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Un psy dans la tourmente

19 Mai

Aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous présenter une nouveauté polar parue au Seuil.

Les Sœurs ennemies, Jonathan Kellerman

131528_couverture_hres_0Alex Delaware, psychologue expert auprès des tribunaux, est en bien mauvaise posture. Une de ses clientes, Constance Sykes, qu’il est chargé d’évaluer dans un procès qui l’oppose à sa sœur, le menace de le tuer…

Il faut dire que dès le départ, l’affaire Sykes contre Sykes était mal partie. La cadette, Chery, hippie au grand coeur mais sans le sou, avait laissé son bébé à son aînée, Constance, médecin spécialiste plus qu’antipathique, afin de partir en tournée avec un groupe. L’absence qui ne devait pas durer plus de quelques jours s’est prolongée trois longs mois pendant lesquels Constance, en mal d’enfant, s’est attachée à la petite Rambla. Lorsque Chery vient récupérer sa fille, c’est la crise. Constance engage un procès à son encontre, cherchant à la destituer des ses droits maternels en soutenant qu’elle mène une vie dissolue et qu’elle est incapable de s’occuper de son enfant. Le docteur Delaware est appelé en tant qu’expert pour juger de la situation. Son avis penche en faveur de Chery, la mère biologique, ce qui engendre un profond sentiment de colère de la part de Constance qui jure de se venger. Jusqu’à ce que cette dernière soit retrouvée assassinée dans sa villa. La première sur la liste des suspects est bien entendu Chery. Le lieutenant Milo Sturgis, ami d’Alex Delaware, est chargé de l’enquête et est persuadé de la culpabilité de la jeune sœur. Mais le psychologue est certain que les apparences sont trompeuses. Qui des deux a raison ? Je vous laisse le découvrir…

C’est la première fois que je lis une enquête de Delaware et Sturgis. J’avais lu assez récemment Que la bête s’échappe que Jonathan Kellerman avait coécrit avec son fils Jess mais ne connaissais pas sa série de thrillers psychologiques (plus de trente livres !). Ce roman est donc pour moi une découverte et je dois bien avouer qu’elle est très bonne puisque j’ai très envie de découvrir les précédents ouvrages. On sent, dans la plume de Kellerman, toute la précision du psychologue dans la construction de chacun des personnages. Chaque profil est parfaitement soigné, nuancé. Le lecteur qui ne connait pas le couple d’enquêteur n’est pas perdu car l’auteur maîtrise à merveille l’art de la description en action ce qui permet de cerner la personnalité de chaque personnage principal très rapidement, sans lourdeur. Malgré des sujets abordés qui peuvent paraître un peu pesant, le ton reste léger, teinté d’humour, ce qui est fort appréciable.  Les rebondissements et les fausses-pistes sont multiples ce qui ne laisse pas une seconde d’ennui au lecteur. Je recommande ce thriller psychologique qui a été pour moi un très bon moment de lecture. Coup de cœur !

Secrets islandais

6 Avr

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Herjolfur est en train d’enquêter par une nuit sombre dans une petite ville tranquille de l’extrême nord de l’Islande lorsqu’on lui tire dessus. Son collègue, Ari Thor, arrivé à Siglufjördur avec sa femme il y a 5 ans, va se voir confier l’affaire. Grippé, le jeune policier sait que lui-même aurait pu être la cible car Herjolfur le remplaçait pendant son congé maladie.

Ari Thor va bien vite s’apercevoir que ce petit port de pêche où tout le monde se connaît recèle son lot de secrets… Qui a bien pu tirer à bout portant sur son supérieur ? C’est à cette question que devra répondre l’enquêteur dont l’une des pistes le mènera jusque dans un hôpital psychiatrique aux pratiques douteuses de Reykjavik…

Si, comme moi, vous êtes amateurs de polars, vous ne serez pas déçus par Mörk. Ce roman m’a tenue en haleine du début à la fin grâce à des chapitres courts qui mettent en avant les différents protagonistes de l’intrigue. Chaque personnage fait l’objet d’un travail méticuleux du point de vue de la psychologie ce qui permet de nouer très profondément l’intrigue. Une véritable toile d’araignée semble se tisser rendant le jeu de piste quasiment inextricable. Ce n’est que dans les toutes dernières pages que le lecteur verra les liens se desserrer. Une écriture fluide, qui se fait poétique dans les description des paysages islandais, vient servir avec brio ce très bon polar.

Merci à l’agence Anne et Arnaud et aux Editions de La Martinière pour cette belle découverte.

Mort sur le Nil

26 Fév

Merci aux Editions du Seuil pour leur confiance renouvelée.

Les ombres du désert, Parker Bilal

123808_couverture_hres_0Makana, détective privé, est embauché pour filer Maître Ragab, un avocat reconnu, soupçonné d’adultère par sa femme. En réalité, loin de se rendre auprès d’une maîtresse, l’homme se presse au chevet d’une jeune femme, Karima, brûlée vive. Cette dernière finit par succomber à ses horribles blessures et l’avocat demande au privé qu’il a démasqué de faire la lumière sur ce qu’il pense être un meurtre alors que la police conclut à un accident. Pour Ragab, le père de la victime, un djihadiste en cavale, est sans doute responsable de ce crime atroce. Quelques mois après le choc du 11 septembre, alors que les Israëliens assiègent Ramallah, notre privé se rend à Siwa, oasis à la frontière libyenne, afin de se renseigner sur la famille de Karima. Mais alors qu’il se confronte à des autorités locales peu désireuses de collaborer, deux cadavres sont retrouvés et Makana se voit bientôt accusé de ces deux meurtres barbares…

Pour ne rien vous cacher, j’ai eu du mal à me plonger dans ce roman. L’enquête met un peu de temps pour démarrer à mon goût. Est-ce dû au fait que ce roman soit le troisième d’une série ? Je ne pense pas. D’ailleurs, l’intrigue finit par se mettre en place et une fois installée, on oublie vite les petites lenteurs initiales. Le lecteur est transporté dans le désert égyptien et l’atmosphère de tension politique est très bien rendue par l’auteur. Mais ce que j’ai le plus aimé dans ce roman, c’est l’apparition d’un personnage féminin fort, Zahra, membre d’une association pour la protection des droits des égyptiennes. Une voix importante qui permet d’évoquer la condition des femmes dans des pays islamiques. Et rien que pour cela, ce roman vaut vraiment le détour.

Mains de maîtres

13 Jan

Voilà un polar qui pourrait bien intéresser ceux qui ne sont pas adeptes du genre…

Duel de faussaires, Bradford Morrow

256 pages, SEUIL policiers

124299_couverture_hres_0Adam Diehl, collectionneur de livres rares, a été retrouvé chez lui, mutilé. L’agresseur lui a coupé ses mains – qui ne seront pas retrouvées – et cette blessure le conduira bientôt à la mort. Sur la scène de crime, de nombreux volumes précieux sont éparpillés sur le seul, déchirés pour la plupart.

Le narrateur, faussaire repenti, est le beau-frère de la victime. Les deux hommes n’entretenaient pas une relation très chaleureuse. Après s’être fait prendre pour confection de faux, notre homme a exécuté sa peine et coule des jours heureux avec sa femme. Bien sûr, le meurtre vient entacher ce bonheur, mais les tourtereaux sont bien décidés à vivre tranquillement et décident de quitter leurs activités aux Etats-Unis pour reconstruire leur vie en Irlande, pays d’origine de la jeune femme.

Malheureusement, le passé refait surface. Notre narrateur reçoit des lettres de menaces signées tantôt Henry James, tantôt Conan Doyle. Des faux parfaitement réalisés par un maître-chanteur coriace. S’agit-il du tueur ? Que cherche-t-il exactement à obtenir ? Comment le démasquer sans révéler des secrets qui viendraient assurément mettre en péril l’équilibre de son couple ? Un duel palpitant va se jouer entre les deux faussaires bien décidés l’un et l’autre à en découdre.

Avis aux amateurs d’actions, de courses-poursuites, de meurtres en série, ce roman ne vous est pas destiné ! Ce qui ne signifie en aucun cas qu’il n’est pas intéressant. Au contraire ! Morrow livre ici un polar érudit, extrêmement bien documenté, se déroulant dans le cercle très fermé des bibliophiles. Dès le départ, un charme suranné émane de l’écriture subtile de l’auteur et du côté très snob de son narrateur. On se croirait dans un épisode d’Agatha Christie ou dans une partie de Cluedo. Chacune des actions et pensées du narrateur sont détaillée avec une extrême finesse ce qui entraîne forcément une certaine lenteur du rythme qui colle parfaitement à l’univers un peu hors du temps de la bibliophilie. Au fil du roman, nous découvrons un narrateur très complexe auquel nous finissons à nous attacher malgré son snobisme. Bientôt, une légère paranoïa vient souffler sur le roman par le biais d’un personnage rayonnant par son absence : le maître-chanteur. Si j’ai eu un peu de mal à m’adapter au rythme particulier de ce roman, j’ai fini par ne plus pouvoir le lâcher des mains tant j’ai été happée par l’intrigue et le style de l’auteur. Il ne faut pas prendre peur devant les phrases longues et parfois alambiquées qui viennent enrichir le caractère érudit de notre narrateur-personnage. Amis des livres et de belle calligraphie, laissez-vous envoûter par ce roman. Disponible à partir de 17 janvier. Merci aux éditions Le Seuil pour cette avant-première.

La cité des mensonges

18 Déc

Le Japon. Ce pays qui me fait tant rêver ! Pourtant, ce n’est ni un nouveau Murakami que je vous propose aujourd’hui ni même un autre auteur nippon mais le roman d’une française qui a vécu 10 ans au pays du soleil levant.

Kabukicho, Dominique Sylvain

b9dc839a8b7e576590ec5b003a021fcaKabukicho, c’est le nom du quartier le plus sulfureux de Tokyo. Aucun intérêt de s’y rendre en journée car c’est la nuit que Kabuchiko s’éveille, illuminée par les néons des bars et love hôtels où les hôtesses et les hôtes se succèdent auprès de clients en quête d’estime. C’est dans ce royaume de l’alcool, de la drogue, du sexe et de l’argent facile gagné à coups de conversations creuses et de compliments tarifés que l’on fait la connaissance de Marie, une jeune française, qui voit fondre ses économies à vue d’œil. Un soir, dans un pub pour expatriés, elle rencontre Kate, une anglaise, réputée pour être l’hôtesse la plus populaire du club Gaïa – un établissement « à l’ancienne », où coucher avec les clients n’est pas obligatoire. Kate propose à Marie de venir travailler avec elle afin de se remplir les poches rapidement. Les deux jeunes femmes qui se lient d’amitié décident de devenir colocataires pour partager les frais de logement.

Un soir, alors que Marie se rend au club pour travailler, la patronne s’étonne de ne pas voir Kate. La française se montre inquiète également. Le lendemain, le père de Kate reçoit une photo de sa fille, allongée, les yeux clos, accompagnée d’un sinistre message : « Elle dort ici« . Inquiet, il prend le premier vol pour le Japon, bien décidé à faire la lumière sur ce mystère et surtout à retrouver sa fille.

La disparition inquiétante de la jeune occidentale est bien évidemment très vite parvenue aux oreilles de l’inspecteur Yamada, le capitaine du commissariat de l’arrondissement de Shinjuku. Cette histoire de photo envoyée au père de la disparue et le texte joint lui laisse un vilain arrière-goût de déjà vu. Exactement le même procédé qu’un tueur en série qui a mis la police japonaise en déroute pendant des années… avant d’être arrêté, condamné à mort et exécuté… A-t-on à faire à un admirateur ? Dans ce cas, le pire est à prévoir. Rapidement, les enquêteurs soupçonnent le bel et intrigant Yudai, l’hôte le plus convoité de Kabukicho, qui avait justement rendez-vous avec Kate, le soir de sa disparition…

Voilà longtemps que je n’avais pas lu un roman aussi rapidement ! Dominique Sylvain m’a littéralement transportée dans les rues artificielles de Kabukicho grâce à une intrigue extrêmement bien ficelée mêlant intrigue policière, amour, quête identitaire et étude sociologique que le regard des trois personnages principaux vient éclairer sous des angles différents. Chaque chapitre met en avant tour à tour Marie, Yudai et Yamada autour desquels gravitent une myriade de seconds rôles finement travaillés, permettant au lecteur de se plonger davantage dans cet entre-deux mondes qu’est le quartier des plaisirs tokyoïte. Si le lecteur attentif parvient assez facilement à dénouer les fils de cet imbroglio, il n’en sera pas moins conquis par la toile d’araignée tissée par l’auteur. Le suspens est présent du début à la fin et je me suis surprise à être épatée par la maîtrise avec laquelle l’écrivain est parvenu à mettre en scène la folie d’un personnage. Du grand art ! Merci aux éditions Viviane Hamy qui m’ont permis de découvrir cette pépite ! Coup de cœur !

 

Cold case

27 Nov

Je poursuis dans ma série polar avec une autre nouveauté parue au Seuil.

Que la bête s’échappe, Jesse et Jonathan Kellerman

130609_couverture_hres_0Jacob Lev, inspecteur à Los Angeles, se remet difficilement d’une enquête qui l’a traumatisé. Afin de calmer ses angoisses, il s’adonne à la boisson dans l’entrepôt désaffecté où l’ont cantonné les agents des Projets Spéciaux. L’homme, au bout du rouleau, passe donc ses journées à archiver de vieilles affaires non résolues. Ce n’est pas a priori le genre de travail susceptible de lui redonner le moral. Toutefois, alors qu’il effectue son travail de classification, il tombe sur le dossier du meurtre non résolu d’une femme et de son fils. Une affaire parmi d’autres pensez-vous ? Non. Car le double crime a été mis en scène. Et en effectuant des recherches pour tenter de faire la lumière sur cette horreur, il apprend qu’un cas similaire vient d’être rencontré à Paris dans le bois de Boulogne. Sans attendre, il décide de se rendre dans la capitale française afin d’élucider l’énigme. Flanqué d’un membre des Projets Spéciaux qui l’accompagne dans l’espoir de mettre la main sur la mystérieuse Mai, incarnation contemporaine du Golem, Jacob va devoir jouer de finesse afin d’obtenir des informations de ses homologues français.

Contre toute attente, cette enquête va le conduire sur la piste du passé de sa mère, placée en institution depuis de nombreuses années pour une démence survenue à la suite d’un voyage en Tchécoslovaquie au début des années 80. Lev va se retrouver confronter à une histoire familiale très obscure en lien avec ses origines juives et et d’horribles expériences réalisées dans l’ancien bloc de l’Est.

Même si j’ai mis un peu de temps à terminer ma lecture, j’ai réellement été bluffée par ce polar mêlant fantastique et histoire. Le personnage principal – archétype du flic à la dérive de prime abord – est particulièrement bien dessiné avec tout le travail réalisé sur son ascendance. Si je n’ai pas lu le premier roman de cette série – Le Golem d’Hollywood, je n’ai pas du tout été déstabilisée par les références qui y sont faites car les auteurs se sont débrouillés pour évoquer l’intrigue précédente de manière discrète afin que ceux qui avaient lu le premier thriller n’aient pas l’impression d’une redite et que les nouveaux lecteurs pénètrent facilement dans l’intrigue. J’ai apprécié le petit côté fantastique, extrêmement léger qui confère à ce roman une atmosphère paranormale délicate. J’ai surtout aimé que l’emploi du fantastique ne vienne pas combler un manque au niveau de l’intrigue. Intrigue très bien menée au demeurant, mêlant la reprise de l’enquête par Jacob, ses problèmes familiaux et professionnels et surtout l’histoire de sa mère lorsqu’elle était jeune, ce qui nous permettra de comprendre la raison pour laquelle son état de santé a été très tôt fragilisé. Outre les multiples énigmes à résoudre, Jesse et Jonathan Kellerman nous offre un voyage allant de Los Angeles à Paris en passant par Israël et Prague. Les amateurs de voyages ne bouderont pas leur plaisir ! Si vous avez envie d’un bon polar pour accompagner vos soirée d’hiver, n’hésitez pas !

Je remercie Anne de l’agence Anne et Arnaud pour m’avoir fait découvrir ces auteurs.

Circus crime

15 Nov

Et c’est reparti pour une petite série polars… Pour mon plus grand plaisir !

Cinq lames d’acier, Cilla et Rolf Börjlind

9782021093933fsSuède. Olivia rentre tout juste d’Amérique du Sud où elle était partie plusieurs mois sur les traces de sa mère biologique assassinée vingt ans plus tôt quand un horrible événement se produit non loin de chez elle. Le père de Sandra, une adolescente, qu’Olivia gardait quand elle était plus jeune vient d’être retrouvé pendu chez lui. La jeune fille est sous le choc, c’est elle qui a trouvé son père. Olivia l’accueille en attendant que de la famille proche puisse s’occuper d’elle. En discutant avec Sandra, Olivia se met à douter que le père de l’adolescente se soit suicidé… En douce, elle commence à mener son enquête. Effectivement, avant son break à l’autre bout du monde, la jeune femme venait de terminer l’école de police. Mais son année sabbatique a quelque peu émoussé son envie de faire carrière dans les forces de l’ordre, au grand désespoir de Mette Olsäter, une inspectrice qui l’avait pris son son aile pendant ses études.

Tom Stilton, ex-flic devenu clochard en quête de vengeance est contacté par Abbas el Fassi, un ami qui l’a aidé lorsqu’il était au plus bas, à propos d’un meurtre commis à Marseille. La victime, découpée en morceaux, était non seulement son ancienne assistante en tant que lanceur de couteaux mais surtout son grand amour de jeunesse.Les deux hommes partent pour la cité phocéenne, bien déterminés à mettre la main sur le coupable de cet acte horrible.

Chacun de son côté va tenter de résoudre son affaire et va devoir se confronter à la pire des perversités et au pouvoir de l’argent. Bientôt, aussi étrange que cela puisse paraître, les deux intrigues vont se trouver mêlées, obligeant Olivia et Tom – qui se connaissaient et n’étaient pas en bons termes – à faire équipe et à affronter leurs vieux démons.

Voilà un petit moment que je n’avais pas lu un polar venu du froid et c’est avec plaisir que je découvre le travail de Cilla et Rolf Börjlind qui sont apparemment les scénaristes de polars les plus célèbres de Suède. J’en profite pour remercier les éditions du Seuil qui m’ont fait parvenir cet ouvrage sorti le 3 novembre. En tant qu’amatrice du genre, je n’ai pas été déçue. Les intrigues sont très bien ficelées et se rejoignent parfaitement, avec beaucoup de naturel. J’ai trouvé plaisant le fait de se retrouver à Marseille tout en suivant une enquête se déroulant en Suède, le contraste climatique fonctionne à merveille. En ce qui concerne les personnages, tous sont très travaillés. Apparemment, ils intervenaient déjà dans un précédent roman, Marée d’équinoxe, mais bien que ne l’ayant pas lu je n’ai pas du tout été perdue. Si les personnages principaux, Olivia et Stilton, font l’objet de davantage de précisions, les personnages secondaires ne sont pas en reste. Le récit enchâssé concernant le passé d’Abbas El Fassi est franchement très réussi et permet de donner une jolie profondeur à ce personnage plutôt discret. J’ai également apprécié le fait que ce polar reste assez lumineux malgré quelques scènes assez glauques ce qui est rarement le cas.

Pour conclure, j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman que je recommande aux amateurs du genre. Coup de cœur !

Coup double

23 Oct

Vous l’aurez sans doute remarqué, je suis dans une période thriller en ce moment.

Am Stram Gram, M.J. Arlidge

51xfkee8kgl-_sx195_L’inspecteur Helen Grace se voit confier une affaire peu banale. Une toute jeune femme vient d’être retrouvée quasiment morte de faim, les vêtements en lambeaux, puant les excréments et affirmant avoir tué son petit ami d’un coup de revolver. Elle dit y avoir été contrainte après qu’une femme les a laissés sans nourriture dans un endroit clos et totalement isolé plusieurs jours. Avec pour seule compagnie une arme à feu et une terrible règle du jeu : le détenu qui tuera le premier ressortira libre.

Quelques jours plus tard, un autre survivant est retrouvé. Il vient de passer les pires jours de sa vie et ceux qui s’apprêtent à suivre ne seront pas meilleurs, hanté qu’il est par le meurtre de son collègue. Une série semble donc se former et Helen va devoir sérieusement se creuser les méninges pour comprendre à quel jeu joue la meurtrière. Aucun lien apparent entre les victimes. Aucun mobile. Rien à se mettre sous la dent si ce n’est un nouveau meurtre. Mais bientôt, l’inspecteur va comprendre que les survivants détiennent sans doute la solution à ce mystère. La traque va alors pouvoir commencer. Une chasse à la meurtrière qui pourrait bien réveiller de terribles souvenirs…

Pour tout vous dire, j’ai littéralement été bluffée par ce polar qui met en scène une machine terriblement bien huilée. Déjà, chose extrêmement rare, le tueur en série est ici une femme. Ensuite, elle ne tue pas directement ses victimes mais les laisse s’entre-tuer et « décider » ainsi de qui doit rester en vie. Honnêtement, en matière de perversité, Arlidge assure. Et on confiant l’enquête à une femme qui emploie un homme pour entretenir des relations masochistes (elle qui passe son temps à régenter d’une main de fer son service aime étrangement qu’on lui fasse très mal dans l’intimité), l’auteur place la barre du vice assez haut ! Et encore, je ne peux décemment pas vous révéler le pire de l’affaire ! Il vous faudra vous laisser prendre au piège de ce polar infernal pour découvrir tout ce que l’humain peut receler de plus sombre en lui. Et croyez-moi, ce n’est pas joli joli ! Je vous laisse donc plonger dans les entrailles du mal en lisant ce roman diaboliquement haletant (le style est vraiment soigné, et moi qui apprécie les chapitres courts, j’ai été ravie : 5 pages pour les plus longs). Un vrai coup de cœur !

Théorie du complot

3 Oct

Retour au thriller avec un vieux Chattam qui traînait dans ma bibliothèque depuis un moment.

Les arcanes du chaos, Maxime Chattam

1507-1Yael est une jeune femme de 27 ans sans histoire qui travaille chez un taxidermiste. Bien que son métier ne la passionne pas réellement, il lui permet de gagner sa vie sans trop se poser de questions. Toutefois, depuis quelques temps, des phénomènes étranges se produisent dans l’appartement de la jeune célibataire. Les miroirs renvoient des ombres étranges. Pire, l’ordinateur se met en route tout seul et envoie des messages codés à Yael. Affolée, cette dernière va tenter de percer le mystère et de trouver une explication rationnelle à ces apparitions paranormales, entraînant avec elle un jeune journaliste indépendant qu’elle vient de rencontrer. Bientôt, elle va s’apercevoir que tous ses faits et gestes sont observés et que de dangereux tueurs sont à sa poursuite…

Pour ce qui est du fond, rien à dire. On se laisse embarquer avec plaisir avec Yael dans un monde où l’intimité a perdu tout son sens, où tout et tout le monde est placé sous contrôle informatique, un univers quadrillé par l’électronique que les magnats de la finance manipulent à leur guise pour satisfaire leurs intérêts. On plonge même avec délices au cœur de la théorie du complot international et nous nous laissons gagner par une douce paranoïa au fur et à mesure que l’intrigue progresse, nous entraînant sur la piste du véritable assassin de JFK et sur une toute autre vision des attentats du 11 septembre que celle que les médias ont bien voulu nous donner. Franchement, une fois le pacte de lecture accepté, on se laisse vraiment prendre au jeu et on ne s’ennuie pas une seconde dans ce roman qui enchaîne les rebondissements. Par contre, pour ne rien vous cacher, j’ai été déçue au niveau de la forme. Formules toutes faites, lieux communs, lourdeurs stylistiques viennent, selon moi, perturber la fluidité de l’intrigue. Chattam gagnerait à alléger son écriture. Et à limiter ses références perpétuelles au diable et autres forces du mal sorties des ténèbres quand elles ne viennent pas servir directement l’histoire. Enfin, ce n’est que mon avis et j’ai tout de même passé un moment divertissant.

Et après viendra la Douceur…

29 Août

Si vous chercher un roman intelligent pour vos ados en cette rentrée, c’est ici que ça se passe ! Merci à Syros pour cette avant-première.

Macha ou l’évasion, Jérôme Leroy

IMG_20160829_175655Macha-des-Oyats a 107 ans et vit dans un arbre depuis de longues années. Après le monde de la Fin, elle s’est réfugiée dans une ZAD (Zone à Défendre) forestière où elle vit en harmonie avec la nature et les autres habitants de la communauté. Désormais, la loi du chacun pour soi a disparu pour faire place au partage entre tous.

Un jour, trois adolescents viennent lui rendre visite pour lui demander de les suivre dans leur ZAD afin de leur raconter ses souvenirs du monde de la Fin. Après beaucoup d’hésitations, la vieille dame accepte de faire le trajet et de se remémorer l’une des plus affreuses période de sa vie… Ainsi, les générations futures du monde la Douceur éviteront peut-être de retomber dans la violence, le repli identitaire et la course au profit qui régentaient le monde de la fin.

Voilà un roman d’anticipation porteur d’espoir ce qui est très rare. Une utopie à laquelle on se prend à rêver. Effectivement, les écrivains dressent souvent un tableau plus que sombre du futur. Jérôme Leroy décide donc d’entraîner ses lecteurs dans un univers apaisé après la période de grande tourmente que nous connaissons actuellement. L’auteur profite du retour en pensées de l’héroïne sur sa jeunesse pour dénoncer les grandes problématiques de notre monde actuel : crise économique, problèmes écologiques, terrorisme, montée des partis politiques extrémistes… Le lecteur adolescent se laissera facilement convaincre par l’histoire de Macha, jeune fille rebelle en lutte contre un beau-père raciste et pervers-narcissique. Éprise de liberté, elle n’hésitera pas à fuir la prison dorée dans laquelle il souhaite l’enfermer, préférant partir défendre ses convictions dans une ZAD.

On ne s’ennuie donc pas une seconde dans ce roman qui mêle actualité et anticipation. Le regard distancié de Macha sur son adolescence et le monde dans lequel elle vivait – le nôtre donc – permet de délivrer une parole pleine de sagesse et surtout apporter l’espoir d’un monde meilleur dans le pessimisme ambiant et la vision encore plus sombre du futur que nous offrent la plupart des romanciers depuis des décennies. Sorti tout récemment le 25 août, à découvrir dans toutes les bonnes librairies !