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Une vie à réécrire

2 Fév

Et encore une nouveauté au CDI !

Patients, Grand Corps Malade

Grand Corps Malade, le désormais très célèbre slameur, n’a pas toujours été handicapé. Celui qui se nomme en réalité Fabien Marsaud nous raconte comment sa vie a basculé du jour au lendemain après un « bête » accident. En effet, quelques jours avant ses 20 ans, alors qu’il s’amuse au bord d’une piscine avec de amis, Fabien plonge et sa tête se cogne au fond de ladite piscine trop peu remplie. Ce jour-là, Fabien aurait pu rester au fond de l’eau. La vie en a décidé autrement.

Le jeune homme – qui se destinait à devenir professeur de sport – survit à l’accident. Mais dans quel état ! Dans le service de réanimation qui l’accueille, les pronostiques des médecins ne sont pas favorables. On dit à ses parents qu’il ne remarchera jamais. Le jeune homme, une fois hors de danger, est néanmoins transféré dans un centre de rééducation spécialisé dans les para et tétraplégies. Là-bas, il va devoir peu à peu à apprivoiser son nouveau corps affaibli et complètement repenser sa vie future.

L’ouvrage s’ouvre sur deux textes de slam « Sixième sens » et « Je dors sur mes deux oreilles » très percutants, poignants et d’une grande poésie. Ces préambules – ainsi que la quatrième de couverture – laissaient augurer une excellente prose. J’ai été déçue sur ce point. La langue est courante, très souvent parlée voire quelque fois familière. Malgré quelques formules choc très imagées telles que « Quand tu es dépendant des autres pour le moindre geste, il faut être pote avec la grande aiguille de l’horloge. La patience est un art qui s’apprend patiemment », je n’ai pas retrouvé ce qui fait la beauté des textes en vers. Dommage. De même, l’écriture peut sembler distante. Mais là, je crois qu’il ne pouvait pas en être autrement. Fabien raconte à la première personne l’histoire d’un corps qu’il ne connait plus, qui n’est plus vraiment le sien. Les sentiments sont parfois difficiles à déceler derrière les actes mais ils sont bien présents en filigrane.

Pour le fond, voilà donc un récit coup de poing, qui témoigne avec des mots simples, sans prendre de pincettes ce qui fait le quotidien des grands paralysés en centre de rééducation. Fabien nous raconte tout : du fait de devoir regarder le plafond pendant des jours, de ne pas pouvoir changer le programme de la télé et de supporter des programmes stupides toute la journée, de ne pas pouvoir « aller à la selle » tout seul… tout ce qui fait que le quotidien peut vite devenir insupportable lorsque l’on a pas d’autre choix que de rester scotcher à son lit. Ensuite, vient le temps de la découverte de ce nouveau corps, malade, qui réagit bien trop mal à ce qu’on lui demande. Et encore, Fabien, dans son malheur a de la chance. Après quelques mois au centre, on lui apprend qu’il pourra remarcher. Difficilement, avec des béquilles. Non, il ne pourra plus courir ni envisager de carrière sportive. Oui, bien sûr, cette nouvelle l’accable à un point indescriptible. Mais lui pourra remarcher. Contrairement à la majorité de ses compagnons de galère – des jeunes pour la plupart accidentés de la route – qui eux demeureront collés à leur fauteuil le restant de leurs jours. J’ai eu bien du mal à lâcher le livre (que j’ai lu quasiment d’une traite) tant j’avais envie de savoir comment l’auteur avait pu surmonter tout cela. Bien évidemment, je savais que ça se terminait plutôt bien, mais j’avais envie de connaitre les différentes étapes psychiques par lesquelles il était passé : incrédulité, espoir, abattement, espoir de nouveau… Il faut une sacrée de courage et une force de caractère hors norme pour conserver un moral d’acier dans de telles conditions et dépasser justement sa condition. Une très belle leçon de vie, à méditer !

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Au secours des mots !

19 Mai

Ah ! La fin de l’année scolaire est une période bénie pour les professeurs de lettres qui voient leur casier se remplir de livres !

« Suivez-moi-jeune-homme… », Yaël Hassan

Thomas est un jeune collégien qui s’est retrouvé en fauteuil roulant après un accident de scooter. Plutôt que de se morfondre et pleurer sur son sort, il préfère accepter sa condition et vivre sa vie comme n’importe quel ado. N’empêche, lorsque sa meilleure amie Mia s’ébaudit à la montagne lui raconte ses exploits sur les pistes de ski et qu’il croit comprendre qu’un garçon lui tourne autour, une petite boule vient se loger dans son ventre… d’autant que de son côté, les vacances ne s’annoncent pas follichones : un vieux fou dont il ne comprend qu’un mot sur deux tant son langage est châtié vient d’emménager dans son immeuble et lui a demandé de venir l’aider à déballer ses cartons, super comme programme !

Oui mais voilà, cette rencontre va lui changer la vie. Thomas va bien vite se rendre compte que Monsieur Pavot n’est pas l’excentrique qu’il croyait mais un grand passionné… des mots ! Président de la SPDM (Société protectrice des mots), il a pour ambition, avec son équipe, de sauver les mots en voie de disparition. Sa méthode : adopter un mot qui n’est presque plus utilisé et s’engager à le remettre en circulation en l’employant le plus souvent possible. Si le projet semble totalement loufoque aux yeux de notre ado au début, il va peu à peu se rendre compte du pouvoir des mots, notamment par le biais du slam que pratique un de ses camarades de classe, membre de l’association.

L’idée de ce court roman multi-primé est venue à Yaël Nassan après la sortie du livre de Bernard Pivot, 100 mots à sauver. A l’époque, nous explique l’auteur, certains écrivains, par le biais du magazine Lire, avaient accepté d’adopter un de ces mots. Nassan avait trouvé l’idée très bonne mais s’était interrogé : pourquoi n’en adopter qu’un seul ? Il décide alors d’écrire un texte dans lequel il les réemploiera tous. Le présentateur d’Apostrophe et de Bouillon de culture servira de modèle et se transformera en M. Bertrand Pavot, délicieux et facétieux grand-père, adorateur et défenseur de la langue française.

Voici donc un roman intelligent et agréable à lire que nous offre Yaël Nassan et qui s’adresse aux enfants à partir de 10 ans. L’histoire est certes bien gentillette, mais elle a le mérite d’inclure des mots inusités ou presque de façon opportune. Le jeune public ne s’ennuiera pas et parviendra sans peine à suivre l’histoire car tout le vocabulaire est employé en contexte et expliqué en bas des pages et dans le glossaire. Il permettra également, non seulement de découvrir (ou re-découvrir) de magnifiques mots, d’amener à faire réfléchir les enfants sur ce qu’est une langue et sur son évolution comme le souligne la citation de Littré employée à la fin du livre : « Le passé de la langue conduit immédiatement l’esprit vers son avenir. C’est cette combinaison entre la permanence et la variation qui constitue l’histoire de la langue. » A découvrir !