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Paranoïa

Aujourd’hui, je vous présente un polar qui vient de paraître aux éditions du Seuil.

Noir comme le jour, Benjamin Myers

noir-comme-le-jourDans une petite bourgade au fin fond de la campagne anglaise, le corps d’une ancienne gloire locale du cinéma X est retrouvé inanimé au milieu d’une ruelle. La victime a la gorge tailladée d’une oreille à l’autre. Heureusement pour elle, elle survit à ses blessures. Son histoire ne tarde pas à susciter l’intérêt malsain d’un des plus importants tabloïds du pays et une forme d’hystérie locale se développe, chacun y allant de ses suspicions. Bientôt, d’autres agressions du même type vont être recensées. Le regard de la police du coin ne tarde pas à se porter vers Tony Garner, « l’idiot du village », qui ferait un coupable idéal. Mais le reporter du journal local, Roddy Mace, et l’inspecteur James Brindle, provisoirement suspendu de ses fonctions, ne croient pas à cette piste.

Voilà un polar pas comme les autres avec des enquêteurs présentés comme de parfaits anti-héros. D’ailleurs, davantage que les victimes et les crimes, ce sont eux à mon sens les sujets principaux de ce roman noir. L’auteur met en effet l’accent sur la psychologie de ce couple d’enquêteurs hors-norme, insistant sur leurs failles – dépendances, instabilité psychique – et leur mise à l’écart professionnelle. Benjamin Myers dépeint avec brio le paysage, l’ancrage dans cette région anglaise qui apparaît comme désolée avec ses pluies incessantes et ses autochtones pour le moins bourrus et rétrogrades qui côtoient des jeunes post-hippies en quête d’un mode de vie plus proche de la nature. Evidemment, on cherche le coupable de ces agressions – il n’y a pas de meurtres, enfin, pas dans les premiers temps -, mais ce n’est pas vraiment le plus important, l’essentiel étant de chercher à comprendre l’état d’esprit de cette vallée. Et pour cause, il ne s’agit vraiment pas d’un criminel comme les autres… Si j’ai réussi à déceler le mystère assez rapidement, j’ai néanmoins aimé me laisser porter par les pages et l’ambiance très sombre créée par l’auteur. J’ai surtout apprécié le dénouement qui ne ressemble en rien à ceux des innombrables polars que j’ai pu lire. Et je me suis même étonnée moi-même à apprécier une certaine lenteur. Bref, une très jolie surprise pour ce roman inspiré d’événements réels qui ont traumatisé le West Yorkshire dans les années 30.

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Fait-divers

Aujourd’hui, c’est d’un polar qui sort un peu de l’ordinaire dont je vais vous parler qui est paru aux éditions L’âge d’homme.

De fiel et de fleurs, Guy Y. Chevalley

de-fiel-et-de-fleursDébut du vingtième siècle. Monsieur et Madame Doudieux coulent une vie paisible de bons bourgeois. Monsieur tient son affaire de façon fort rigoureuse, ce qui lui vaut le succès mais aussi l’animosité de ses rivaux. Madame, quant à elle, profite de sa situation pour goûter aux bonheurs futiles de l’existence. Tout serait parfait dans le meilleur des mondes si Madame n’était pas tombé un jour sur une lettre anonyme en ouvrant le courrier. Le message incite son mari à l’empoisonner ! Elle ne le sait pas, mais ce dernier a déjà reçu de nombreuses missives de la sorte par le passé. Une ombre vient planer sur le ménage mais bien vite, tout rentre dans l’ordre. Jusqu’au jour où un célèbre ténor belge, suite à un malaise, décide de passer la nuit chez eux pour se reposer. Le malheureux ne sortira pas vivant de la demeure… Quelques temps plus tard, M. Doudieux se remémore une histoire qu’il avait eu avant de rencontrer sa femme.

Aussi fou que cela puisse paraître, cette histoire est tirée de faits réels. L’auteur nous raconte avec une ironie finement mordante comment un couple de bourgeois échappe à plusieurs tentatives d’empoisonnement de la part d’une ancienne conquête du mari alors qu’un artiste qui va passer une nuit chez eux de façon totalement hasardeuse succombera à l’absorption de médicaments empoisonnés. La réalité dépasse souvent la fiction, c’est le cas de ce fait-divers ! Qu’un couple ne se soit pas affolé outre mesure de recevoir des lettres d’un corbeau et des cadeaux empoisonnés est hallucinant ! Si l’intrigue est excellente, la mise en récit ne l’est pas moins et Guy Y. Chevalley retrace l’histoire d’une façon fort agréable, ménageant le suspens comme dans un roman feuilleton. L’ironie, présente par petites touches, fait sourire mais laisse également le lecteur réfléchir sur la société de l’époque en évoquant les thèmes du mariage et du célibat, de la classe bourgeoise et de la classe ouvrière, de la frivolité et du désespoir, et de la place de la femme. Un court roman à savourer avec une bonne tasse de thé au coin du feu. Coup de cœur !

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Sisyphe

Un petit thriller, ça faisait longtemps ! Celui-ci vient tout juste de paraître aux éditions du Seuil.

Un autre jour, Valentin Musso

un-autre-jourAdam Chapman, architecte, la quarantaine, se réveille angoissé. Il a un mauvais pressentiment. Sa femme, Claire, est partie en week-end chez ses parents. Sans trop savoir pourquoi, il est persuadé qu’il lui est arrivé quelque chose. Il tente de l’appeler sur son portable, en vain. Un peu plus tard, c’est à son tour de recevoir un appel. Il ne reverra plus jamais Claire… D’un coup sa vie entière bascule et se transforme en cauchemar. En fait, peut-être que tout cela n’est qu’un très mauvais rêve. Peut-on vraiment toujours être sûr de la réalité du monde qui nous entoure ?

Voilà un thriller psychologique extrêmement bien mené, qui joue avec les nerfs du lecteur. Ce n’est vraiment que dans les dernières pages que nous comprenons le « truc » si je puis m’exprimer ainsi car il s’agit quasiment d’un tour de prestidigitation. En gros, il faut s’imaginer le fameux Jour de la marmotte dans le film Un jour sans fin avec Bill Murray. Version angoissante et macabre. A posteriori, on se souvient des indices laissés tout au long du récit. J’ai apprécié le côté psychologique, la manière dont l’auteur nous met le doute sur ce qu’il s’est vraiment passé ou non, si tout n’était qu’un rêve ou pas, si le protagoniste est victime d’une machination, fou ou que sais-je… Très franchement, j’ai passé un très bon moment de lecture grâce à ce roman de Valentin Musso vraiment bien construit et rythmé à la perfection.

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France très profonde

Aujourd’hui sort ce bon polar bourré d’humour noir aux éditions du Seuil.

Ah, les braves gens !, Franz Bartelt

ah-les-braves-gensQuand Julius Dump, écrivain de son état, arrive à Puffigny au volant d’une vieille cadillac jaune citron, il ne s’attend pas à ce que ce bled très paumé où il ne se passe jamais rien recèle autant de mystères. Alors qu’il est à la recherche d’un tableau jadis volé par son père et un certain Nadereau qui l’aurait conservé et se cacherait dans le petit village, notre protagoniste découvre éberlué les habitants hauts en couleur, aux mœurs plus ou moins étranges. Très rapidement, il engage Helnoute Ballo pour l’aider dans sa quête. Mais dans ce patelin perdu où les gens sont connus pour être plus menteurs les uns que les autres, pas simple de trouver une piste valable.

Ce polar énigmatique est une petite pépite d’humour noir, grinçant à souhait, porté par des personnages bien gratinés. Par certains aspects, Puffigny m’a rappelé le villâge de L’Arrache-cœur de Boris Vian, avec sa célèbre foire aux vieux. A Puffigny, rien ne se passe comme ailleurs et du coup c’est le cadre parfait pour écrire un roman. C’est justement ce que va faire notre personnage principal. Et hop ! Une jolie mise en abîme ! Si vous cherchez un roman qui sort un peu de l’ordinaire, avoir le sourire aux lèvres pendant près de 300 pages, n’hésitez pas !

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Un jour son prince viendra…

J’enchaîne les polars ces derniers temps et j’adore ça ! Celui que je vais vous présenter aujourd’hui est une véritable pépite. Par contre, je vous préviens, si vous cherchez une lecture « facile », sans trop de prise de tête pour emporter sur la plage, passez votre chemin. Mais pour les amateurs d’intrigues retorses, ce roman est parfait. J’en profite pour remercier vivement les éditions du Seuil et particulièrement l’équipe de la collection Cadre noir pour leur confiance renouvelée et ce voyage en terres nippones que j’affectionne tant. Merci également à l’auteure pour sa jolie dédicace.

A l’ombre de l’eau, Maïko Kato

41e49w5fvvl._sx195_2014. Tokyo. Un banquier est retrouvé pendu chez lui. Le capitaine Seiji Hiraï soupçonne un lycéen, Hayato Hisaïshi. Mais sans preuve concrète, il ne peut prouver le meurtre.

La même année, la jeune Emi Yasukawa, née d’un père japonais et d’une mère anglaise, se fait violemment harceler par une camarade et sa bande au lycée en raison de son métissage. A bout, elle noue un pacte avec un puissant yakusa afin de retrouver sa tranquillité.

2019. Des cadavres de femmes sont retrouvés. De mystérieux messages codés les accompagnent. Le capitaine Yoshida et son lieutenant Kanda sont chargés de l’enquête. Tout les ramène à Hayato qui, après s’être prostitué, est devenu un hôte coté dans un célèbre club du quartier rouge de Shinjuku. Emi, quant à elle, a intégré une grande entreprise mais est toujours malmenée en raison de ses origines. Sa vie au bureau peu reluisante va basculer le jour de l’arrivée de Matsuï, nouveau directeur général, qui semble en savoir beaucoup sur son passé. Bientôt, les chemins de Hayato et Emi se croiseront.

Comme vous pouvez le constater, l’intrigue est complexe, les personnages nombreux. Et encore, je n’ai évoqué qu’une infime partie d’entre eux. Pour tout vous dire, j’étais un peu perdue au début de ma lecture. Ce n’est qu’en arrivant à la fin du livre que j’ai découvert une liste des personnages ! C’est la première fois que je vois ça dans un livre. Mais avec 36 noms différents – et encore, il me semble qu’un d’entre eux a été omis – on en comprend la raison. Une fois lancée, par contre, impossible de m’arrêter. J’ai plongé tête la première dans l’ambiance des quartiers chauds de Tokyo. Grâce à l’alternance des points de vue à chaque chapitre, on pénètre vraiment dans la psychologie des personnages ce qui nous permet de cerner au mieux les nœuds de l’intrigue. Outre l’enquête, ce roman offre une analyse de la société japonaise dans laquelle le travail rigoureux dans les grandes entreprises côtoie le relâchement total dans des clubs hot à l’aide de toujours plus d’alcool. Le tout est d’un réalisme sans conteste. Il faut dire que l’auteure a réalisé une enquête auprès d’hôtes de Kabukicho et s’est inspirée de son expérience de stagiaire au sein du plus gros groupe de communication du Japon. Le sujet est donc parfaitement maîtrisé et permet une véritable immersion pour le lecteur. Coup de cœur !

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Sombre été pour la ville rose

C’est avec plaisir que je vous présente aujourd’hui les éditions du Petit Pavé qui m’étaient totalement inconnues jusqu’ici et qui m’ont gentiment fait parvenir ce polar.

Un ange passe, Michel Stéphane

un_ange_passe_stephane_michelNous sommes à la fin des années 90. Une époque où ni le téléphone portable, ni internet, ni les recherches ADN ne sont encore démocratisés. Une autre époque en somme. Surtout dans la police. La capitaine au sang chaud, Ange Carminetti, est sur les nerfs. Un tuer en série sévit sur Toulouse. Déjà trois femmes retrouvées mortes après avoir été violées. Et pas la moitié d’une piste. De quoi être sacrément en colère. En parallèle, elle se prend d’affection pour un enfant esseulé. Alors, quand se dernier se fait agresser par un pédophile supposé, la jeune corse voit rouge…

J’ai passé un agréable moment de lecture avec ce polar « à l’ancienne ». On est loin des « experts » en tout genre avec ce retour en 1997 qui ne nous rajeunit pas ! A se demander comment nous faisions sans toutes ces technologies omniprésentes aujourd’hui. Au départ, j’ai eu un peu de mal avec les digressions du narrateur. Mais une fois les codes de l’auteur acceptés – digressions souvent humoristiques, qui permettent d’en apprendre davantage sur chaque personnage haut en couleur, on imagine aussi un accent du sud – on se prend au jeu. Un roman plaisant donc, avec un rebondissement final auquel on ne s’attend pas.

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Le cri du silence

Pour commencer la semaine, je vous emmène en Italie avec ce polar qui vient de paraître aux éditions le Seuil.

Comment nous dire adieu, Marcello Fois

cvt_comment-nous-dire-adieu_9189Dans le Tyrol italien, à Bolzano, Michele, un enfant de onze ans, disparaît mystérieusement. Un prêtre, qui a trouvé ses parents au bord d’une route en train de le rechercher, a prévenu la gendarmerie. Le commissaire Striggio va être chargé de l’enquête en partenariat avec la plantureuse Elisabetta Menetti. Très peu de pistes se présentent à eux et le profil psychologique du petit disparu renvoie Striggio à sa propre enfance. Lui aussi était un de ces gamins dont l’on dit qu’ils sont « particuliers », c’est-à-dire précoces. Son enfance lui remonte d’autant plus à l’esprit que son père vient de débarquer à Bolzano. Striggio pensait en profiter pour lui révéler son homosexualité. En effet, il s’est installé quelques années plus tôt dans cette petite ville pour vivre son amour au grand jour avec Leo, un bel instituteur. Mais alors qu’il est sur le point de lui annoncer la nouvelle, son père lui avoue être gravement malade. Il se trouve subitement confronté à ses fantômes et va tenter, tout en menant l’enquête, d’accompagner ce père qu’il a longtemps affronté dans ses derniers instants.

Voilà un excellent polar, basé sur l’intime et les secrets de famille, où tout est sous-entendu. La langue est belle, presque poétique notamment dans les descriptions des paysages de neige, ou de ces vents quasi fantastiques. Présent et passé s’entremêlent brillamment, ce qui permet au lecteur de découvrir les personnages en profondeur. J’ai beaucoup apprécié, la délicatesse, le tact avec lesquels sont abordés des sujets difficiles et cet art de l’auteur de narrer l’indicible sans jamais l’écrire. Un roman à découvrir pour les amateurs de polar, de belle langue et d’Italie.