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Duel psychanalytique

15 Jan

Un roman trouvé au hasard dans les rayons de la Fnac. Une petite pépite !!

Et Nietzsche a pleuré, Irvin Yalom

1882. Le Dr Joseph Beuer, célèbre neurologue, passe quelques jours de vacances à Venise avec sa femme. Un billet remis par une inconnue à son hôtel le somme de la rejoindre le lendemain. Aussi intrigué qu’énervé, Beuer se rend au rendez-vous et fait la rencontre de la magnifique Lou Salomé. La jeune femme lui fait une requête hors du commun : soigner son ami (qui refuse de lui parler depuis leur échec dans un ménage à trois avec Paul Rée), le philosophe Friedrich Nietzsche, encore inconnu du grand public mais promis à un brillant avenir si toutefois il parvient à surmonter la crise profonde qu’il traverse depuis plusieurs mois. Incapable de résister à la force de persuasion de Lou Salomé, Breuer accepte de relever ce qu’il faut bien appeler un défi de taille. En effet, Nietzsche, s’il se sait malade physiquement (il souffre de terribles migraines et de multiples autres maux), nie avoir besoin d’un quelconque soutien psychologique. Breuer va donc devoir développer des efforts d’imagination pour que l’auteur du Gai Savoir parvienne à se livrer.

Breuer fait part de ses difficultés à un jeune confrère et ami qui s’intéresse beaucoup à la psychologie et notamment aux rêves, un certain Sigmund Freud qui n’a encore pas développé ses grandes théories. Pour les deux compères, un seul moyen de pouvoir guérir le philosophe : le faire parler et remonter à la source de ses angoisses pour les dissiper. Très bien, mais comment faire parler quelqu’un de ce qu’il ressent au plus profond de son être à son insu ?

C’est là que Breuer a une idée de génie mais très audacieuse : inverser les rôles. Lui soignera Nietzsche pour ses migraines et il demandera à l’auteur de devenir son « médecin du désespoir ». Il imagine qu’à force de confier lui-même ses angoisses (notamment son obsession pour Bertha, une patiente hystérique qu’il a soignée grâce à la parole, avec qui il a passé de nombreuses heures délaissant ainsi son épouse), le philosophe sera forcément amener à lâcher prise et à se livrer.

C’est alors un duel magistral qui s’engage entre un patient plus que brillant et un médecin talentueux. Mais bien vite, on se demande qui soigne qui et qui est le maître qui est l’élève.

Ce livre de psychanalyse est tout bonnement génial ! Les dialogues vifs sont d’une rare intelligence. On ne s’ennuie pas un instant en lisant les discussions entre le philosophe et le médecin qui semblent se livrer à une rude partie d’échecs. Si le texte s’appuie sur de nombreux faits historiques (montée de l’antisémitisme en Autriche, découvertes médicales) et des personnages réels, il n’en reste pas moins un roman puisque Breuer n’a jamais soigné Nietzsche (bien qu’il s’en soit fallu de peu en réalité). Evidemment, la psychanalyse n’est pas non plus née de cette façon. N’en demeure pas moins que tout cela est très réaliste – d’autant plus que l’auteur a inséré d’authentiques lettres de Lou Salomé dans l’ouvrage. J’ai aussi beaucoup aimé le fait de (re)-découvrir la philosophie nietzschéenne distillée tout au long de l’oeuvre. Les personnages sont très attachants, surtout celui de Breuer, médecin de renom, appartenant à la bourgeoisie viennoise et incarnant la réussite sociale, en proie à de cruelles angoisses de déchéance et de mort et à une obsession amoureuse dévoratrice. Original, intelligent, drôle, machiavélique et quasi addictif : un roman exceptionnel !

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Faites de beaux rêves !

13 Nov

Je m’intéresse depuis longtemps à la psychanalyse mais je dois avouer que je n’avais pas lu Freud depuis la Terminale… j’ai donc profité de ma récente inscription à la Médiathèque de mon département pour emprunter ce classique.

Sur le rêve, Sigmund Freud

J’irai vite pour cet article. Déjà, parce que le texte est court (environ 70 pages). Surtout, parce qu’il est assez technique, voire compliqué et indigeste pour les non-initiés (pour ma part, je suis dans l’entre-deux… le fait de suivre une psychanalyse a beaucoup simplifié ma lecture même si certains points restent obscurs !)

Pour faire simple, selon Freud, tout le monde rêve : les enfants, les adultes, les fous, les sains d’esprit… tout le monde ! Jusque là, tout va bien. Freud distingue 3 grands types de rêves : les rêves censés et compréhensibles, les rêves cohérents mais déconcertants et enfin les rêves qui apparaissent comme incohérents, confus ou absurdes. Ce sont les enfants surtout qui réalisent des rêves du premier type, dans lesquels le contenu manifeste (ce dont on se souvient, ce que l’on peut raconter du rêve) et le contenu latent (ce qu’on peut interpréter, ce qui est caché derrière le contenu manifeste) coïncident. Ce sont en règle générale des rêves dans lesquels s’accomplissent un désir inassouvi dans la réalité.

Pour les deux autres catégories, un travail du rêve plus ou moins important s’effectue pendant le sommeil. Ce travail va opérer une censure du contenu latent et le transformer de telle sorte qu’il apparaisse supportable au rêveur dans son contenu manifeste. Oups, je sens que ça ne devient plus très clair, et pourtant, je ne peux pas faire plus simple…

Voilà pour les base.Selon Freud, le rêve sert le plus souvent à satisfaire l’accomplissement d’un désir et à protéger le sommeil. Pour ma part, j’émets des réserve sur ces points. Effectivement, il n’est pas rare de faire ce que Freud nomme des rêves d’angoisse (appartenant aux 2ème et 3 ème catégories), appelés communément cauchemars. Dans ce cas, le rêveur se réveille. Freud indique, que dans ce cas, le travail du rêve n’est pas effectué et le contenu latent apparaissant directement de manière violente, sans protection, seul le réveil peut interrompre le danger. Bref, l’analyse des rêves permet  un accès plus ou moins direct à l’inconscient, et permettra aux névrosés de comprendre l’origine de leurs névroses, et peut-être de les atténuer.

Dans cet opuscule, Freud ne donne pas vraiment de clés pour analyser ses rêves. Il faut sans doute voir ça dans son essai Sur l’analyse des rêves. Si certains symboles sont quasi-universels, d’autres sont très personnels et, de toute façon, chaque interprétation ne peut être qu’individuelle. J’espère avoir éclairé votre lanterne !