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L’heure du crime

12 Août

Je tiens tout d’abord à remercier Southeast Jones et les éditions La Madolière pour m’avoir fait parvenir ce recueil de nouvelles au format numérique.

Morts Dents Lames – Hommage à la violence, éditions La Madolière

Chers lecteurs, il n’est pas dans mes habitudes de vous mettre en garde contre mes chroniques mais celle-ci risque d’être particulièrement sanglante. Ames sensibles, passez votre chemin, les autres – je sais que je compte parmi mes habitués des pervers-sadiques qui ne s’ignorent pas – suivez-moi dans les confins de l’horreur…

Vous l’aurez compris – tout est dit dans le très beau titre de l’ouvrage -, Morts Dents Lames est une anthologie de nouvelles horrifiques, toutes plus sanglantes et dérangeantes les unes que les autres autres. Le thème est parfaitement respecté et l’ensemble est très homogène, les nouvelles coulent les unes à la suite des autres comme le sang jaillit des nombreuses victimes. Si l’ouvrage n’est pas forcément très long (19 nouvelles, d’une longueur à peu près équivalente pour chacun à savoir entre 10 et vingt pages), j’avoue ne pas l’avoir lu très rapidement et avoir ressenti le besoin de reprendre mes esprits entre deux textes… peut-être aussi pour me délecter plus longtemps de ce plaisir presque défendu…

Toutes ces histoires ont donc un point commun : la mort. Et violente si possible. Mais bourreaux et victimes ne sont pas toujours ceux qu’on croit ! Si quelques-unes des nouvelles se placent d’emblée dans des univers un peu parallèles voire fantastiques ou à des époques lointaines – « Anatomie, une histoire de l’âme » d’Olivier Caruso; « Le sang des cailles » de Mathieur Rivero, « Adelphe Ambroisie » de Vincent de Roche-Clermont – la plupart met en scène des personnages du quotidien, des adolescents paumés, au vieux biker, en passant par le gentil couple de banlieue sans histoire au médecin légiste un peu trop professionnel…

Comme à mon habitude lorsqu’il s’agit de recueil, je ne vais pas faire une analyse détaillée de chaque nouvelle mais seulement m’attarder sur celles qui m’ont le plus touchée.

La première nouvelle, « Anatomie, une histoire de l’âme » d’Olivier Caruso est, selon moi, l’une des plus aboutie de l’anthologie. Le style de l’auteur est très fluide, l’écriture délicate, presque poétique. J’ai aimé l’irruption du fantastique à la fin qui permet d’adoucir le côté sanguinolent. L’histoire se passe à une époque indéterminée mais qui ressemble au Moyen-âge. Un professeur d’anatomie tente de prouver l’existence de l’âme comme élément physique du corps. Mais un spectateur vient mettre en cause ses dires. Aidé de sa fille, le professeur va organiser une représentation qui devrait lui clouer le bec. Mais la leçon tourne au drame…

« Le sang des cailles » de Mathieur Rivero se passe dans l’Egypte Antique. Un embaumeur est chargé de s’occuper du corps de son frère. Il va enfin en profiter pour se venger de ce dernier… Le texte est très bien écrit et renseigné. On découvre, au fur et à mesure de l’histoire, le mécanisme qui a poussé le personnage à la vengeance.

« Les petits crayons rouges » de Nolween Eawy. Trois enfants font office de souffre-douleur pour leurs parents dégénérés avant qu’ils de se retourner contre eux… Un texte poignant, très sombre, rude mais bien mené.

« Adelphe Ambroisie » de Vincent de Roche-Clermont. Décidément, on va croire que j’ai un faible pour les récits à tendance historique (alors qu’en vérité, je déteste cela !). Nous voilà au temps de l’Inquisition, un jeune garçon est recruté comme accompagnateur de l’Inquisiteur avant de devenir bourreau. Il prend un plaisir sexuel pervers et malsain à exécuter les victimes – soi-disant inverties. Si j’avoue que l’aspect sexuel est un peu trop développé à mon goût, j’ai trouvé l’histoire vraiment bien ficelée et très bien écrite. On se met tout à fait dans l’ambiance.

« Sous sa peau » de Pénélope Labruyère. Il s’agit du texte de la fondatrice des éditions de la Madolière. Dans la postface, elle explique qu’elle s’est livrée au jugement des autres auteurs avant d’inclure son récit. Heureusement, il a été retenu ! L’histoire de ce médecin légiste envoyé sur une scène de crime particulièrement gore vient clore le recueil avec brio. Le cadavre d’une jeune femme est retrouvé pendu et quasiment intégralement écorché dans une cabane au milieu des bois. Le cas va virer à l’obcession pour le spécialiste de la mort. J’ai adoré la manière dont est construite la nouvelle qui alterne et mêle de façon presque indissociée le récit du légiste et celui du meurtrier en train d’exécuter sa victime. Je trouve cette technique très bien sentie, elle donne du rythme au récit.

En conclusion, cette anthologie n’est pas à mettre entre toutes les mains. Bien que je ne sois pas franchement friande du genre, j’ai été plutôt agréablement surprise par ce recueil. Evidemment, tous les textes ne se valent pas à mon sens, certains m’ont laissée quelque peu perplexe – je n’ai pas tout compris – et j’en ai trouvé d’autres un peu trop caricaturaux et trash – quoique très divertissants au final, et après tout, n’est-ce pas ce qu’on attend aussi d’une lecture ? – mais dans l’ensemble, le sujet est très bien maîtrisé. A découvrir donc pour ceux qui n’ont pas froid aux yeux !

A découvrir ici ma chronique consacrée au roman Les Résidents d’Amelith Deslandes, paru également aux éditions La Madolière

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« Ici, tout le monde est fou »

29 Mar

Ils me l’avaient promis, je l’attendais avec impatience et j’ai eu l’extrême plaisir de me la voir remettre par Southeast Jones – que je remercie encore vivement ! – avant sa sortie. Mais de quoi parle-t-elle, bon sang ? De quoi ?? De la toute dernière anthologie des Editions des Artistes Fous ! Et si j’étais si pressée, c’est que je savais que toutes les nouvelles auraient pour thème : la folie ! 

Folie(s) – 18 textes échappés de l’asile, anthologie dirigée par : Paul Demoulin, Matthieu Fluxe, Ludovic Klein, Vincent Leclercq et Sébastien Parisot.

La folie. Voilà un sujet qui m’intéresse au plus haut point. Je me suis toujours interrogée sur cette question : comment sait-on de quel côté on se trouve ? Comment sait-on si l’on est fou ou sain d’esprit ? Existe-t-il une « normalité » ou tout le monde est-il fou à sa manière ? Personnellement, j’opte pour la seconde solution ! Comme l’écrit Sébastien Parisot dans la préface, nous passons notre temps à réinterpréter le monde sous le prisme de notre propre subjectivité, tout simplement pour nous rendre ce monde tolérable. Par conséquent, comme le dit si bien le chat du Cheshire : « Nous sommes tous fous, ici ! ».

Ces 18 textes explorent des types de folie différents, une folie qui peut être dissimulée dans l’intimité de l’espace familial ou au contraire exhibée aux yeux de tous.

Evidemment, si j’ai apprécié l’anthologie dans son ensemble, quelques textes, de par les sujets traités, m’ont plus touchée que d’autres. Voici une sélection de mes préférés (que les autres auteurs me pardonnent, il faut bien faire un choix ! ):

– Nuit blanche, de Sylvie Chaussée-Hostein : il s’agit de la toute première nouvelle de l’anthologie. Une femme doit rejoindre en voiture son mari et ses enfants. Le trajet s’annonce difficile pour Martha en raison des conditions climatiques dantesques prévues pour la nuit dans les montagnes du nord-ouest des Etats-Unis. Mais ce n’est pas une tempête de neige qui l’empêchera de retrouver les siens. Alors que Martha est concentrée sur sa route, un homme très peu habillé la stoppe et lui demande de l’emmener jusqu’à la prochaine ville. Après un temps d’hésitation, Martha accepte. Au milieu d’un flash météo, la radio annonce que des détenus très dangereux se sont évadés d’une prison… Vous l’aurez compris, l’auteur va mettre en scène un huis-clos tendu, dans cette nouvelle chute délicieusement inquiétante.

Coccinelles, d’Emilie Querbalec : Sans doute mon texte préféré ! L’auteur traite avec une finesse poétique remarquable de la maternité, du rapport de la mère à l’enfant juste après la naissance, de « cet autre issu de soi que représente pour sa mère le nouveau-né », de cette sorte d' »inquiétante étrangeté » qu’il suscite aux yeux de celle qui vient de le mettre au monde. A lire absolument !

Le même sang coule dans mes veines, de NokomisM : Un très beau texte également sur une enfant qui se scarifie afin d’expulser le sang familial qui coule dans ses veines et la renvoie à un héritage terrible dont elle ne veut pas. Une nouvelle dure mais magnifique !

La nuit où le sommeil s’en est allé, de Cyril Amourette : En tant qu’insomniaque, je ne pouvais qu’être interpellée par le titre… imaginez un monde où, du jour au lendemain, plus personne ne pouvait fermer l’oeil… Je vous laisse découvrir les hypothèses de l’auteur…

Le temps me manque… j’aurais aimé vous parler aussi de Marie-Calice (un texte extrêmement drôle avec comme personnage principal une missionnaire qui prends son rôle un peu trop au sérieux !), de C15 (ou le quart d’heure mensuel de folie généralisée comme loi fondamentale de la Constitution américaine), de La maman de Martin et de Sanguines (deux autres nouvelles consacrées au thème de la maternité… tiens, c’est étrange à quel point maternité et folie sont toujours mêlés !) et aussi du tout dernier texte, Décalage, de Ludovic Klein – auteur dont que j’avais précédemment chroniqué ici – qui évoque avec finesse la difficulté de réintégrer la société après avoir vécu l’enfermement psychiatrique.

Après Sales Bêtes ! et Fin(s) du Monde, les Editions des Artistes Fous nous offrent une fois de plus une anthologie soignée avec des textes aux tonalités très différentes mais qui s’articulent très bien les uns avec les autres. Félicitations à tous les auteurs sans oublier les illustrateurs qui ont aussi réalisé un travail remarquable !

Au fait, vous pouvez pré-commander l’anthologie ici !

Apocalypses now !

5 Fév

Je tiens encore une fois à remercier chaleureusement les Editions des Artistes Fous pour m’avoir offert la version numérique de leur toute première publication.

 Fin(s) du monde – 20 récits pour en finir avec l’Apocalypse, Sébastien « Herr Mad Doktor » Parisot (Président de l’association) et tous les autres artistes fous.

Le titre du recueil annonce le ton : tous les textes (et les illustrations) ont pour thème la fin du monde et sont à classer dans la science-fiction – genre que j’affectionne particulièrement mais qui est trop souvent qualifié de « sous-genre » dans le monde littéraire ; allez savoir pourquoi ! surtout quand on considère toutes les questions d’ordre métaphysique auxquelles il accorde une importance capitale.

Les différents textes présentent des visions très personnelles de la fin du monde qui va de l’anéantissement de la planète par une comète à l’extermination de toute forme humaine par un monstre tentaculaire en passant par le suicide collectif d’un groupuscule sectaire.

Si j’ai apprécié l’ensemble du recueil, certaines nouvelles ont retenu davantage mon attention.

 Emancipation, Southeast Jones. Le vice-président de l’association livre un texte original et touchant mettant en scène un agoraphobe coupé du monde. Un jour, il entend des bruits derrière sa porte. Quelque temps plus tard, il découvre qu’il n’a plus d’électricité dans sa maison-bunker. Sera-t-il en mesure de vaincre sa peur des autres pour sortir voir ce qu’il s’est passé à l’extérieur ?

 Crises tentaculaires, Herr Mad Doktor. J’ai adoré ce texte foutraque quasiment tout en alexandrins et en rimes mettant en scène un jeune cadre au bout du rouleau englué dans la crise économique qui d’un clic de souris active un monstre à tentacules très lovecraftien, Cthulhu le Grand, pour s’amuser un peu. Le monstre surgit dans sa vie, détruisant tout sur son passage, massacrant tout ceux qu’il croise. Une réflexion jubilatoire sur notre société de consommation et d’information anxiogène.

 La fin d’un monde, Corvis. Il s’agit de la plus longue nouvelle du recueil. Elle met en scène un groupe d’astronautes au sein de la station spatiale internationale. A bord, Alice partage l’espace confiné du vaisseau avec ses dix coéquipiers. Leur mission se passe à merveille jusqu’à ce qu’ils voient une météorite immense se fracasser sur la Terre, mettant un terme à toute forme de vie humaine ainsi qu’à tout espoir pour eux de retourner sur leur planète. Se sachant condamnés, les membres de l’équipage tentent de satisfaire leurs désirs comme ils le peuvent. J’ai apprécié ce texte pourtant dur qui insiste sur les côtés les plus sombres de l’humanité avec ces hommes pourtant éduqués capables de se comporter pire que des bêtes avant de mourir. Une vision sombre de l’humanité transcrite dans une langue très poétique.

Je m’excuse auprès de tous les autres auteurs mais le temps me manque pour évoquer tous les textes. Mais encore une fois, j’ai apprécié tout le recueil et vous recommande de vous le procurer ainsi que Sales Bêtes, chroniqué ici, pour aider cette jeune maison d’édition indépendante.

Humanité bestiale

19 Août

Ce texte de Ludovic Klein inaugure le recueil Sales bêtes ! Animaux étranges et délires zoomorphiques paru aux toutes jeunes éditions des Artistes Fous au mois de juin 2013.

J’avoue n’avoir lu que la première nouvelle de l’ouvrage qui m’a gentiment été envoyé sous format électronique par l’un des deux vice- présidents de l’association des « Artistes Fous Associés », Southeast Jones. J’attends donc le père Noël avec impatience pour recevoir une liseuse qui me permettra de lire tranquillement le reste du volume ainsi que le recueil Fin du monde ! 20 récits pour en finir avec l’Apocalypse, des mêmes éditions.

En attendant, vous pouvez découvrir l’association et ses publications ici

« Les Maîtres ne vinrent plus », in Sales bêtes ! Animaux étranges et délires zoomorphiques, Ludovic Klein

Août 1943, le monde est en guerre et la préfecture de Tokyo ordonne la mise à mort des animaux de son zoo de Ueno afin – officiellement – de protéger les habitants en cas de bombardement en évitant la libération d’animaux sauvages dans la ville. Officieusement, il s’agit surtout de réduire les frais de gestion du zoo et d’amener la population à envisager l’éventualité d’un bombardement.

La première méthode de mise à mort est un empoisonnement à la strychnine. Toutefois, certains animaux ne mangent pas les rations empoisonnées. Dès lors, tous les moyens – et surtout les plus barbares – vont être bons pour se débarrasser des pensionnaires…

Nous suivons ensuite, à travers le point de vue interne d’une vache, la mort (terrible) de faim de tout un troupeau. Nous comprendrons au fur et à mesure du texte, que nous nous trouvons à la suite de l’accident nucléaire de Fukushima. Le gouvernement a ordonné que toutes les bêtes soient enfermées pour éviter la contamination. La pauvre Mme Morita ne peut malheureusement rien faire pour les sauver…

Ce court texte basé sur des faits réels met en évidence la cruauté humaine. Il m’a permis de découvrir un aspect de la Seconde Guerre Mondiale que j’ignorais totalement. En outre, le fait que l’histoire se déroule au Japon me touche tout particulièrement puisque j’ai entrepris d’apprendre le japonais il y a quelques mois. J’ai beaucoup aimé la mise en parallèle des deux histoires qui fait beaucoup réfléchir. N’est pas le plus sauvage celui que l’on croit… Une fois encore, j’ai hâte d’avoir une liseuse pour découvrir les autres textes du recueil !