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Toxique

17 Jan

Avant de commencer, un grand merci aux éditions Don Quichotte qui m’ont fait parvenir le roman que je vais vous présenter aujourd’hui.

Ariane, Myriam Leroy

ph_couv_159Notre narratrice est une collégienne belge, issue d’une famille modeste qui se rêve bourgeoise. Elle est complexée par ses fesses qu’elle trouve énormes et surtout par son statut social. En effet, ses parents l’ont inscrite dans un établissement privé où l’immense majorité de ses condisciples, très riches, lui font sentir son infériorité. Longtemps exclue par ses pairs, elle finit par se lier d’amitié avec Ariane, une magnifique adolescente, sûre d’elle et dont les parents sont, qui plus est, remarquablement riches. Néanmoins, alors que tout semble les opposer, les deux jeunes filles vont bientôt devenir inséparables. Cette amitié exclusive, dévorante, va se faire aux dépens des camarades qui entourent le duo. En effet, les deux amies s’amusent à persécuter leur entourage, à humilier ceux et celles qu’elles jugent plus faibles qu’elles afin de se mettre en valeur. Ariane agit comme une drogue dure pour la narratrice qui n’a que très peu confiance en elle. Elle n’existe plus que par le prisme de son amie qui l’entraîne toujours plus loin dans ses provocations malsaines. Tout bascule pour elle le jour où Ariane choisit d’intégrer une troisième fille au groupe. L’exclusivité n’est plus de mise, notre narratrice se sent rejetée, la jalousie s’empare d’elle alors qu’Ariane se plaît à la voir et à la faire souffrir. La narratrice ressent alors un vide immense, un manque qu’elle ne peut combler auquel se mêlent haine et fascination pour celle qui va devenir son bourreau…

Ce roman de Myriam Leroy est véritablement hypnotisant. Dès les premières lignes, j’ai été transportée par cette histoire d’amitié toxique entre deux adolescentes. L’auteur dépeint à la perfection le mal-être de la narratrice à laquelle elle s’identifie, le besoin profond de reconnaissance par les pairs, l’abandon d’une identité et d’une réflexion propre pour plaire à la personne aimée, l’état de dépendance à l’autre. Les deux personnages principaux, malgré un traitement qui pourrait sembler, a priori, exagéré, reflète au contraire de manière très réaliste la violence et même la cruauté de ce que peuvent être les relations entre adolescents, une période au cours de laquelle émotions et sentiments sont souvent exacerbés d’autant plus dans l’environnement aussi terne et étouffant de cette petite ville de province. Inutile d’en dire plus, je vous recommande chaudement de roman aux airs de thriller psychologique qui vient tout juste de paraître aux éditions Don Quichotte.

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Passionnément, à la folie…

27 Sep

J’ai récupéré ce livre dans la bibliothèque de mon grand-père il y a quelques années. Sa couverture défraîchie ne m’inspirant guère, je n’avais jamais eu le courage de le lire malgré mon attrait pour l’auteur du magnifique Joueur d’échecs.

La confusion des sentiments, Stephan Zweig

Le narrateur, Roland, raconte une période inoubliable de sa jeunesse. Alors qu’il vient de quitter le lycée, Roland part à Berlin pour entreprendre des études, davantage pour rassurer son père professeur que par véritable goût. Le jeune étudiant passe la majeure partie de son temps dans les bars de la ville et à approfondir ses connaissances en matière d’anatomie féminines. Mais une visite impromptue de son père alors qu’il est au lit avec une demoiselle en plein après-midi va agir comme un électro-choc. Roland décide – fortement encouragé par son père – d’en finir avec cette vie dissolue qui ne le mènera nulle part.

Il quitte donc Berlin pour s’installer dans une petite ville universitaire beaucoup plus calme. Son inscription à la faculté faite, il rencontre tous ses professeurs excepté celui de philologie anglaise. Ce dernier ne peut le recevoir tout de suite puisqu’il est en train de faire cours. Roland prend part au groupe d’étudiants qui entoure le professeur et tombe immédiatement sous le charme de ce brillant orateur. Fasciné et hypnotisé par l’homme de lettres, notre jeune ami ne réfléchira pas longtemps avant d’accepter la proposition de louer la chambre au-dessus de l’appartement de son maître à penser.

A partir de ce moment, les liens d’une amitié profonde se tissent entre les deux hommes qui passent leur temps à discuter littérature. Mais Roland souffre bientôt des fréquentes sautes d’humeur de son maître qui tantôt le considère comme un fils, tantôt le repousse froidement sans explication. Le pire pour notre héros est de supporter les absences de son maître capable de quitter la ville sans prévenir et de ne revenir que quelques jours plus tard comme si de rien n’était… Afin de se rapprocher encore plus de son idole, Roland le convainc d’écrire un livre. L’étudiant écrira et son maître dictera. Les longues heures passées à travailler ensemble les lient davantage et accroissent les sentiments du jeune homme.

Lors d’une disparition de son maître, le jeune Roland, complètement déboussolé, trouve du réconfort dans les bras de l’épouse du professeur. Le lendemain, ne supportant pas sa trahison, il décide de partir. Mais le professeur revient et le prie de rester au moins le temps qu’il puisse lui raconter sa jeunesse… et lui avouer son amour !

De Zweig, je n’avais lu que le brillantissime Joueur d’échecs et redoutais un peu d’être déçue par un autre de ses textes. Bien que La confusion des sentiments n’égale pas la perfection du Joueur, il n’en reste pas moins un très bon roman. En grand amateur de psychanalyse et de Freud, on retrouve ici son goût pour les personnages excessifs et monomaniaques. Roland – un jeune homme fragile, influençable – est en proie à une obsession dévorante et dévastatrice pour son maître. Il ne vit qu’à travers les regards et les gestes de ce dernier. Il se construit son propre monde, avec son propre dieu et demeure complètement perdu lorsque ce dernier disparaît. Et plus encore lorsqu’il comprendra qu’il n’est en réalité qu’un homme, avec des pulsions bien humaines !

Zweig décrit magnifiquement – grâce à au récit analeptique –  toute l’ambivalence des sentiments du jeune garçon, perpétuellement tiraillé entre l’amour et la haine, entre éros et thanatos, pour son maître. Un excellent livre !