amour·nouveauté·psychologie·Roman

« L’émotion au bord des lèvres »

Bonjour à tous, j’espère que vous prenez le temps de lire pendant ce confinement. Aujourd’hui, je vous présente un roman qui parle d’amour et de haut potentiel. Ce livre est paru chez AlterPublishing.

La surprise du surdoué, Pascal-Henri Poiget

51ustf7fwul._sx326_bo1204203200_Le narrateur, la cinquantaine, tombe amoureux très souvent, éperdument. Pour un soir, une semaine, plusieurs mois ou années, l’intensité est la même jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien et qu’il passe à la conquête suivante. Pourtant, notre homme n’a rien d’un don Juan. Depuis son enfance, il agit de la sorte avec tout ce qui l’intéresse. Il se lance à corps perdu dans un centre d’intérêt – piano, escrime… – puis une fois le but fixé atteint, il passe à autre chose. Sans regret. Il en va donc de même avec ses compagnes avec lesquelles il conserve souvent de bons rapports une fois l’idylle terminée. Une histoire en particulier le marquera, celle qu’il entretiendra avec une chanteuse d’opéra dont il pense qu’elle est comme lui, surdouée. Parce qu’elle est là la grande particularité de ce protagoniste touche-à-tout, il est ce que l’on appelle un adulte à haut potentiel. Cela ne veut pas dire qu’il est meilleur que le commun des mortel, simplement différent, en décalage constant, à la fois trop rationnel et trop sensible. Alors quand deux êtres un peu trop en tout se rencontrent, le cocktail peut être explosif…

« […] mon cerveau fonctionne en permanence. Toujours. Tout le temps. Vite, très vite. Trop vite. J’ai longtemps voulu arrêter, ralentir, modérer cette machine infernale, ce maelstrom incessant. Ces pensées en ébullition, qui se cognent et s’entrecognent. Mais j’y ai renoncé. […] Comme si cela ne suffisait pas, non seulement le cerveau turbine à trois cents à l’heure, mais le plus difficile à gérer est l’hypersensibilité, cette émotion au bord des lèvres. Qui vous fait éclater en sanglots. Qui vous anéantit au quart de tour. Qui vous amène à tout faire basculer en une demi seconde. […] Trop forte, trop vive, trop envahissante. Trop, trop, trop. »

J’ai choisi de retranscrire ce passage parce que je trouve qu’il résume à la fois toute la question de la douance ainsi que celle des rapports amoureux du protagoniste. Tout va trop vite dans sa tête, et ses émotions sont trop intenses. Pas facile à vivre. Pour quiconque observerait la chose de l’extérieure, il se dirait que le narrateur est inconstant, incapable de se fixer voire dénoué de sentiment. Mais il n’en est rien. Il tombe réellement amoureux à chaque fois, avec fulgurance. Et ses sentiments peuvent s’interrompre avec la même fulgurance. Si ce roman ne m’a pas convaincu dans tous ses aspects – les chansons et poèmes m’ont semblé de trop (mais vous l’aurez compris, cela fait partie du personnage) -, je l’ai néanmoins apprécié car de nombreux éléments ont résonné en moi, notamment le fameux passage ci-dessus. On aurait pu craindre un texte lourd, trop sérieux mais il n’en est rien. Ce roman est léger au bon sens du terme. Il invite à profiter de la vie à fond, à saisir l’instant. Et il permet aussi d’expliquer de manière claire les mécanismes de pensée des personnes à haut potentiel.

Fantastique·Héroic Fantasy·Littérature jeunesse·Roman·roman de formation

L’autre-monde

Je me remets à mes lectures pour le comité du collège sinon je vais me faire taper sur les doigts à la rentrée !

La Quête d’Ewilan – D’un monde à l’autre – tome 1, Pierre Bottero

Camille est une adolescente extraordinaire ! Pas seulement parce qu’elle possède de magnifiques yeux violets, ni même parce qu’elle est capable de résoudre n’importe quel problème mathématique en moins de temps qu’il n’en faut pour l’énoncer, non, Camille détient le pouvoir de dessiner mentalement une scène et de la voir se réaliser sous ses yeux mais aussi et surtout celui de passer de notre monde à l’Autre Monde.

Mais Camille – alias Ewilan -, n’a pas toujours eu conscience de ses pouvoirs. Elle vient même seulement de les découvrir à sa plus grande surprise. D’ailleurs, ces dons apparaissent de manière plutôt aléatoire, à son insu presque, mais toujours au bon moment, quand un camion est sur le point de l’écraser ou des monstres sortis tout droit de l’Autre Monde sur le point de la dévorer. Un jour, sans le vouloir, elle bascule de l’autre côté, entraînant avec elle son meilleur ami, Salim. Dans cet univers parallèle qui ressemble au Moyen âge, Camille va se voir révéler sa véritable identité. Elle est en réalité une dessinatrice hos-pair, fille d’Elicia et Altan Gil’ Sayan qui ont disparu en tentant de déjouer le complot des monstrueux Ts’liche contre l’Empire de Gwendalavir. Elle va aussi apprendre qu’elle a un frère nommé Akiro, que lui aussi a été envoyé dans le monde réel et adopté par une autre famille. Pour tenter de sauver l’Empire, délivrer le peuple et sauver ses vrais parents, elle doit absolument le retrouver et le convaincre de venir l’aider. Une mission qui s’annonce bien difficile…

Voilà le premier tome d’une saga jeunesse bien prometteur. Pierre Bottero dresse un décor peaufiné, très inspiré de l’univers de l’heroic fantasy. Les personnages sont eux aussi bien dessinés. Les deux protagonistes sont chacun à leur manière totalement délaissés par leurs parents et livrés à eux-mêmes – Camille a été adoptée par les horribles Duciel, couple d’infects bourgeois uniquement intéressés par les apparences, qui non seulement ne semble lui prêter aucune attention mais la détestent ; Salim, lui, appartient à une famille populaire si nombreuse que sa mère ne remarque jamais sa présence ou son absence. Le thème de la précocité intellectuelle est lui aussi très bien abordé car on voit à quel point la jeune fille préfère ne pas trop afficher sa surdouance afin de ne pas être exclue par le groupe (que ce soit les élèves ou les professeurs). Si elle semble en souffrir au départ, elle apprend vite à se servir à bon escient de son intelligence remarquable. Le lecteur est d’emblée plongé dans l’univers fantastique et le passage d’un monde à l’autre ce qui peut être un peu déstabilisant je pense pour de jeunes lecteurs fragiles. Mais au bout de quelques pages, tout s’éclaire et l’on est véritablement happé par l’intrigue qui présente de nombreux rebondissements. Ce premier tome se clôt d’ailleurs en laissant entrevoir un suite non dénuée d’embûches. Je recommande donc ce livre aux amateurs du genre : vous passerez un très bon moment !