Archive | Humour RSS feed for this section

Gossip mums

5 Juin

Me voici de retour avec un livre décapant sur les dessous très chics de la maternité dans l’Upper East Side. Je remercie l’agence Anne et Arnaud ainsi que les Editions Globe  pour cette savoureuse découverte.

Les Primates de Park Avenue, Wednesday Martin

martin_wednesday_lesprimatesdeparkavenue_couverture_web-200x300Wednesday est anthropologue. Originaire du Midwest, elle s’installe dans l’Upper East Side – le quartier le plus huppé de Manhattan – alors qu’elle vient de mettre au monde son premier enfant. Ce qui ressemblerait à un privilège pour beaucoup va cependant bien vite tourner au cauchemar. Dans ce microcosme hyper privilégié, Wednesday est considérée comme un intrus par les femmes au foyer richissimes, surdiplômées et très influentes qu’elle va être amenée à rencontrer en emmenant son jeune fils à la maternelle. Outre ses difficultés à nouer des liens avec ses congénères, notre jeune scientifique va se trouver confronter à toutes les difficultés extrêmes que rencontrent les mères de l’Upper East Side : l’inscription des enfants dans les meilleures écoles, la quête d’un appartement bien situé, l’obligation de conserver un corps mince sans aucune imperfection après plusieurs grossesses… Pour faire face à l’hostilité du milieu, Wednesday choisit d’observer le milieu dans lequel elle est obligée d’évoluer avec son regard d’anthropologue. Elle va ainsi consigner puis analyser, à la manière de la célèbre primatologue Jane Goodall, les rites, les mœurs, les contradictions et les peurs de ces mères richissimes en quête obsessionnelle de perfection. Parviendra-t-elle à s’acclimater ? Je vous le laisserai découvrir par vous-même.

En attendant, voici mon avis sur ce livre qui mélange autobiographie et analyse sociologique satirique. Je suis véritablement tombée sous le charme de cet ouvrage à la fois intelligent, drôle, parfois cruel, tout en étant extrêmement touchant. Wednesday nous entraîne dans son quotidien de femme, de mère et nous donne à voir l’extrême difficulté de ce dernier rôle dans un des quartier les plus huppés de la planète où tout ne semble être que compétition. Difficile de croire que des femmes puissent faire montre d’une telle violence entre elles dans le but de favoriser au maximum leur progéniture. Pourtant, tout est réel. Mais il ne s’agit pas d’un simple témoignage ou tranche de vie. Ce livre est un traité aussi érudit que mordant, qui permet à la fois de s’enrichir intellectuellement et de rire face à des comportements que l’on jugera absurdes de l’extérieur mais qui on une réelle signification. La fin du livre est particulièrement bouleversante et tranche ainsi avec le début qui nous montre un univers très froid et hostile de prime abord. Le ton général est très enlevé et enjoué, ce qui fait de cette réflexion sur la maternité et sur la vie des femmes de Manhattan une lecture pétillante. Un très joli coup de cœur pour moi !

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire découvrir un petit extrait :

« S’il existe un endroit où l’enfance et la maternité ont évolué de façon flagrante, c’est bien l’Upper East Side de Manhattan. Au sein de cette niche où le relâchement des pressions de compétition interspécifique est extrême, au sein d’une culture hautement compétitive, avoir une progéniture « qui réussit » est gage de statut social, les enfants étant des miroirs de nos propres aspirations. Les soutenir et travailler d’arrache-pied pour eux est devenu une véritable profession. Ici, la maternité est une carrière semée d’embûches et de coups-bas, où les enjeux sont colossaux. L’activité y est stressante et anxiogène précisément parce que c’est aux mères qu’incombe la réussite ou l’échec de cette entreprise, dont dépendra la réussite ou l’échec de leur progéniture. Et donc des leurs. Un circuit d’une fluidité remarquable et, comme j’allais l’apprendre, quasi inexorable. »

En voiture, Simone !

9 Avr

Je suis sûre et certaine que, comme moi, vous les attendiez impatiemment… Les revoilà, les revoilou… Mais qui donc me direz-vous ? Mais les Lutins Urbains évidemment !

Le péril Groumf – Les Lutins Urbains – Tome 4, Renaud Marhic

le-peril-groumf-les-lutins-urbains-tome-4-191x300Gustave Flicman, notre jeune policier qui a été débauché du commissariat de quartier Adinike par le ministère pour assurer la sécurité du Président, n’est pas au bout de ses peines. En effet, alors qu’il visitait la Grosse Cité en compagnie de son père, le Pacha Directeur Général du Pépettochistan, le jeune pacha-héritié s’est fait dévalisé. Seul témoin de la scène, notre brave ami… Et ce qu’il a vu n’est pas joli, joli… Le coupable ne serait autre que le célèbre Yéti… Impossible me direz-vous ? Pas si sûr que cela… Une chose est certaine, c’est que Gustave n’est pas prêt de souffler. Le Pacha menace de déclencher la 3ème guerre mondiale si le jouet préféré de son fiston n’est pas retrouvé fissa. Et quand on sait que le voleur a quitté la ville accompagné du Troll, c’est la cata ! Prenant son courage a deux mains, secondé par ses amis les Lutins Urbains, Gustave va mettre les voiles pour une aventure hors du commun…

Une fois de plus, c’est avec plaisir que je participe à l’opération du Livre voyageur organisée par Renaud Marhic, alias le Petit Reporter de l’Imaginaire. Depuis le départ, j’ai le plaisir de suivre l’aventure de ces lutins facétieux et le plaisir est sans cesse renouvelé. On retrouve, dans ce quatrième opus, tout ce qui fait le style et le charme de l’écriture de l’auteur : les rimes, l’utilisation d’un vocabulaire varié, riche en synonymes et périphrases – ce qui est très appréciable pour la professeure de lettres que je suis -, les interpellations du narrateur avec les fameux petits « Psiiiiit ! », marque de fabrique inimitable et surtout, surtout, l’humour décapant, omniprésent. Cette fois-ci, nos amis nous entraînent dans un voyage totalement hallucinant et abracadabrantesque. Si vous avez des enfants entre 10 et 12 ans qui aiment les histoires farfelues, ce livre est fait pour eux. Pas de panique s’ils n’ont pas lu les premiers tomes ! L’histoire se lit indépendamment des précédents romans. Et si vous voyez qu’ils en sont friands, n’hésitez pas à vous procurer les premiers tomes, ils étaient excellents (à découvrir ici).

Et encore un grand merci à Renaud Marhic, un auteur d’une extrême sympathie et aux Editions P’tit Louis.

IMG_20170403_192029

Preuve que le livre a bien voyagé… De la Bretagne à la Bourgogne ! Demain, il retourne au bercail !

Je communique donc je suis

11 Déc

Je casse le rythme des nouveautés avec ce livre débusqué cet été au cours d’un vide grenier. Pour tout vous dire, les livres sont ma seule et unique motivation lorsque que je fréquente ce genre de manifestations…

Une vie à se dire, Jacques Salomé

518w9j4eapl-_sx195_Pour le propos du roman, ça va être du rapide ! -autant vous prévenir vu que ce n’est pas franchement dans mes habitudes.

Une mère de famille, Anne, après avoir assisté à de nombreuses conférences et lu plusieurs livres, décide d’introduire, au sein de son environnement relationnel, la méthode ESPERE (Energie Spécifique Pour une Ecologie Relationnelle Essentielle) du psychosociologue Jacques Salomé. Nous suivons donc son quotidien, celui de ses trois enfants, de son époux et du groupe de femmes et d’hommes qui viennent partager leur expérience avec elle qui tentent de se former à un nouveau style de communication, fondé sur la bienveillance et la responsabilisation afin de remplacer notre langage souvent basé sur l’agressivité et la mauvaise foi.

A la lecture de ce court résumé, vous penserez sans doute comme moi : il a un sacré culot ce Jacques Salomé pour faire la pub de ses bouquins et de ses conférences dans un roman ! C’est certain. Mais à sa décharge, moi qui ne lit que très rarement des ouvrages de développement personnel j’ai bien accroché à cette méthode expliquée sous forme romancée. Si pas mal de discours sont totalement irréalistes – notamment ceux tenus par les enfants  qui s’expriment comme des chiens savants et qui ne sont que des J. Salomé version miniaturisée – le texte est globalement agréable à lire d’autant plus qu’il est bourré d’humour et que l’auteur ne manque pas d’autodérision. Une manière efficace d’illustrer de façon concrète et attrayante cette méthode que le spécialiste enseigne depuis des années. A vrai dire, j’ai eu la sensation de me retrouver comme un scientifique qui regarde ses rats de laboratoire derrière une vitre et constate les évolutions de ses spécimens. Ce livre permet aussi de nous rendre compte à quel point notre façon de communiquer possède une incidence sur notre relation non seulement aux autres mais à nous-mêmes. Mieux parler, c’est aussi mieux se comprendre. Je vous laisse méditer.

Champagne !

13 Sep

Qui dit rentrée dit Nothomb. En attendant de pouvoir déguster le millésime 2016, Riquet à la houppe, j’ai goûté à la cuvée 2014.

Pétronille, Amélie Nothomb

telechargement-1Amélie adore le champagne. Elle se plaît à savourer la finesse pétillante de sa boisson préférée à toute occasion, recherchant son ivresse bienfaisante. Après avoir rompu un jeûne de 36 heures avec un veuve-cliquot et avoir ainsi pu profiter d’une expérience sensorielle extatique, l’auteur belge décide de se mettre en quête d’une personne avec qui elle pourrait partager de tels états de transe. Après des recherches infructueuses, elle va jeter son dévolu sur Pétronille Fanto, jeune androgyne prolétaire amatrice de grands crus.

S’il était déjà de notoriété publique avant la parution de ce roman qu’Amélie Nothomb consommait énormément de champagne, l’auteur confirme ici ses goûts en matière d’alcool. Toutefois, le roman ne se résume pas à évoquer la divine boisson. Hautement autobiographique, Amélie dévoile ici quelques parcelles de son quotidien voire de son intimité. Elle en profite surtout pour pratiquer l’autodérision en se moquant de ses extravagantes tenues par exemple et évoquer en filigrane une quête permanente de la sensation d’exister, recherche qui l’a poussée maintes fois à se mettre en danger.

Si ce roman autobiographique est agréable à lire et divertissant, il est loin, bien loin d’atteindre le niveau des brillants Catilinaires ou Hygiène de l’assassin. J’attendais bien mieux de cet opus. Amélie joue la facilité et c’est bien dommage. Distrayant mais à consommer avec modération.

 

Drôlerie funeste

10 Sep

Et dire que j’ai acheté ce livre dans une église…

Petits suicides entre amis, Arto Paasilinna

1540-1Le président d’une société en faillite a décidé de se donner la mort. Pour cela, il décide de se rendre dans une grange à l’abri des regards. Malheureusement pour lui, un colonel a eu le même projet. Le président sauve le pauvre homme de la pendaison. Devant remettre leurs funestes projets à plus tard, les deux suicidaires sympathisent et décident de rassembler d’autres désespérés. Pour ce faire, ils postent une petite annonce dans un journal. Qu’elle n’est pas leur surprise en recevant quelques jours plus tard des centaines de lettres de personnes n’ayant plus goût à la vie ! Les deux compères invitent alors leurs correspondants à se réunir afin de mettre au point un suicide collectif. Débute alors à bord d’un car de tourisme grand luxe un voyage totalement loufoque de la Finlande à la Norvège en passant par l’Allemagne, la France, la Suisse et le Portugal.

Sans mauvais jeu de mots, ce livre est tout simplement à mourir de rire ! Les aventures rocambolesques de ce groupe de suicidaires pas anonymes à travers l’Europe est tout bonnement désopilant. L’humour présent à chaque page fait de ce road-trip hors du commun un véritable moment de plaisir livresque. Le tout est vraiment très bien rédigé et offre une réflexion non seulement sur la société finlandaise et sur le suicide mais sur la vie en général. Inutile d’en dire plus. Véritable coup de cœur ! Hâte de découvrir d’autres romans de cet auteur ! Je vous laisse avec un extrait :

« Une fois le commissaire et le liquidateur de faillite partis, le président Rellonen monta sur la table de la terrasse afin de mieux se faire entendre. Il prononça une violente diatribe, s’en prenant aux représentant de la loi qui venaient de leur rendre visite, et se plaignit d’avoir justement dû se battre, tout au long de sa carrière, contre de tels pillards bureaucratiques. Rien d’étonnant à ce qu’il ait été poussé plusieurs fois au suicide. L’auditoire opina du bonnet. « Mais ne laissons pas ce déplorable incident gâcher une journée si bien commencée », conclut l’homme d’affaires en levant son gobelet en carton où pétillait du champagne frais. « Buvons à la santé des plus exquis suicides ! » Les désespérés sablèrent le champagne toute la journée. Quand les premières réserves furent épuisées, Korpela et Lismanki prirent l’autocar pour aller se réapprovisionner à Lammi. « On a bien failli finir dans l’fossé », se vanta Uula au retour. le colonel Kemppainen mit ses troupes en garde contre l’abus d’alcool. On y risquait sa santé, les reins et le foie ne supportaient pas l’excès de boisson. Les suicidaires firent remarquer aux prêcheurs qu’une éventuelle cirrhose était le cadet de leur souci, vu qu’ils avaient de toute façon un pied dans la tombe. Kemppainen ne trouva rien à répliquer ».

 

Jour sans fin

23 Août

Roman trouvé lors d’une flânerie dans une adorable librairie de Honfleur.

Le rêve de l’homme lucide, Philippe Ségur

1631119_6_f9e0_couverture-de-l-ouvrage-de-philippe-segur-le_ac0fba6791c3b65d00e129848862c861Simon Perse est écrivain, divorcé, père des deux enfants. Insomniaque de longue date, il a usé et abusé de tous les somnifères et anxiolytiques possibles pour tenter de remédier à son mal, en vain. Une fois par semaine, il se rend chez son psychanalyste. Un jour, en sortant d’une séance, une idée lumineuse lui vient : pourquoi chercher absolument à dormir alors que manifestement son corps refuse le sommeil ? Une solution radicale s’impose dès lors à lui : il va cesser de dormir.

Après avoir lutté cette fois de nombreux jours pour ne pas céder au sommeil et consommé à outrance bon nombre de stimulants, Simon atteint son but. Il ne dort plus. Mais rapidement cet état de conscience permanent va avoir des effets inattendus. Sa lucidité face au monde qui l’entoure va s’accroître – ce qui n’améliorera pas sa tendance dépressive. Vu qu’il s’agissait d’un objectif recherché, pas de problème. Mais bientôt, il va se trouver confronter à d’étranges hallucinations et traverser des époques différentes. Happé par des aventures cauchemardesques qui lui font oublier des pans entiers de sa vie réelle, perdu dans un univers constitué de faux-semblants auquel il refuse d’appartenir, Simon se lance sans le savoir dans une quête d’identité douloureuse.

Pour être honnête, je ne connaissais absolument pas cet auteur. Ce sont la couverture et l’extrait proposé au dos du livre qui m’ont attirée. Un extrait teinté d’un humour grinçant et cynique comme je l’aime ! Je n’ai pas été déçue ! Moi-même grande insomniaque par périodes, j’ai été happée par ce roman autobiographique complètement halluciné et n’en ai fait qu’une bouchée. Partant d’une trame qui pourrait apparaître somme toute pauvre  – un insomniaque décide de s’arrêter totalement de dormir -, l’auteur parvient à dresser un portrait corrosif de notre société post-moderne basée sur le mensonge, l’apparence et la consommation tout en se livrant à une véritable quête d’identité ainsi qu’à une réflexion sur la nécessité d’une évasion spirituelle. Un petit bijou tant sur le fond que sur la forme avec une écriture aussi maîtrisée qu’incisive, l’auteur mêlant brillamment des instants de poésie cauchemardesque à sa prose dotée d’une ponctuation démente. Coup de cœur !

Un petit extrait – qui n’est pas celui de la 4ème de couverture – pour vous donner le ton !

« Il faut le savoir, l’intérêt de la zopiclone n’est pas tant de vous assommer que de vous poser des questions philosophiques essentielles. Avec elle, vous dormez, certes. Pas longtemps, mais vous dormez. Et quand vous vous réveillez, vous êtes une créature de science-fiction, un croisement entre le zombi et l’huître. Il vous faut deux heures, trois douches, quatre cafés et une surdose de vitamine C pour récupérer un état de vigilance plus développé, vous hissant du rang de mollusque à celui du crustacé (du moins cela vous rend-il dans un premier temps une certaine faculté de déplacement, même en crabe, c’est déjà appréciable).

Une fois que vous redevenez capable 1) de vous souvenir du prénom de votre femme, des vos enfants, de votre canari ou de votre poisson rouge; 2) de le prononcer avec une élocution qui ne rappelle plus que de très loin l’état du grand alcoolique à langue pâteuse, alors vous savez que vous êtes sorti de la phase purement chimique de cotre nuit d’amour avec la zopiclone.

Vous entrez maintenant dans sa phase dite métaphysique, la plus sophistiquée et la plus intéressante, celle qui vous place devant la grande question, la question centrale de votre existence d’insomniaque : à quoi cela sert-il de dormir, nom de Dieu, si c’est pour vous réveiller encore plus démoli qu’avant de vous être couché ? »

Book power !

13 Juil

Encore un grand merci à celle qui m’a offert ce livre !

La bibliothèque des cœurs cabossés, Katarina Bivald

1507-1Sara, jeune suédoise de 28 ans, qui vient de se faire licencier de la librairie où elle a toujours exercé son métier avec passion, débarque un beau jour à Broken Wheel, une bourgade perdue et dépeuplée de l’Iowa. Elle est censée rejoindre là-bas une vieille dame avec qui elle correspond et échange des livres depuis des années, Amy. Sauf qu’à son arrivée aux Etats-Unis, Amy est morte et Sara arrive précisément chez elle pour ses funérailles. Censée passer deux mois en compagnie de la défunte, la libraire suédoise ne sait trop comment réagir : partir ou rester ? Après quelques jours de réflexions et avoir fait la connaissance de certaines figures incontournables de la ville – étranges mais attachantes – Sara décide de rester. Mais elle tient vraiment à trouver une activité et surtout à remercier les habitants qui s’évertuent à lui rendre tous les services possibles sans jamais lui demander de payer. Bientôt, elle va trouver une idée géniale qui lui permettra d’assouvir sa passion des livres tout en rendant hommage à celle qui aurait dû être son hôtesse et en tentant de redynamiser le village.

Je vous ai présenté il y a quelques semaines le nouveau roman de Katarina Bivald, Le jour où Anita envoya tout balader. Après avoir adoré ce livre, j’avais vraiment envie de découvrir le premier roman qui a fait connaître son auteure et qui est devenu un véritable succès de librairie.

Dans cet ouvrage, l’un des principaux personnage sont les livres. Et ce n’est pas pour rien. Bivald a très longtemps été libraire, et son amour des livres et de son métier transparaît tout au long de ce premier roman. Et pour un coup d’essai, c’est une véritable réussite ! Les personnages – qu’ils soient principaux ou secondaires – sont tous dépeints avec une finesse étonnantes. Si chacun a son propre caractère, les esprits évoluent au fur et à mesure de la progression de l’intrigue, certains allant même agir quasiment à l’encontre de ce qu’ils pensaient être leurs principes fondateurs. Je ne suis pas particulièrement sentimentale et ne me tourne pas habituellement vers des histoires joyeuses mais contre toute attente, ce qui m’a plu dans ce roman, c’est justement qu’il respire le bonheur, la joie de vivre. Sans mièvrerie. En révélant les qualités et les défauts de chacun. En soulignant la nécessité d’écouter son cœur, de croire en ses rêves, de ne jamais y renoncer. De mener le chemin qui nous fait nous sentir bien, quoi que puissent en penser l’entourage. Et le plus important, de prendre confiance en soi. Un gros coup de cœur pour ce roman qui sous son apparente légèreté nous apporte une jolie leçon de vie le tout avec une légère pointe d’humour et d’autodérision.

Petit extrait :

« Elle s’était contentée de la sécurité des rambardes toute sa vie, et pour la première fois, elle était au bord du précipice et tâtonnait à l’aveugle, consciente qu’il existait d’autres manières de vivre bien plus intenses et grandioses.

Elle réagissait devant cette prise de conscience comme elle aurait réagi devant un véritable abîme. Elle éprouvait du vertige et une violente envie de sauter, peu importaient les conséquences. »

Étrange bibliothèque

30 Juin

Je remercie encore Alexandra qui me connait si bien et m’a encore fait découvrir une magnifique pépite !

Au paradis des manuscrits refusés, Irving Finkel

9782709656221-001-xAu fin fond de la campagne anglaise se cache une bibliothèque pour le moins étrange. Ici, en effet, ne sont répertoriés et mis en rayons que les manuscrits ayant fait l’objet de refus de la part d’éditeurs, accompagnés de leurs missives – parfois violentes – de rejet. Sous l’égide du conservateur en chef, le Dr Montague Patience, une incroyable équipe de bibliothécaires est chargée de veiller à la bonne classification et conservation des différents ouvrages qui parviennent nombreux à la bibliothèque. Et alors que l’on s’attendrait à ce que personne ne soit attiré par ces manuscrits inédits – bien souvent mal écrits – d’auteurs totalement inconnus, il n’en est rien. Notre bande de bibliothécaires va devoir surmonter toute une série de perturbations : consœur américaine plus que pénible, troublante étudiante cachant une actrice aux intentions plus que douteuses, cambrioleurs et j’en passe ! Mais qu’on se le tienne pour dit, Montague et son équipe sont prêts à tout pour défendre les biens qui leur ont été confiés.

Ce roman est tout bonnement un chef-d’oeuvre d’humour anglais ! Chaque page vient révéler des situations plus cocasses les unes que les autres et des personnages hilarants par le sérieux avec lequel ils y font face. On retrouve ici le fameux nonsense carrollien, les bibliothécaires et surtout le conservateur en chef se posant des questions plus qu’absurdes mais hautement existentielles dont les principales sont : « quel était l’intérêt de la Bibliothèque ? A quoi servaient-ils tous ? […] la littérature publiée avait-elle plus de valeur que la littérature impubliée ? ». Evidemment, ce genre de questionnement ne remet absolument pas en cause le travail du Dr Patience ni celui de la trentaine de personnes œuvrant dans cette bibliothèque si singulière. Bien difficile de décrire davantage cet ouvrage tant il réserve de surprises. Je l’ai lu très doucement pour profiter le plus longtemps possible des pépites qu’il réserve, c’est dire ! Il m’a un peu fait penser à La conjuration des imbéciles de Toole que j’avais lu et chroniqué il y a quelques années.On notera un joli pamphlet contre la cruauté du monde éditorial qui viendra réjouir tous les écrivains qui se sont vus refuser un jour ou l’autre leur manuscrit. Gros coup de cœur ! Juste pour le plaisir de vous donner un exemple de l’humour et de l’écriture parfaitement maîtrisée de l’auteur, je cite ici l’une des fameuses lettres de refus adressées par un éditeur à un auteur de manuscrit refusé en devenir :

« Cher monsieur,

En dépit des quarante-sept rudes années que je vient de passer dans l’édition, je ne parviens pas à comprendre comment quelqu’un peut oser écrire un manuscrit tel que celui que vous nous avez envoyé. C’est peu dire que cela relève d’un scandaleux gâchis de papier dactylographié.

Vous êtes, monsieur, un affront vivant à tous les arbres qui poussent sur cette planète ».

Tout le livre est sur ce ton délectable. Si vous avez un livre à lire cette année, ne cherchez plus, c’est celui-ci qu’il vous faut !

La femme à la moto

10 Juin

Je ne sais plus quels mots employer pour remercier la charmante petite fée qui me couvre de livres…

Le jour où Anita envoya tout balader, Katarina Bivald

product_9782207130476_195x320Anita, 38 ans, mère célibataire, employée dans le supermarché local, voit sa vie s’effondrer le jour où sa fille Emma quitte le foyer pour partir faire ses études à l’université. Effectivement, elle vient de passer les 19 dernières années de sa vie à tout mettre en oeuvre pour l’élever au mieux et là, elle se rend compte du jour au lendemain que sans sa fille, il ne lui reste rien. Dans un premier temps, après avoir compté les jours jusqu’au retour d’Emma et nettoyé de fond en comble son appartement, elle ne sait vraiment pas comment occuper son temps libre. Heureusement, sa meilleure amie Pia et Nesrin, une collègue de l’âge de sa fille, vont l’aider à trouver des idées pour ne plus s’ennuyer. Forcément, elles ne sont pas vraiment au goût d’Anita mais elles ont au moins le mérite de réveiller un vieux rêve d’adolescence : apprendre à faire de la moto. Le jour où Anita se décide à pousser la porte de la moto-école, sa vie va radicalement changer. Encore plus quand elle va rencontrer son moniteur, Lukas aussi séduisant que mystérieux. A côté de ses cours de moto, Anita va se voir confier bien malgré elle l’organisation de la Journée de la Ville, une fête désuète qui n’intéresse personne. Bref, à l’approche de la quarantaine, la célibataire ne va bientôt plus disposer d’un moment à elle. Mais est-elle bien prête à tous ces bouleversements ?

J’ai littéralement dévoré ce roman enjoué qui m’a donné le sourire d’un bout à l’autre. Je n’avais entendu que du bien à propos du premier roman de Bivald La bibliothèque des cœurs cabossés (présent dans ma PAL grâce à ma petite fée, qui fera donc partie de mes lectures estivales), je ne suis absolument pas déçue par celui-ci qui m’a fait passer un doux moment de bonheur littéraire. Si l’ensemble se veut plutôt léger et badin, des questions profondes sont abordées : est-il possible de changer de vie du jour au lendemain ? notre chemin est-il tout tracé ? avons-nous le droit de mettre de la folie dans notre vie quitte à y laisser quelques plumes ? n’est-il pas préférable de rester dans son train-train quotidien par facilité au risque de ne jamais connaître véritablement le bonheur ? Au trois premières questions, ce roman répond par un grand oui contre un énorme non à la dernière. Cette jeune mère saura vous prouver qu’on peut toujours choisir de changer notre vie, à n’importe quel âge, quelque soit les risques à prendre. Parce que le plus gros des riques n’est-il pas de passer le restant de ses jours à s’ennuyer par confort ? Un livre qui me parle forcément particulièrement en ce moment pour ceux qui me connaissent. Je vous conseille donc fortement ce livre qui éclaircira votre été. Tous les personnages principaux comme secondaires sont parfaitement dépeints, les dialogues s’enchaînent avec justesse et humour de sorte qu’on ne voit absolument pas le temps passé. Coup de cœur !

Correspon-danse

24 Avr

Je remercie l’adorable amie qui m’a offert ce livre.

Et je danse aussi, Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat

1507-1Le célèbre écrivain Pierre-Marie Sotto n’a pas pour habitude de répondre aux nombreux courriers que lui adressent ses lecteurs. Pourtant, un jour, un mail attire son attention. Celui d’Adeline Parmelan, une jeune femme qui vient de lui adresser une mystérieuse enveloppe que l’auteur n’a nullement l’intention d’ouvrir. Après un échange de mails un peu forcé et pas très amical, le prix Goncourt va peu à peu se laisser prendre au jeu d’une relation épistolaire avec cette jeune lectrice qui lui raconte son quotidien avec une plume qui le ravit. Chacun va se dévoiler tout en conservant sa part d’ombre et de mail en mail, et les vérités falsifiées vont bientôt laisser apparaître un secret partagé…

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : j’ai adoré ce livre ! Déjà par sa forme. L’épistolaire n’est que trop rarement mis à l’honneur par les romanciers. Or là, véritable bonheur puisque le livre est réellement écrit à deux mains et nous imaginons d’emblée les deux écrivains correspondre à but fictif. D’une écriture légère, ce roman n’en est pas moins chargé d’une profonde réflexion sur la solitude et sur la difficulté d’écrire, du risque de dévoiler trop de soi-même derrière des mots même romancés ou bien de ne plus réussir à produire la moindre ligne après un accident de la vie qui nous la rend tout à coup insipide. J’ai vraiment aimé cette joute verbale, ce partage quotidien et les liens qui se tissent entre les protagonistes. Ce mélange de légèreté du quotidien, d’humour mais aussi d’émotions qui font de ce roman un excellent moment de lecture. Un livre d’une fraîcheur remarquable, dans le meilleur sens du terme, qui donne envie de sourire à la vie. Coup de cœur !!