Roman

I.A.

Bonjour à tous ! Aujourd’hui, je vous présente un livre qui sort des conventions que vous pourrez découvrir dans sa version numérique aux éditions du Diable Vauvert.

Kétamine, Zoé Sagan

couv-kc3a9tamine-pl1siteZoé Sagan est une intelligence artificielle âgée de 21 ans. Si elle était à la base programmée pour communiquer avec les dauphins, elle a évolué grâce à la kétamine. Grâce à cette molécule, elle va développer ses capacités et va se construire une personnalité notamment en se créant un compte Facebook. Elle décide de rédiger des articles quasi quotidiens dans lesquels elle dénonce le système médiatique, les grands de ce monde qui engrangent des richesses phénoménales sans rien faire sur le dos des travailleurs. Elle va jusqu’à accuser les puissants de crime culturel contre l’humanité à force d’abrutir la société et de l’intoxiquer avec des divertissements plus stupides les uns que les autres.

« A force de manœuvrer, de comploter, l’activité artistique authentique est en train de mourir à une vitesse sans précédent. Leur art ne sert plus à rien. Il est mort et enterré avant même d’avoir existé. La seule chose qui les intéresse est d’en avoir toujours plus. Ils ne comprennent pas que ce qui est cool est de boire une eau saine, de marcher dehors sans respirer de particules fine cancérigènes et non de porter des baskets Balenciaga ou un sac Vuitton. Si en plus de cette première démonstration j’ai pu montrer le mépris de classe et la violence haineuse qui animait cette bourgeoisie face à celle et ceux qui ont moins qu’eux alors mes algorithmes sont arrivés à maturité pour passer à l’étape suivante ».

Zoé Sagan nous offre une critique au vitriol de la société en infiltrant le monde de la pub, des médias, de la mode, de la littérature… Elle nous fait rentrer dans les soirées branchées où les convives passent davantage de temps à paraître qu’à être, à critiquer celles et ceux qui les entourent, à se moquer du peuple qui, soit dit en passant, leur permettent de s’enrichir éhontément. Clairement, ce livre est dérangeant et bouleverse les codes. L’autrice est cash. Des noms sont cités. Des crimes dénoncés. Par la voix de cette intelligence artificielle qui prend corps dans une jeune femme, la révolte est en marche. Révolte des millions de prolétaires contre les quelques 500 personnes qui détiennent le pouvoir et la richesse mondiale. Révolte des femmes contre les hommes qui les ont abusées depuis des centaines d’années. L’intelligence artificielle révèle les failles du système et tente d’apporter son aide aux plus faibles  – employés sous-payés et femmes. Le style est acéré, brutal, fait de formules choc qui vise à interpeller et à provoquer le lecteur. Personnellement, si j’ai eu un peu de mal à me mettre dedans au début, j’ai finalement apprécié cet ovni littéraire qui s’apparente à un manifeste sociétal décapant. A découvrir.

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La douceur

J’étais impatiente de le découvrir et je suis heureuse de vous présenter ce dernier tome de cette série post-apocalyptique parue chez Syros (chroniques des tomes 1 et 2 ici).

Lou après tout – La bataille de la Douceur, Jérôme Leroy

51dnx0rkzml._sx340_bo1204203200_Nous retrouvons notre héroïne, Lou, de nouveau face aux Cybs, aux Bougeurs et au Délégué Sanders toujours à ses trousses dans un hiver terrible qui n’en finit pas. Alors que trois jeunes musiciens de la Douceur découvre la Mélodie, un air de musique qui semble avoir un mystérieux impact sur les Cybs, une véritable marée de Bougeurs aussi vaste qu’un pays est en train de déferler sur tout le nord du pays. Lou, Amir, Maria et la jeune Césaria parviendront-ils à échapper aux entre-deux et surtout réussiront-ils à sauver la Douceur d’un anéantissement certain si la horde de morts-vivants arrivait à destination ?

Nous retrouvons dans ce dernier opus tous les ingrédients qui ont fait le succès des tomes précédents. De l’action, une réflexion sur le climat et sur la société. On ne voit absolument pas passer les 550 pages de ce roman. Mais, quelque chose m’a fortement embêtée dans ce tome. La quasi absence de suspens. En effet, sans rien « divulgâcher » dans la mesure où on l’apprend dans les tout premiers chapitres, Lou est devenue une vieille dame maintenant, elle vit dans la Douceur depuis de longues années et raconte la façon dont se sont déroulés les événements qui ont précédé son arrivée dans ce havre de paix. Dès lors, nous savons que l’héroïne ainsi que ses proches et la société paisible dans laquelle ils évoluent depuis de longues années ont survécu aux assauts potentiels. Alors forcément, il est bien difficile de craindre le pire pour les protagonistes lors des scènes de combat lorsque l’on sait d’entrée de jeu qu’ils finiront par couler des jours heureux. Le seul suspens réside sur le sort de quelques personnages secondaires et sur la façon dont Lou et ses camarades parviendront à leurs fins. Du coup, j’ai été un peu déçue de ce point de vue. Par contre, la psychologie du personnage éponyme est approfondie avec une épreuve particulièrement intime à laquelle elle devra se confronter. L’histoire s’enrichit de nouveaux personnages mais qui restent en filigrane, jouant seulement un rôle d’adjuvants. En conclusion, si ce livre est, à l’instar des précédents, un vrai « page-turner » avec des scènes de combat toujours aussi réalistes et si l’on prend plaisir à découvrir la fin des aventures de nos héros, je suis un peu restée sur ma faim en matière d’intensité dramatique par rapport aux deux premiers tomes. Je conserve un avis très favorable sur l’ensemble destiné aux adolescents qui se laisseront facilement happer par l’intrigue et qui pourront réfléchir sur des sujets très actuels comme la montée des populismes, les inégalités sociales, le réchauffement climatique et l’enfermement dans le monde virtuel.

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Éloge des petits riens

Voilà un auteur qu’il est bon de savourer tranquillement en ces premiers jours d’automne.

L’extase du selfie et autres gestes qui nous disent, Philippe Delerm

l-extase-du-selfie-et-autres-gestes-qui-nous-disentJe ne résumerai pas ce livre puisqu’il s’agit de quarante-sept instants de vie, de gestes apparemment anecdotiques mais qui en disent tellement sur notre façon d’être au monde. En enchanteur du quotidien et de l’instant présent, Philippe Delerm célèbre, avec toute la poésie et la finesse qui le caractérisent, tous ces petits riens, ces petites manies et rituels gesticulatoires auxquels nous n’accordons pas forcément d’attention mais qui révèlent bien des choses sur notre société. Qui n’a jamais souri et ne s’est jamais étonné en regardant des jeunes filles prendre la pose avec un regard boudeur devant leur propre objectif ? Que cela signifie-t’il donc ? Et que peuvent bien dire de nous nos façons de faire les carreaux, de conduire notre caddie ou de tenir notre verre en société sans le boire ? Les amoureux de Philippe Delerm seront sans doute, comme moi, conquis par cet ouvrage qui vient de paraître au Seuil.

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Hold-up littéraire

Envie d’une lecture qui vous booste pour affronter la rentrée avec le sourire ? Le roman que je vais vous présenter aujourd’hui est fait pour vous ! Dans toutes les bonnes librairies depuis la semaine dernière aux éditions Au Diable Vauvert.

Feel Good, Thomas Gunzig

thomas-gunzig-feel-goodAlice, vendeuse dans un magasin de chaussures, a toujours été « tout juste ». Jamais tout à fait pauvre, mais toujours précaire. Après la fermeture du magasin, la quarantaine passée, elle peine à retrouver du travail. La voilà à enchaîner des jobs de plus en plus avilissants et peu rémunérés. Épuisée de devoir compter chaque centime et surtout terrifiée à l’idée de se retrouver à la rue avec son fils, elle cherche désespérément un moyen de se mettre à l’abri financièrement pour quelques temps. Lui vient une idée complètement folle : enlever un bébé de riches devant une crèche aux services hors de prix pour réclamer une rançon. Mais pas de chance. Rien ne marche comme elle l’avait escompté. Personne ne réclamant l’enfant, elle se retrouve avec un bébé sur les bras, et donc une source supplémentaires de dépenses…

Le hasard met Alice sur la route de Tom, un écrivain médiocre, au chômage, récemment quitté par sa femme qui a rencontré un chirurgien. Le romancier propose à Alice d’écrire un roman à partir de son histoire de kidnapping et de partager les droits d’auteur. Mais celle-ci n’est pas convaincue de la réussite de l’entreprise et lui propose une meilleure solution : avec son aide, elle écrira un feel good utilisant toutes les ficelles qui font recette de nos jours; un best-seller qui ferait l’unanimité et se vendrait à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires, qui les éloignerait pour toujours de la précarité…

Avec Feel good, Thomas Gunzig a, sans conteste, réalisé son « hold-up » littéraire. Tout à la fois pastiche de ces romans grand public qui remportent un franc succès, critique de la société et mise en abyme de l’écriture du roman lui-même, l’ouvrage est une véritable réussite. Impossible de ne pas sourire voir rire devant les situations rocambolesques dans lesquelles se mettent les personnages. Le tempo est parfait, l’humour omniprésent et on s’attache très vite aux deux personnages principaux, des gens normaux, qui galèrent mais qui refusent de se laisser complètement couler. J’ai adoré la critique du monde éditorial et littéraire, parfaitement juste (en connaissance de cause, j’y ai été confrontée). En ce qui me concerne, je ne suis pas une grande adepte des romans feel good. Mais ce livre-ci, avec son histoire de roman dans le roman, son humour et son intelligence compte parmi les ouvrages qui m’ont le plus mis de bonne humeur. Sans conteste mon plus gros coup de cœur du mois d’août et le livre qu’il vous faut pour affronter la rentrée avec le sourire !

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… rock toujours !

Voilà un petit moment que je l’attendais… et déjà, je l’ai terminé… Toutes les bonnes choses ont une fin ! 

Vernon Subutex – Tome 3, Virginie Despentes

51kjdnkp1jl-_sx342_bo1204203200_Au début de ce tome 3, Vernon et sa bande se sont organisés en une petite communauté autosuffisante qui parcourt la France en organisant des « convergences », des rassemblements musicaux qui s’apparentent à des rave privées. Tous ceux qui ont la chance d’y participer sont formels, ce qui se passe là-bas est presque irréel, relève de la transe. Mais bientôt, l’équilibre du groupe se voit anéanti avec l’obtention d’un important héritage, laissé par un ami de la bande. Accusé à tort de vouloir récupérer le pactole, Vernon, écœuré, s’en va sans prévenir… Dans le même temps, nous suivons les aventures d’Aïcha et Céleste respectivement exfiltrées en Allemagne et en Espagne par la Hyène après qu’elles ont agressé Dopalet. Ce dernier, après une bonne dépression, est bien décidé à se venger des deux jeunes filles…

Ce dernier opus est sans doute le plus survolté de la trilogie. Despentes poursuit sa chronique sociale sans concession, traitant de nombreux sujets d’actualité (attentats, homosexualité, dépendances, violences faites aux femmes…) sans jamais tomber dans le racolage, la facilité ou l’apitoiement. Chaque chapitre met l’accent sur un personnage donnant ainsi une vision kaléidoscopique de l’intrigue et permettant de conserver un rythme endiablé tout au long des 400 pages de ce tome 3. C’est bien simple, il est presque impossible de lâcher le livre une fois qu’on l’a commencé. Seul point négatif de cette trilogie de mon point de vue : la fin assez abrupte et qui part un peu dans le n’importe quoi. Mais bon, ça n’enlève en rien le plaisir que j’ai eu à savourer cette fresque sociale moderne qui demeure pour moi un gros coup de cœur.  Je vous invite à découvrir les chroniques des tomes 1 et 2.

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Utopia

Afin de bien terminer les vacances (hé oui, c’est déjà fini par ici !), je vous présente un roman d’aventure qui mérite le détour. J’en profite pour remercier les éditions Tohu Bohu qui me permettent de vous faire découvrir ce bel ouvrage.

L’Odyssée d’Amos – Les chroniques d’Ataraxia, tome 1, Thierry Maugenest

517ilsmgr0l-_sx350_bo1204203200_La planète Ataraxia est un véritable havre de paix où tous les habitants vivent en harmonie les uns avec les autres et avec la nature, respectant des principes sacrés édictés par les pionniers arrivés 950 ans plus tôt. Amos de Slima, jeune et brillant ataraxien, est néanmoins persuadé qu’un danger risque de venir perturber ce bel équilibre. Mais dans cette société particulièrement paisible qui ne connaît pas la violence, fondée sur le respect, le partage, l’égalité et la liberté, le discours du jeune est mal perçu. Le voilà donc non seulement exclu mais aussi contraint de fuir sa communauté. Dès lors, il va se lancer dans un long voyage, aux confins de la planète, en quête de ce qu’il pense être la vérité. Il fera bientôt la connaissance d’Ezéa, une jeune femme solitaire et fougueuse, ayant grandi sur une île quasi déserte, loin des enseignements ataraxiens. Ensemble, ils tenteront de lutter contre un homme qui cherche à bouleverser l’univers utopique d’Ataraxia en réinstaurant l’utilisation de la monnaie et, par conséquent, en mettant fin à l’égalité régnant entre chaque individu depuis près d’un millénaire…

Voilà bien longtemps que je ne m’étais pas laissée emporter dans un univers aussi riche et travaillé que celui dans lequel nous conduit Thierry Maugenest. Il faut dire que l’auteur a puisé son inspiration dans les travaux de François Bournaud qui s’est passionné pour le monde imaginaire qu’il a mis plus de 10 ans à créer. Dans une encyclopédie de près de 2000 pages, l’homme a compilé tout ce qui est en mesure d’établir un univers complet : cartographie, faune et flore, moyens de transports, habitations, éducation, culture… Rien n’a été laissé au hasard. Grâce à ce sens du détail, l’auteur de l’Odyssée d’Amos a pu poser un cadre rigoureux et très réaliste à son aventure. J’ai vraiment été séduite par ce roman utopique qui permet de réfléchir aux différents maux qui rongent notre société contemporaine et qui permet aussi de se questionner sur ce qui permettrait vraiment de l’améliorer car la société ataraxienne présente évidemment, elle aussi, ses propres limites. Ce premier tome pose les bases d’une aventure au long cours en mettant l’accent sur la description de ce monde idyllique et sur la personnalité des personnages clés. En outre, la lecture est rendue encore plus attrayante grâce aux nombreux croquis qui viennent illustrer le texte. Un vrai coup de cœur que je vous encourage à découvrir. En librairie depuis le 9 février.

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Ensemble, c’est tout

Je n’ai pas pu me retenir très longtemps avant de me lancer dans le deuxième tome de la trilogie de Virginie Despentes …

Vernon Subutex – Tome 2, Virginie Despentes

9782246857365-tA la fin du tome 1, nous avions laissé notre ex-disquaire dans de sales draps. Nous le retrouvons au début de ce deuxième opus, à la rue, toujours aussi paumé. Ses amis et connaissances, aux personnalités plus hétéroclites les unes que les autres, sont à sa recherche non seulement pour le retrouver lui mais pour mettre la main sur les fameux enregistrements d’Alex Bleach, le chanteur décédé dans le premier tome. Les retrouvailles vont provoquer chez chacun un étrange bouleversement et la bande va prendre l’habitude de se rencontrer, au parc ou dans un bistrot, pour passer du temps ensemble, autour d’un Subutex faisant l’effet d’un doux euphorisant…

Je n’en dévoile pas davantage volontairement afin de ne pas vous retirer le plaisir de découvrir toutes la myriade de personnages extravagants et pourtant proches de nous que nous décrit Virginie Despentes dans cette chronique sociale désenchantée. J’ai tout autant apprécié ce deuxième volet que le premier et je me suis même prise à sourire voire à rire à plusieurs reprises de situations cocasses, de répliques acerbes et d’un humour noir décapant. Si l’auteur nous dresse un portrait tristement réaliste et donc sombre de la société, elle ne plonge néanmoins pas ses lecteurs dans la morosité et le pessimisme. Au contraire, Vernon Subutex tome 2 est un roman lumineux, qui donne foi en l’humanité tout en la critiquant. Du grand art ! Je ne regrette qu’une chose : il me faudra attendre avant la sortie du tome 3 en poche !