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Les jours d’après

7 Sep

Pas de nouveauté aujourd’hui mais un livre qui m’a été offert par une amie très chère il y a un peu plus de trois ans. Pourquoi ne pas l’avoir lu plus tôt me demanderez-vous ? Parce que le sujet m’était encore trop douloureux à l’époque. Ceux qui me connaissent comprendront. Chronique un peu spéciale aujourd’hui. Chronique pour se souvenir.

Camille, mon envolée, Sophie Daull

MLS_2009CAMILLE.JPG_c.livolantLe résumé ne sera que trop rapide et simple : Sophie Daull, la maman de Camille, raconte la mort de sa fille, emportée la veille de Noël après quatre jours d’une fièvre venue de nulle part. Quelques semaines après, cette mère prend la plume pour faire le récit de ces quatre journées cauchemardesques puis des jours qui ont suivi jusqu’aux obsèques, entrecoupé de pensées quelques semaines, mois plus tard, au moment de l’écriture.

« Depuis mon cœur crevé je vais faire ça, raconter ta mort, ta maladie, ton agonie. Du jeudi 19 au lundi 23 décembre; quatre jours, trois p’tits tours et puis s’en vont. Je vais raconter dans le détail ta lutte, ton combat, ta blitzkrieg, parce que, putain, qu’est-ce que tu as été forte dans cette traversée de la fièvre et de la douleur. »

Ce livre m’a bouleversée. Profondément. De par son thème forcément, mais je ne m’attarderai pas dessus davantage, tout est dit plus haut. Mais surtout de par la puissance de l’écriture. La force de vie de cette mère – comédienne de son état – qui transcende la douleur par les mots, qui fait vivre sa petite Camille de la plus belle des façon qui soit. Son texte n’est jamais larmoyant malgré la détresse immense de la perte de son unique enfant. Des touches d’humour font leur apparition, ça et là, distillées avec finesse, « politesse du désespoir ». Avec ses mots, Sophie Daull construit un magnifique palais des souvenirs dans lequel elle peut retrouver son enfant et survivre à la cruauté de la réalité d’un monde sans elle. Alors, si un jour vous lisez cette chronique Madame Daull, je voudrais vous dire merci pour vos mots, pour la vie et la force qu’ils insufflent.

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Sans voix

25 Août

La rentrée littéraire 2019 s’annonce excellente. Je ne cache en tout cas pas mon plaisir de vous faire découvrir ce jeune et talentueux auteur mexicain. Parution de ce roman aux éditions Les Escales ce 29 août.

Les Mutations, Jorge Comensal

cvt_les-mutations_8163Ramón, cinquante ans, est un avocat reconnu et respecté. Un jour, alors qu’il fête la victoire d’un procès avec un client, il est pris d’une violente douleur à la bouche et ne peut quasiment plus parler. Bientôt, il apprend qu’il souffre d’une forme rare de cancer. La seule solution qui s’offre à lui est l’amputation de la langue. Plus qu’un attribut essentiel à la communication, Ramón va perdre son outil de travail et, avec lui, une partie de sa virilité. Afin qu’il ne sombre pas totalement dans la dépression, sa femme le convainc de prendre rendez-vous avec Teresa, une psychanalyste spécialisée dans les patients atteints de cancers et grande amatrice de cannabis thérapeutique. Sa femme de ménage, quant à elle, lui offre un perroquet pour lui tenir compagnie. L’ex-avocat se lie très vite à cet animal peu banal qui hurle des grossièretés à longueur de temps. Pendant ce temps, Aldama, le médecin en charge du cas de Ramón, est persuadé d’atteindre une renommée internationale s’il parvient à mener à bien ses recherches quant à ce cancer atypique.

J’ai pris énormément de plaisir à lire ce roman qui mêle savamment comédie et tragédie. En tant que grande amatrice d’humour noir, je ne pas été déçue, notamment par les interventions de Ramón, qui ne peu plus s’exprimer autrement par écrit ou en pensées. Pensées qui, n’étant plus passées au filtre du langage, deviennent de plus en plus tranchantes. J’ai apprécié l’effet révélateur de cette tumeur, de cette cellule infiniment petit qui va chambouler non seulement la vie du protagoniste mais aussi celle de son entourage et de ses soignants. Une fois sa capacité langagière perdue, le masque du langage disparu, Ramón va se trouver complètement bouleversé et se rapprocher comme jamais de celui qu’il est véritablement. L’écriture rythmée, vivante et moderne nous éloigne totalement du pathos. Aucune froideur non plus, les personnages sont attachants et drôles même dans la douleur. L’auteur parvient donc avec ce qui semble être une facilité déconcertante à traiter d’un sujet grave avec un humour décapant. J’adore le coup du perroquet grossier qui résume bien souvent ce que pense notre protagoniste. Alors oui, il faut aimer le côté cynique. Mais pour ma part j’adore ça ! Certains diront sans doute que rire du cancer n’est pas approprié, que ce n’est pas respecter ceux qui en souffrent et en meurent. Ce n’est pas le cas. En accompagnant notre avocat dans sa maladie, l’auteur nous offre surtout une réflexion sur la vie et l’importance d’en profiter sans se la gâcher par un quotidien souvent absurde. Coup de cœur de la rentrée !

Toutes les femmes de sa vie

7 Juin

C’est d’un premier roman paru il y a deux mois aux éditions de La Martinière dont je vais vous parler aujourd’hui.

Dis, quand reviendras-tu ? Madeleine de Place

142002_couverture_hres_0En 1965, Louise, une très jeune adolescente, est emmenée de force au couvent par sa mère. Une fille-mère ferait tache dans la famille et le secret devra être bien gardé. Alors que Louise imagine déjà sa vie avec son bébé, elle ne réalise pas que sa mère en a décidé autrement. Ainsi, quelques jours après la naissance, la toute jeune maman se voit séparée de son enfant.

Esther et son mari – qui l’a quittée sans plus jamais donner de nouvelles -, les parents adoptifs de Gabriel, ont toujours gardé le secret quant à sa naissance. Mais à dix-huit, le jeune homme vient de percer un des mystères de sa véritable origine. Il s’enfuit de chez lui, laissant sa mère désespérée. Quelques années plus tard, il se mariera avec Laurence, une amie d’enfance avec laquelle il aura deux filles. Cependant, l’homme n’arrive pas à s’attacher vraiment Il est incapable d’aimer vraiment et de recevoir de l’amour. Il ne fait confiance à personne. Son union avec Laurence est un échec. Il dépérit jusqu’au jour où il rencontre la pimpante Margaux lors d’un entretien professionnel.

Autant vous le dire tout de suite : j’ai adoré ce livre et j’ai été scotchée par le travail narratif de Madeleine de Place, surtout pour un premier roman. Chaque chapitre correspond à la vision qu’un personnage féminin se fait du protagoniste masculin qui, lui, n’aura jamais la parole ! C’est grâce à ces femmes que nous allons essayer de percer le mystère et de rassembler toutes les pièces du puzzle de la vie de Gabriel. Mère biologique, infirmière, mère adoptive, grand-mère, femme, amante, demi-sœur, fille… Toutes ces voix viennent viennent dévoiler une facette de l’existence de l’homme, tel un kaléidoscope. L’écriture est vraiment maîtrisée, chaque caractère parfaitement dessiné – mention spéciale pour Mamita, la grand-mère si adorablement détestable. Le roman est vivant et l’intrigue si bien ficelée que l’on n’a pas envie de quitter les personnages avant d’avoir obtenu toutes les réponses, comme dans un bon polar. De petites touches d’humour parsèment cette histoire qui dans le fond est assez tragique mais qui, finalement, donne envie de croquer l’existence à pleines dents ! Un vrai coup de cœur !

 

Au-delà des murs

17 Fév

Une fois n’est pas coutume, je viens vous parler de mon tout premier roman : Cris invisibles.

Pas évident de parler de son propre roman. Impossible d’être objectif. Et trop modeste et réaliste pour vous dire que c’est un excellent roman. Alors je vais faire simple et retranscrire la quatrième de couverture que j’ai rédigé.

Cris invisibles – Autiste et hyperactive, l’histoire de deux enfants hors du commun, Laurine Mondon

cris-invisibles-autiste-et-hyperactive-lhistoire-de-deux-enfants-hors-du-communAlors qu’il devrait s’amuser avec les enfants de son âge, Pierre préfère observer les papillons et rester seul. Sa mère aimerait le voir rire comme les autres mais c’est impossible. Le jeune garçon présente des troubles autistiques et ne peut pas communiquer.

Mathilde, jeune institutrice accablée par des névroses qui l’empêchent de trouver le sommeil, ne sait plus comment gérer Annabelle, une des ses élèves. L’enfant, véritable tornade, est tourmentée au point de rendre sa vie et celle de ses proches infernale.

Trois existences enfermées derrière des murs de silence, d’angoisse et de non-dits, trois destins qui vont se croiser… Parviendront-ils à casser les barreaux de leur propre prison et à vivre enfin pleinement ? Leur sensibilité exacerbée et leurs différences pourront-elles les aider à s’épanouir ?

Dans ce premier roman, j’ai choisi d’aborder des thèmes qui me sont chers. L’autisme – qui reste encore méconnu du grand public et peu traité dans la littérature -, mais encore les rapports mère-enfant et les problèmes de communication au sein de la structure familiale. Pour cela, j’ai décidé de croiser trois destins : celui de Pierre, enfant autiste, d’Annabelle, enfant hyperactive et de Mathilde, institutrice névrosée. J’ai aussi focalisé mon attention sur les mères des deux enfants en insistant sur leur force de caractère.

La chronologie n’est pas linéaire, surtout au départ, les analepses permettant d’éclairer la situation présente des personnages.

Si le roman peut apparaître comme sombre au début, la fin est volontairement lumineuse, afin de montrer au lecteur que si l’on parvient à briser les murs de sa propre prison, une vie meilleure est possible.

En espérant que ce premier roman saura vous séduire… Il est en prévente sur le site des Editions Kawa à ce lien. il sera très prochainement disponible sur Amazon puis dans toutes les librairies sur commande. N’hésitez pas à me laisser des messages pour de plus amples informations.

Légende Personnelle

15 Juil

Je me rattrape pour ce roman qui j’aurais dû lire il y a bien longtemps. Mais sans doute est-ce un signe que je le découvre justement maintenant.

L’Alchimiste, Paulo Coelho

51kyryol2bil-_sx307_bo1204203200_Un jeune berger andalou fait, à deux reprises, le rêve de trouver un trésor près des pyramides d’Egypte. Dès lors, il va rencontrer des personnages qui vont le guider afin qu’il réussisse à accomplir sa Légende personnelle. La route sera longue, jonchée d’épreuves (voleurs, traversée du désert, guerre…), et nombreuses seront les envies, pour le jeune homme, de renoncer à son rêve pour mener une vie plus facile. Mais grâce au roi de Salem puis à l’Alchimiste, notre berger poursuivra sa quête, le chemin qu’a dessiné pour lui l’Univers. Et seule la découverte de son trésor pourra faire de lui un homme complet.

Impossible de décrire la puissance philosophique de ce livre de Coelho qui parle un langage universel. Je comprends maintenant pour quoi il a connu un tel succès planétaire. Il nous fait non seulement rêver mais surtout réfléchir à notre propre existence. A ce qui doit compter plus que tout. Nous réaliser. Quelles que puissent en être les conséquences dans un premier temps. Si l’on désire quelque chose plus que tout, on trouvera au fond de nous les ressources pour accomplir notre rêve : « Lorsque tu veux vraiment une chose, tout l’Univers conspire à te permettre de réaliser ton désir, avait dit le vieux roi ». Coelho nous donne ici une véritable leçon de vie par le biais du voyage initiatique du jeune berger. Réaliser ses rêves, avoir toujours son objectif en tête et essayer de ne pas s’en laisser détourner par les aléas de la vie. Autre point important, savoir repérer et s’appuyer sur des personnes de confiance. Car certaines rencontres peuvent réellement changer nos vie (cf : l’excellent Et il me parla de cerisiers, de poussières et d’une montagne d’Antoine Paje). Vous l’aurez compris, un immense coup de cœur, un livre à avoir absolument dans sa bibliothèque et à lire et à relire tout au long de son existence.

La femme à la moto

10 Juin

Je ne sais plus quels mots employer pour remercier la charmante petite fée qui me couvre de livres…

Le jour où Anita envoya tout balader, Katarina Bivald

product_9782207130476_195x320Anita, 38 ans, mère célibataire, employée dans le supermarché local, voit sa vie s’effondrer le jour où sa fille Emma quitte le foyer pour partir faire ses études à l’université. Effectivement, elle vient de passer les 19 dernières années de sa vie à tout mettre en oeuvre pour l’élever au mieux et là, elle se rend compte du jour au lendemain que sans sa fille, il ne lui reste rien. Dans un premier temps, après avoir compté les jours jusqu’au retour d’Emma et nettoyé de fond en comble son appartement, elle ne sait vraiment pas comment occuper son temps libre. Heureusement, sa meilleure amie Pia et Nesrin, une collègue de l’âge de sa fille, vont l’aider à trouver des idées pour ne plus s’ennuyer. Forcément, elles ne sont pas vraiment au goût d’Anita mais elles ont au moins le mérite de réveiller un vieux rêve d’adolescence : apprendre à faire de la moto. Le jour où Anita se décide à pousser la porte de la moto-école, sa vie va radicalement changer. Encore plus quand elle va rencontrer son moniteur, Lukas aussi séduisant que mystérieux. A côté de ses cours de moto, Anita va se voir confier bien malgré elle l’organisation de la Journée de la Ville, une fête désuète qui n’intéresse personne. Bref, à l’approche de la quarantaine, la célibataire ne va bientôt plus disposer d’un moment à elle. Mais est-elle bien prête à tous ces bouleversements ?

J’ai littéralement dévoré ce roman enjoué qui m’a donné le sourire d’un bout à l’autre. Je n’avais entendu que du bien à propos du premier roman de Bivald La bibliothèque des cœurs cabossés (présent dans ma PAL grâce à ma petite fée, qui fera donc partie de mes lectures estivales), je ne suis absolument pas déçue par celui-ci qui m’a fait passer un doux moment de bonheur littéraire. Si l’ensemble se veut plutôt léger et badin, des questions profondes sont abordées : est-il possible de changer de vie du jour au lendemain ? notre chemin est-il tout tracé ? avons-nous le droit de mettre de la folie dans notre vie quitte à y laisser quelques plumes ? n’est-il pas préférable de rester dans son train-train quotidien par facilité au risque de ne jamais connaître véritablement le bonheur ? Au trois premières questions, ce roman répond par un grand oui contre un énorme non à la dernière. Cette jeune mère saura vous prouver qu’on peut toujours choisir de changer notre vie, à n’importe quel âge, quelque soit les risques à prendre. Parce que le plus gros des riques n’est-il pas de passer le restant de ses jours à s’ennuyer par confort ? Un livre qui me parle forcément particulièrement en ce moment pour ceux qui me connaissent. Je vous conseille donc fortement ce livre qui éclaircira votre été. Tous les personnages principaux comme secondaires sont parfaitement dépeints, les dialogues s’enchaînent avec justesse et humour de sorte qu’on ne voit absolument pas le temps passé. Coup de cœur !

Le monde du silence

18 Oct

J’ai choisi ce livre dans les rayons de la bibliothèque, attirée par le titre et la couverture.

Deux fois par semaines, Christine Orban

La narratrice, une jeune femme de 20 ans, étudiante, fraîchement mariée, est envoyée chez un psychiatre après une visite chez sa gynécologue. Son problème : une aménorrhée que les médicaments ne parviennent pas à résoudre. La médecin conseille donc à sa patiente d’aller faire une analyse chez un illustre psychiatre -psychanalyste afin de tenter de déterminer les causes de cette incapacité à devenir une femme.

Lorsque l’étudiante franchit la porte du cabinet du thérapeute, elle sait par avance qu’elle ne pourra pas facilement lui parler. Non seulement parce qu’elle est intimidée par le lieu et l’homme, mais parce qu’exprimer ce qu’elle ressent est beaucoup trop difficile. Tout simplement parce qu’elle ne ressent plus rien depuis des années, parce que les émotions ont déserté sa vie, ou plutôt sa non-vie, voilà bien longtemps. Mais la jeune femme accepte, deux fois par semaine, de se rendre chez le médecin, pour tenter de guérir par la parole tout en étant persuadée que ça ne marchera pas, puisque, de toute façon, elle reste inexorablement muette ou presque pendant les trois quarts d’heure qui lui sont impartis.

Christine Orban dissèque avec une précision déconcertante les pensées de sa narratrice qui voudrait parler, dire son malaise mais reste engluée dans un silence dévastateur. Pour autant, le roman n’est aucunement ennuyant. Bien que les descriptions du cabinet du psy soient légions, l’auteure s’attache aux réflexions internes de son personnage, afin de nous permettre de saisir pourquoi la parole a tant de mal à s’échapper d’elle, afin de nous montrer à quel point elle reste prisonnière de ce silence qui lui fait si mal, tout comme des apparences derrière lesquelles elle se cache pour tenter de vivre. Réflexions aussi de la jeune femme, qui préfère imaginer les pensées de l’analyste derrière son dos afin de ne pas se pencher sur sa véritable problématique, qui tente de comprendre ce qu’il souhaiterait entendre, comme la bonne élève qu’elle est le fait avec ses professeurs, plutôt que de révéler les tréfonds de ses pensées et progresser dans son travail de connaissance d’elle-même.
Si les séances de psychanalyse sont décrites de manière très réaliste, les non-initiés ne devront pas prendre peur en découvrant à quel point le psy est aussi muet que sa patiente. Les « Hum » qui ponctuent les silences pourraient d’ailleurs presque paraître caricaturaux. Bien sûr, certains analystes fonctionnent de la sorte. Mais il n’en va pas de même pour tous, cela dépend des écoles. Quoiqu’il en soit, le but est le même : faire parler le patient et l’amener à réfléchir et faire le travail par lui-même, accompagné dans ce long chemin par un tiers.
Vous l’aurez compris, j’ai véritablement passé un bon moment de lecture. Sans doute parce que j’ai reconnu beaucoup de moi dans le personnage principal.
Un petit extrait :
« Puis, à supposer que je parvienne à vous donner le matériau pour m’analyser et que vous me sortiez de la camisole dans laquelle je me suis enfermée, ce serait pour vivre quoi ?
Qu’est-ce que vous me proposez, docteur ? […] Dites-moi s’il ne vaut mieux pas rester dans ma semi-vie ou plutôt semi-mort que de guérir pour vivre une insoutenable histoire ?
C’est peut-être la raison pour laquelle je ne vous parle pas.
C’est peut-être la raison pour laquelle vous n’insistez pas. »

Eros/Thanatos

14 Fév

Un auteur que je voulais découvrir depuis un moment. Ce n’est pas son oeuvre la plus connue, mais comme le bouquin était dans la pile de la salle des profs, voilà qui permet de me faire une idée.

La bête qui meurt, Philip Roth

David Kepesh enseigne la littérature en fac et est critique littéraire à la radio. A 62 ans, il profite toujours de son aura pour séduire ses jeunes étudiantes dès que le semestre est bouclé. Un jour, il tombe réellement amoureux d’une magnifique cubaine, Consuela, 24 ans. Cette dernière, émerveillée par la culture de son mentor, se laisse séduire. Mais très vite, David qui a toujours vécu très librement va se rendre compte qu’il devient de plus en plus dépendant – sexuellement notamment – à sa jeune protégée.

Voilà un très bon roman, qui livre une réflexion très riche sur le rapport à l’autre mais surtout sur la condition humaine et notamment la question de la mort. On suit la réflexion du narrateur qui s’interroge sur sa dépendance de plus en plus importante à Consuela, grandissant avec son avancée en âge et la dégradation de son corps.

Si certaines scènes de par leur précision pourraient facilement paraître pornographiques, elles ne le sont jamais tant l’écriture est maîtrisée et le rapport au corps sans cesse ramené à une réflexion plus globale sur la société et la vie. Un roman qui réussit à traiter de la mort tout en jouant un hymne à la vie.

Un petit extrait pour vous donner envie (le narrateur parle de ses étudiantes et révèle son caractère) :

« Depuis quinze ans, j’ai pour règle d’or de ne plus entretenir aucun rapport extra-universitaire avec elles tant qu’elles n’ont pas passé leur dernier examen et reçu leurs notes, et que j’ai encore un rôle de tuteur. Malgré la tentation, et bien qu’elles m’encouragent parfois sans équivoque à flirter avec elles et à amorcer des travaux d’approche, je n’enfreins plus cette règle depuis le jour où, au milieu des années quatre-vingt, j’ai trouvé affiché sur la porte de mon bureau le numéro de téléphone de la permanence contre le harcèlement sexuel. Je n’entre pas prématurément en contact avec elles, pour ne pas m’exposer à la censure de certains collègues qui ne se priveraient pas de gâcher mon plaisir de vivre s’ils le pouvaient. 

Pendant le semestre où j’enseigne, je m’interdis toute liaison avec elles. Mais j’ai un truc. C’est un truc honnête, ouvert, cartes sur table, mais un truc tout de même. Après l’examen de fin d’année, une fois les notes rendues, je donne une soirée chez moi pour mes étudiants. »