueurs que le sujet central est totalement occulté. Je n’ai pas réussi à m’identifier à ce personnage qui aurait pourtant pu me ressembler par certains aspects. Tant d’éléments disparates viennent s’accoler au texte : images d’archives de la 2nde Guerre Mondiale, manipulations informatiques, un chapitre entier sur les effets du gaz-moutarde et la bonne combinaison à se procurer pour s’en protéger, des scènes ultra-violentes dont on ne perçoit pas bien l’intérêt dans la narration…, tout cela fait que le lecteur ne peut parvenir à s’immerger dans sa lecture.

Il y a un mois, j’avais entrepris la lecture de Chansons populaires de l’ère Showa du même auteur et je l’avais interrompue au bout de 50 pages tant je ne parvenais pas à me plonger dans le récit… J’ai terminé cette fois mais ne suis pas certaine de retenter l’expérience une troisième fois !

Humanité bestiale

19 Août

Ce texte de Ludovic Klein inaugure le recueil Sales bêtes ! Animaux étranges et délires zoomorphiques paru aux toutes jeunes éditions des Artistes Fous au mois de juin 2013.

J’avoue n’avoir lu que la première nouvelle de l’ouvrage qui m’a gentiment été envoyé sous format électronique par l’un des deux vice- présidents de l’association des « Artistes Fous Associés », Southeast Jones. J’attends donc le père Noël avec impatience pour recevoir une liseuse qui me permettra de lire tranquillement le reste du volume ainsi que le recueil Fin du monde ! 20 récits pour en finir avec l’Apocalypse, des mêmes éditions.

En attendant, vous pouvez découvrir l’association et ses publications ici

« Les Maîtres ne vinrent plus », in Sales bêtes ! Animaux étranges et délires zoomorphiques, Ludovic Klein

Août 1943, le monde est en guerre et la préfecture de Tokyo ordonne la mise à mort des animaux de son zoo de Ueno afin – officiellement – de protéger les habitants en cas de bombardement en évitant la libération d’animaux sauvages dans la ville. Officieusement, il s’agit surtout de réduire les frais de gestion du zoo et d’amener la population à envisager l’éventualité d’un bombardement.

La première méthode de mise à mort est un empoisonnement à la strychnine. Toutefois, certains animaux ne mangent pas les rations empoisonnées. Dès lors, tous les moyens – et surtout les plus barbares – vont être bons pour se débarrasser des pensionnaires…

Nous suivons ensuite, à travers le point de vue interne d’une vache, la mort (terrible) de faim de tout un troupeau. Nous comprendrons au fur et à mesure du texte, que nous nous trouvons à la suite de l’accident nucléaire de Fukushima. Le gouvernement a ordonné que toutes les bêtes soient enfermées pour éviter la contamination. La pauvre Mme Morita ne peut malheureusement rien faire pour les sauver…

Ce court texte basé sur des faits réels met en évidence la cruauté humaine. Il m’a permis de découvrir un aspect de la Seconde Guerre Mondiale que j’ignorais totalement. En outre, le fait que l’histoire se déroule au Japon me touche tout particulièrement puisque j’ai entrepris d’apprendre le japonais il y a quelques mois. J’ai beaucoup aimé la mise en parallèle des deux histoires qui fait beaucoup réfléchir. N’est pas le plus sauvage celui que l’on croit… Une fois encore, j’ai hâte d’avoir une liseuse pour découvrir les autres textes du recueil !