Tag Archives: stephen king

« Huis-clos »

6 Avr

Dimanche dernier, j’ai eu la chance d’effectuer une partie du trajet du retour du salon du livre de Montaigu en compagnie d’Yves Grevet, un grand monsieur de la littérature jeunesse française, dont je n’avais pourtant jamais lu les livres (mea culpa !) Je rattrape donc mon retard grâce à ma charmante collègue et amie documentaliste qui m’a fait parvenir le premier tome d’une trilogie qui a remporté un vif succès auprès des lecteurs et de la critique.

Méto – La maison – tome 1, Yves Grevet

Méto, un jeune adolescent, se voit confier par un César la grande responsabilité d’initier Crassus, un petit nouveau, aux règles drastiques de la Maison – par exemple : compter jusqu’à 120 avant de se saisir de ses couverts pour manger et laisser cinquante secondes entre chaque bouchée. Pendant un mois, notre héros devra surveiller son protégé afin qu’il ne commette aucun impair. Si tel était le cas, c’est Méto qui en subirait les terribles conséquences…

Soixante-quatre enfants – uniquement des garçons – occupent la Maison. Ils sont coupés du monde, ne sortant jamais de la Maison elle-même construite sur une île, placés sous le joug de chefs tyranniques appelés les César. Les enfants sont regroupés selon leur âge en différentes couleurs. Lorsqu’ils atteignent une quinzaine d’années, ils disparaissent mystérieusement et sont remplacés par des plus petits. Mais que leur arrive-t-il ensuite ? Voilà la question cruciale que chaque membre de la communauté se pose. Méto, qui n’a jamais eu froid aux yeux ni peur de transgresser les interdits, compte bien résoudre ce problème…

Voilà un best-seller qui mérite amplement son succès ! Dès les premières pages, le lecteur est happé par cette inquiétante maison – qui est le second protagoniste de l’histoire, et qui m’a d’ailleurs rappelé le sinistre hôtel de Shining de Stephen King – qui emprisonne nos jeunes héros. Au fil des pages, l’atmosphère de ce huis-clos dystopique s’accroît tant que l’on craint voir étouffer les personnages sous nos yeux si ce n’est sur un plan physique d’un point de vue symbolique (poids des règles, poids du secret, vie en communauté non désirée…)

Cet univers concentrationnaire dans lequel chaque activité est minutée, programmée à l’extrême, où n’est strictement jamais laissée la possibilité de s’exprimer librement (des traîtres se cachent même parmi les enfants) évoque bien évidemment le régime nazi. Il m’a également fait penser au livre d’Orwell, 1984, une dystopie également, dans lequel l’auteur décrit une nation entièrement soumise à Big Brother dans laquelle la liberté individuelle n’existe plus et où l’Histoire est réécrite en fonction de la politique menée par le dictateur (ici on réécrit les souvenirs des enfants).

Les jeunes lecteurs seront à mon avis vite absorbés par cet univers très bien mis en place (les sports de combat – assez violents – sont d’un très grand réalisme) et accrocheront facilement à l’intrigue en s’identifiant au personnage principal. La quête identitaire est elle aussi – bien que sous-jacente – au centre de l’oeuvre puisque aucun des enfants ne se rappelle ce qu’a été son existence avant d’arriver dans la Maison (qui pourrait d’ailleurs évoquer le ventre d’une mère d’un point de vue psychanalytique mais je ne vais pas me lancer dans une analyse si complexe ici).

Deux autres tomes font suite à ce premier opus, L’île et Le monde, qui laisse le lecteur sur un suspens insoutenable ! Et si la question principale des enfants est de savoir ce qu’il y a après la Maison (vous le découvrirez dans ce premier tome) la mienne est : pourquoi cette Maison et où sont les femmes ??? (sans allusion aucune à Patrick Juvet !)

Petit message personnel : Muriel, commande la suite immédiatement !! Et Nox aussi !

Publicités

A faire froid (polaire) dans le dos…

27 Déc

Je vous livre ici ce qui sera sans doute ma dernière chronique de l’année 2014 puisque je vais m’attaquer par la suite à un mastodonte qui devrait m’occuper pendant plusieurs jours voire semaines.

40 jours de nuit, Michelle Paver

Janvier 1937. Une expédition scientifique se prépare depuis l’Angleterre. Son objectif : étudier la biologie, la géologie, la dynamique des glaces et effectuer des relevés météorologiques dans le Haut-Arctique. Le jeune et démuni Jack Miller accepte de se joindre à l’équipe afin de s’occuper des transmissions radio. Dès le départ, rien ne va. Alors que cinq hommes devaient prendre le large, le médecin est contraint de rester en Angleterre. Seuls Algie Carlisle, Hugo Charteris-Black et Austus Balfour embarquent pour la Norvège avec Jack. Pendant le trajet, Hugo – chef de l’expédition – se casse une jambe. Il ne pourra donc pas accompagner ses camarades jusqu’au camp de Gruhuken.

Jack, Algie et Gus finissent par accoster au campement en compagnie d’une meute de huskies. Si les trois comparses sont fort occupés les premiers temps, une appréhension mêlée d’angoisse commence à s’emparer d’eux dans cet endroit si reculé du monde. L’atmosphère particulière du soleil de minuit et les légendes terrifiantes évoquées à mi-mots par les marins qui les ont conduits jusque là n’arrangent en rien la situation. D’ailleurs, Jack est certain d’avoir aperçu un homme pour le moins étrange rôder auprès du camp. Quelques temps après leur arrivée, Gus tombe malade et doit impérativement être conduit à l’hôpital. Algie est chargé de le raccompagner. Dès lors, Jack va devoir rester seul afin de mener la mission à bien.

Très vite, l’hiver gagne du terrain et les jours raccourcissent jusqu’à disparaître totalement pour laisser place à une nuit sans fin, oppressante. Jack tente tant bien que mal de conserver une routine mais rapidement, d’horribles visions viennent le hanter et l’angoisse le gagne. Il pourrait quitter le camp. Mais il ne veut pas trahir la confiance de son ami. Il se sent capable de rester, d’affronter la nuit, la neige et l’ombre étrange qui rôde. La question est de savoir jusqu’à quand ?

Voilà un roman qui mêle à merveille aventure et suspens. L’auteur parvient à transcrire à merveille l’atmosphère du Grand Nord – certains passages m’ont rappelé les romans de Jack London – tout en distillant un savant dosage de fantastique qui vient s’insinuer au fil des pages à mesure que la neige et la nuit s’épaississent, créant ainsi une ambiance plus qu’angoissante. Ce sentiment est renforcé par la technique narrative du journal de bord qui nous permet de suivre de l’intérieur les réflexions et les craintes du personnage principal qui se retrouve livré à lui-même dans un univers plus qu’hostile. On finit par assister à un huis-clos en solitaire et à ciel ouvert parfaitement terrorisant qui n’est pas sans me rappeler Shining de Stephen King. Folie ou fantôme ? Je vous le laisse découvrir par vous-même. Une très bonne lecture pour passer le temps en cas de tempête de neige !

Hôtel hanté

5 Août

Voilà un livre que je voulais lire depuis longtemps. Je suis tombée dessus en furetant dans les rayons de la médiathèque Jean Jaurès de Nevers.

Shining – L’enfant Lumière, Stephen King

Jack Torrance vient de se faire licencier de son poste d’enseignant après avoir frappé un élève. Afin de subvenir aux besoins de sa femme Wendy et de son fils Danny, il décide de postuler comme gardien de l’hôtel Overlook. Sa mission : maintenir le bâtiment isolé dans les montagnes du Colorado en état pendant sa fermeture hivernale. Jack compte bien profiter de cette isolement pour renouer avec sa femme – le couple est en crise depuis le jour où Jack, ivre, a cassé le bras de son fils – et terminer l’écriture d’une pièce de théâtre.

Toute la petite famille part donc s’installer dans l’hôtel. Mais dès les premiers temps, l’isolement est difficile à gérer. D’autant que Jack apprend que l’établissement a été le théâtre de nombreuses morts violentes. Bientôt, la folie le gagne. Dans le même temps, Danny, qui possède des dons de médium, a le sentiment qu’un horrible danger plane sur sa famille. Capable de voir dans le passé comme dans l’avenir, il est le témoin de scènes particulièrement horrifiques et a conscience qu’aucun membre de sa famille ne ressortira indemne de ce palace qui semble possédé et qui cherche à tout prix à en faire de nouveaux occupants pour l’éternité…

J’avais adoré l’excellente adaptation de Stanley Kubrick avec un Jack Nicholson fou furieux, terrifiant à souhait. Le roman de Stephen King est encore plus horrifique. On sent dès le départ que la famille court à la catastrophe avec un Jack Torrence violent, en sevrage alcoolique, et un Danny clairvoyant qui sait, grâce à de violents états de transe, que tous vont se jeter dans la gueule du loup, du monstre TROMAL qui veut les réduire à néant.

Le maître de l’épouvante maîtrise l’art du huis-clôt angoissant à la perfection : hôtel loin de tout, isolé dans la neige, terrain de meurtres plus violents les uns que les autres (dès le début, l’employeur de jack lui révèle qu’un précédent gardien, devenu fou, avait sauvagement massacré sa femme et ses deux filles avant de se donner la mort, et met en garde Jack). J’ai aussi apprécié l’ambiguïté des personnages plus présente que dans le film. A un moment, on ne sait plus réellement en qui faire confiance, ce qui augmente d’autant l’intensité dramatique. On sent également que King a mis beaucoup de lui, de ses propres névroses dans le personnage de Torrance (alcoolisme, problèmes de rapports au père, peur de la page blanche)… Bref, je n’ai vraiment pas été déçue et ai dévoré ce pavé de 570 pages en poche en trois jours à peine. Une fois commencé, on ne peut plus s’en défaire ! Pas pour les âmes sensibles par contre !

J’ai hâte de lire la suite des aventures de Danny dans Doctor Sleep, le dernier opus de King.