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Ado’ptée

12 Sep

C’est avec plaisir que je découvre avec vous la maison d’édition jeunesse Slalom que je ne connaissais pas jusqu’à présent et qui m’a fait la gentillesse de me confier une de leurs nouveautés.

Aurore, Jérémie Kisling

9782375540480oriAurore est une ado de 15 ans tout ce qu’il y a de plus ado. Pas très à l’aise dans son corps, les émotions à vif mais bien entourée par ses parents et sa petite sœur. Elle mène sa petite vie tout à fait normalement jusqu’au jour où elle surprend une discussion entre ses parents et comprend qu’elle a été adoptée. Le monde semble alors s’écrouler autour d’elle. Ses repères volent en éclats et en veut à l’univers entier, et surtout à ses « faux » parents. C’est alors qu’elle va croiser le chemin de Sliman, un jeune migrant. A ses côtés, elle va partir en quête de ses racines…

Voilà un roman qui se dévore ! Le rythme est soutenu et la fraîcheur de l’écriture ravira les jeunes adolescent auxquels le livre s’adresse. Entre journal intime, roman d’aventure et roman d’apprentissage, l’histoire ne manque pas d’humour avec les apartés d’Aurore, directement adressés au lecteur et les nombreux jeux de langage qui parsèment le texte : « Bon, allez, c’est la fin des cours, vous me suivez ? On rentre à la maison. Mais traînez pas trop, je mords de faim. (Un autre de mes penchants, c’est de jouer avec les mots. Si ça vous embêtes, vous me dites, mais bon, c’est mon livre un peu quand même). » L’auteur, qui est à la base chanteur-auteur-compositeur (et qui a d’ailleurs spécialement composé une chanson pour Aurore, à écouter grâce à un QR Code à la fin du livre), parvient grâce à son style original et à ses personnages attachants à délivrer plusieurs messages sur la quête d’identité, le regard de l’autre, la différence, l’acceptation de soi et le lien familial. Je suis certaine que ce livre saura séduire les jeunes collégiens. Et pour info, la jolie couverture colorée est de Zep, le célèbre papa de Titeuf !

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Les jours d’après

7 Sep

Pas de nouveauté aujourd’hui mais un livre qui m’a été offert par une amie très chère il y a un peu plus de trois ans. Pourquoi ne pas l’avoir lu plus tôt me demanderez-vous ? Parce que le sujet m’était encore trop douloureux à l’époque. Ceux qui me connaissent comprendront. Chronique un peu spéciale aujourd’hui. Chronique pour se souvenir.

Camille, mon envolée, Sophie Daull

MLS_2009CAMILLE.JPG_c.livolantLe résumé ne sera que trop rapide et simple : Sophie Daull, la maman de Camille, raconte la mort de sa fille, emportée la veille de Noël après quatre jours d’une fièvre venue de nulle part. Quelques semaines après, cette mère prend la plume pour faire le récit de ces quatre journées cauchemardesques puis des jours qui ont suivi jusqu’aux obsèques, entrecoupé de pensées quelques semaines, mois plus tard, au moment de l’écriture.

« Depuis mon cœur crevé je vais faire ça, raconter ta mort, ta maladie, ton agonie. Du jeudi 19 au lundi 23 décembre; quatre jours, trois p’tits tours et puis s’en vont. Je vais raconter dans le détail ta lutte, ton combat, ta blitzkrieg, parce que, putain, qu’est-ce que tu as été forte dans cette traversée de la fièvre et de la douleur. »

Ce livre m’a bouleversée. Profondément. De par son thème forcément, mais je ne m’attarderai pas dessus davantage, tout est dit plus haut. Mais surtout de par la puissance de l’écriture. La force de vie de cette mère – comédienne de son état – qui transcende la douleur par les mots, qui fait vivre sa petite Camille de la plus belle des façon qui soit. Son texte n’est jamais larmoyant malgré la détresse immense de la perte de son unique enfant. Des touches d’humour font leur apparition, ça et là, distillées avec finesse, « politesse du désespoir ». Avec ses mots, Sophie Daull construit un magnifique palais des souvenirs dans lequel elle peut retrouver son enfant et survivre à la cruauté de la réalité d’un monde sans elle. Alors, si un jour vous lisez cette chronique Madame Daull, je voudrais vous dire merci pour vos mots, pour la vie et la force qu’ils insufflent.

Hold-up littéraire

31 Août

Envie d’une lecture qui vous booste pour affronter la rentrée avec le sourire ? Le roman que je vais vous présenter aujourd’hui est fait pour vous ! Dans toutes les bonnes librairies depuis la semaine dernière aux éditions Au Diable Vauvert.

Feel Good, Thomas Gunzig

thomas-gunzig-feel-goodAlice, vendeuse dans un magasin de chaussures, a toujours été « tout juste ». Jamais tout à fait pauvre, mais toujours précaire. Après la fermeture du magasin, la quarantaine passée, elle peine à retrouver du travail. La voilà à enchaîner des jobs de plus en plus avilissants et peu rémunérés. Épuisée de devoir compter chaque centime et surtout terrifiée à l’idée de se retrouver à la rue avec son fils, elle cherche désespérément un moyen de se mettre à l’abri financièrement pour quelques temps. Lui vient une idée complètement folle : enlever un bébé de riches devant une crèche aux services hors de prix pour réclamer une rançon. Mais pas de chance. Rien ne marche comme elle l’avait escompté. Personne ne réclamant l’enfant, elle se retrouve avec un bébé sur les bras, et donc une source supplémentaires de dépenses…

Le hasard met Alice sur la route de Tom, un écrivain médiocre, au chômage, récemment quitté par sa femme qui a rencontré un chirurgien. Le romancier propose à Alice d’écrire un roman à partir de son histoire de kidnapping et de partager les droits d’auteur. Mais celle-ci n’est pas convaincue de la réussite de l’entreprise et lui propose une meilleure solution : avec son aide, elle écrira un feel good utilisant toutes les ficelles qui font recette de nos jours; un best-seller qui ferait l’unanimité et se vendrait à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires, qui les éloignerait pour toujours de la précarité…

Avec Feel good, Thomas Gunzig a, sans conteste, réalisé son « hold-up » littéraire. Tout à la fois pastiche de ces romans grand public qui remportent un franc succès, critique de la société et mise en abyme de l’écriture du roman lui-même, l’ouvrage est une véritable réussite. Impossible de ne pas sourire voir rire devant les situations rocambolesques dans lesquelles se mettent les personnages. Le tempo est parfait, l’humour omniprésent et on s’attache très vite aux deux personnages principaux, des gens normaux, qui galèrent mais qui refusent de se laisser complètement couler. J’ai adoré la critique du monde éditorial et littéraire, parfaitement juste (en connaissance de cause, j’y ai été confrontée). En ce qui me concerne, je ne suis pas une grande adepte des romans feel good. Mais ce livre-ci, avec son histoire de roman dans le roman, son humour et son intelligence compte parmi les ouvrages qui m’ont le plus mis de bonne humeur. Sans conteste mon plus gros coup de cœur du mois d’août et le livre qu’il vous faut pour affronter la rentrée avec le sourire !

Sans voix

25 Août

La rentrée littéraire 2019 s’annonce excellente. Je ne cache en tout cas pas mon plaisir de vous faire découvrir ce jeune et talentueux auteur mexicain. Parution de ce roman aux éditions Les Escales ce 29 août.

Les Mutations, Jorge Comensal

cvt_les-mutations_8163Ramón, cinquante ans, est un avocat reconnu et respecté. Un jour, alors qu’il fête la victoire d’un procès avec un client, il est pris d’une violente douleur à la bouche et ne peut quasiment plus parler. Bientôt, il apprend qu’il souffre d’une forme rare de cancer. La seule solution qui s’offre à lui est l’amputation de la langue. Plus qu’un attribut essentiel à la communication, Ramón va perdre son outil de travail et, avec lui, une partie de sa virilité. Afin qu’il ne sombre pas totalement dans la dépression, sa femme le convainc de prendre rendez-vous avec Teresa, une psychanalyste spécialisée dans les patients atteints de cancers et grande amatrice de cannabis thérapeutique. Sa femme de ménage, quant à elle, lui offre un perroquet pour lui tenir compagnie. L’ex-avocat se lie très vite à cet animal peu banal qui hurle des grossièretés à longueur de temps. Pendant ce temps, Aldama, le médecin en charge du cas de Ramón, est persuadé d’atteindre une renommée internationale s’il parvient à mener à bien ses recherches quant à ce cancer atypique.

J’ai pris énormément de plaisir à lire ce roman qui mêle savamment comédie et tragédie. En tant que grande amatrice d’humour noir, je ne pas été déçue, notamment par les interventions de Ramón, qui ne peu plus s’exprimer autrement par écrit ou en pensées. Pensées qui, n’étant plus passées au filtre du langage, deviennent de plus en plus tranchantes. J’ai apprécié l’effet révélateur de cette tumeur, de cette cellule infiniment petit qui va chambouler non seulement la vie du protagoniste mais aussi celle de son entourage et de ses soignants. Une fois sa capacité langagière perdue, le masque du langage disparu, Ramón va se trouver complètement bouleversé et se rapprocher comme jamais de celui qu’il est véritablement. L’écriture rythmée, vivante et moderne nous éloigne totalement du pathos. Aucune froideur non plus, les personnages sont attachants et drôles même dans la douleur. L’auteur parvient donc avec ce qui semble être une facilité déconcertante à traiter d’un sujet grave avec un humour décapant. J’adore le coup du perroquet grossier qui résume bien souvent ce que pense notre protagoniste. Alors oui, il faut aimer le côté cynique. Mais pour ma part j’adore ça ! Certains diront sans doute que rire du cancer n’est pas approprié, que ce n’est pas respecter ceux qui en souffrent et en meurent. Ce n’est pas le cas. En accompagnant notre avocat dans sa maladie, l’auteur nous offre surtout une réflexion sur la vie et l’importance d’en profiter sans se la gâcher par un quotidien souvent absurde. Coup de cœur de la rentrée !

Au cœur de soi

1 Août

Ce livre s’était perdu dans ma PAL. Je l’ai retrouvé avant de partir en vacances.

L’appel de l’âme, Virginie Tanguay

41ldoereyul._sx327_bo1204203200_Je ne vous ferai pas de résumé détaillé de ce livre qui est à la fois témoignage, ouvrage de développement personnel et guide spirituel. L’auteure raconte comment les premières années de sa vie ont été compliquées, notamment dans son rapport aux monde et aux autres. Après avoir été membre des Forces Armées Canadiennes, elle décide de se reconnecter à elle-même en se plongeant dans la spiritualité. Elle nous raconte ici ce chemin de vie en nous apportant des conseils et des exercices pour parvenir à éveiller son âme au maximum, à réussir à être davantage bienveillant envers nous-même pour l’être vis-à-vis des autres.

Globalement j’ai apprécié ce livre, paru en septembre dernier aux éditions Flammarion, que j’avais longtemps mis de côté – je ne suis pas une grande liseuse de témoignages et la couverture ne m’inspirait pas spécialement. Je me suis retrouvée dans bien des situations décrites et nombres d’exercices, conseils en matière de développement personnel et spiritualité ne me sont pas inconnus. En tant que sophrologue et ayant suivi diverses thérapies, j’ai emmagasiné de nombreuses connaissances en la matière. Ce livre est plutôt destiné aux néophytes, à celles et ceux qui sont en quête de quelque chose qui puisse révéler leur être profond. Si j’ai accroché à la majeure partie des propos tenus – à savoir que l’auteur n’a pas suivi de formation en psychologie mais s’appuie sur son expérience de vie, ses recherches en la matière – je suis plus réservée quant à la partie beaucoup plus spirituelle avec la notion d »anges ». N’en demeure pas moins que l’ensemble est bien rédigé et très intéressant pour qui s’intéresse à ces questions. Parfait si vous cherchez à commencer un travail sur vous-même.

L’invention qui tue

7 Juil

Alors là, âmes sensibles s’abstenir ! Par contre, amateurs de cynisme et de cruauté à l’extrême, ce roman paru aux Editions de La Martinière est fait pour vous.

Cool Killer, Sébastien Dourvier

318isz6gyrlUn matin, le chemin d’Alexandre Rose, ingénieur aussi brillant que cynique, croise celui d’un homme à trottinette. Un petit coup d’épaule sadique, gratuit, détourne le deux-roues qui se prend un camion de face. L’accident est horrible. Filmée par un touriste la scène de démembrement fait le buzz sur les chaînes d’infos et les réseaux sociaux. Alexandre n’apparaît pas sur la vidéo. Alors que n’importe qui serait pris d’atroces remords, lui n’en éprouve aucun. Pire, il ressent un certain plaisir…

Dès lors, impossible pour lui de continuer le train-train quotidien aux côtés de sa femme qu’il méprise, de ses enfants qu’il n’aime pas et de ses collègues de bureau qu’il trouve tous plus stupides les uns que les autres. Depuis le meurtre, il n’a plus qu’une seule idée en tête : détruire cette société qu’il exècre au plus au point. Pour cela, il va se servir d’une arme de destruction massive que chacun ou presque possède : les écrans. Il va soigneusement détourner toutes les nouvelles technologies et créer le Cool Killer afin de faire imploser notre société de voyeurs consuméristes…

Je ne vais pas y aller par quatre chemins. J’ai adoré ! Tout comme j’avais adoré American psycho. Tordu, ironique, cynique, satire trash. Un humour noir et cinglant au possible. Critique de la bêtise et du panurgisme ambiant, de l’absence totale d’esprit critique dans ce monde où le sensationnalisme l’emporte sur la véritable information, où la crétinisation et l’abrutissement des foules est de mise. Le narrateur est cruel à souhait et n’a rien à envier au héros de Bret Easton Ellis. Juste pour vous mettre l’eau à la bouche, voici la première phrase du livre qui vous donnera le ton : « A la maison, ma pute de bonne femme m’attendait. » Et ce petit extrait qui illustre les réflexions du narrateur sur notre société : » Uber. Des milliers de développeurs blancs en Californie. Un Arabe en volant en bas de chez moi. C’est raciste de dire Arabe ? Pardon alors… Mais c’est quand même moins raciste que d’avoir des esclaves. Et c’est quand même génial d’avoir standardisé l’esclavage. Des esclaves qu’on ne voit que lorsqu’on a besoin d’eux. Idéal. Et puis quoi, ça leur fait du travail, hein ? ». Pas la peine d’en dire davantage. Je vous laisse découvrir ce livre qui est le premier roman de Sébastien Dourver. C’est une réussite. Coup de cœur !

 

Un jour son prince viendra…

26 Juin

J’enchaîne les polars ces derniers temps et j’adore ça ! Celui que je vais vous présenter aujourd’hui est une véritable pépite. Par contre, je vous préviens, si vous cherchez une lecture « facile », sans trop de prise de tête pour emporter sur la plage, passez votre chemin. Mais pour les amateurs d’intrigues retorses, ce roman est parfait. J’en profite pour remercier vivement les éditions du Seuil et particulièrement l’équipe de la collection Cadre noir pour leur confiance renouvelée et ce voyage en terres nippones que j’affectionne tant. Merci également à l’auteure pour sa jolie dédicace.

A l’ombre de l’eau, Maïko Kato

41e49w5fvvl._sx195_2014. Tokyo. Un banquier est retrouvé pendu chez lui. Le capitaine Seiji Hiraï soupçonne un lycéen, Hayato Hisaïshi. Mais sans preuve concrète, il ne peut prouver le meurtre.

La même année, la jeune Emi Yasukawa, née d’un père japonais et d’une mère anglaise, se fait violemment harceler par une camarade et sa bande au lycée en raison de son métissage. A bout, elle noue un pacte avec un puissant yakusa afin de retrouver sa tranquillité.

2019. Des cadavres de femmes sont retrouvés. De mystérieux messages codés les accompagnent. Le capitaine Yoshida et son lieutenant Kanda sont chargés de l’enquête. Tout les ramène à Hayato qui, après s’être prostitué, est devenu un hôte coté dans un célèbre club du quartier rouge de Shinjuku. Emi, quant à elle, a intégré une grande entreprise mais est toujours malmenée en raison de ses origines. Sa vie au bureau peu reluisante va basculer le jour de l’arrivée de Matsuï, nouveau directeur général, qui semble en savoir beaucoup sur son passé. Bientôt, les chemins de Hayato et Emi se croiseront.

Comme vous pouvez le constater, l’intrigue est complexe, les personnages nombreux. Et encore, je n’ai évoqué qu’une infime partie d’entre eux. Pour tout vous dire, j’étais un peu perdue au début de ma lecture. Ce n’est qu’en arrivant à la fin du livre que j’ai découvert une liste des personnages ! C’est la première fois que je vois ça dans un livre. Mais avec 36 noms différents – et encore, il me semble qu’un d’entre eux a été omis – on en comprend la raison. Une fois lancée, par contre, impossible de m’arrêter. J’ai plongé tête la première dans l’ambiance des quartiers chauds de Tokyo. Grâce à l’alternance des points de vue à chaque chapitre, on pénètre vraiment dans la psychologie des personnages ce qui nous permet de cerner au mieux les nœuds de l’intrigue. Outre l’enquête, ce roman offre une analyse de la société japonaise dans laquelle le travail rigoureux dans les grandes entreprises côtoie le relâchement total dans des clubs hot à l’aide de toujours plus d’alcool. Le tout est d’un réalisme sans conteste. Il faut dire que l’auteure a réalisé une enquête auprès d’hôtes de Kabukicho et s’est inspirée de son expérience de stagiaire au sein du plus gros groupe de communication du Japon. Le sujet est donc parfaitement maîtrisé et permet une véritable immersion pour le lecteur. Coup de cœur !

Sombre été pour la ville rose

21 Juin

C’est avec plaisir que je vous présente aujourd’hui les éditions du Petit Pavé qui m’étaient totalement inconnues jusqu’ici et qui m’ont gentiment fait parvenir ce polar.

Un ange passe, Michel Stéphane

un_ange_passe_stephane_michelNous sommes à la fin des années 90. Une époque où ni le téléphone portable, ni internet, ni les recherches ADN ne sont encore démocratisés. Une autre époque en somme. Surtout dans la police. La capitaine au sang chaud, Ange Carminetti, est sur les nerfs. Un tuer en série sévit sur Toulouse. Déjà trois femmes retrouvées mortes après avoir été violées. Et pas la moitié d’une piste. De quoi être sacrément en colère. En parallèle, elle se prend d’affection pour un enfant esseulé. Alors, quand se dernier se fait agresser par un pédophile supposé, la jeune corse voit rouge…

J’ai passé un agréable moment de lecture avec ce polar « à l’ancienne ». On est loin des « experts » en tout genre avec ce retour en 1997 qui ne nous rajeunit pas ! A se demander comment nous faisions sans toutes ces technologies omniprésentes aujourd’hui. Au départ, j’ai eu un peu de mal avec les digressions du narrateur. Mais une fois les codes de l’auteur acceptés – digressions souvent humoristiques, qui permettent d’en apprendre davantage sur chaque personnage haut en couleur, on imagine aussi un accent du sud – on se prend au jeu. Un roman plaisant donc, avec un rebondissement final auquel on ne s’attend pas.

Toutes les femmes de sa vie

7 Juin

C’est d’un premier roman paru il y a deux mois aux éditions de La Martinière dont je vais vous parler aujourd’hui.

Dis, quand reviendras-tu ? Madeleine de Place

142002_couverture_hres_0En 1965, Louise, une très jeune adolescente, est emmenée de force au couvent par sa mère. Une fille-mère ferait tache dans la famille et le secret devra être bien gardé. Alors que Louise imagine déjà sa vie avec son bébé, elle ne réalise pas que sa mère en a décidé autrement. Ainsi, quelques jours après la naissance, la toute jeune maman se voit séparée de son enfant.

Esther et son mari – qui l’a quittée sans plus jamais donner de nouvelles -, les parents adoptifs de Gabriel, ont toujours gardé le secret quant à sa naissance. Mais à dix-huit, le jeune homme vient de percer un des mystères de sa véritable origine. Il s’enfuit de chez lui, laissant sa mère désespérée. Quelques années plus tard, il se mariera avec Laurence, une amie d’enfance avec laquelle il aura deux filles. Cependant, l’homme n’arrive pas à s’attacher vraiment Il est incapable d’aimer vraiment et de recevoir de l’amour. Il ne fait confiance à personne. Son union avec Laurence est un échec. Il dépérit jusqu’au jour où il rencontre la pimpante Margaux lors d’un entretien professionnel.

Autant vous le dire tout de suite : j’ai adoré ce livre et j’ai été scotchée par le travail narratif de Madeleine de Place, surtout pour un premier roman. Chaque chapitre correspond à la vision qu’un personnage féminin se fait du protagoniste masculin qui, lui, n’aura jamais la parole ! C’est grâce à ces femmes que nous allons essayer de percer le mystère et de rassembler toutes les pièces du puzzle de la vie de Gabriel. Mère biologique, infirmière, mère adoptive, grand-mère, femme, amante, demi-sœur, fille… Toutes ces voix viennent viennent dévoiler une facette de l’existence de l’homme, tel un kaléidoscope. L’écriture est vraiment maîtrisée, chaque caractère parfaitement dessiné – mention spéciale pour Mamita, la grand-mère si adorablement détestable. Le roman est vivant et l’intrigue si bien ficelée que l’on n’a pas envie de quitter les personnages avant d’avoir obtenu toutes les réponses, comme dans un bon polar. De petites touches d’humour parsèment cette histoire qui dans le fond est assez tragique mais qui, finalement, donne envie de croquer l’existence à pleines dents ! Un vrai coup de cœur !

 

La sorcière coursière

4 Juin

C’est un conte que je vais vous présenter aujourd’hui. Mais il ne s’agit pas de n’importe quel conte puisqu’il a inspiré le plus grand maître de l’animation japonaise : Hayao Miyazaki. Je remercie très chaleureusement les éditions Ynnis pour leur confiance. C’est une joie pour moi, amoureuse de la culture japonaise, de découvrir l’oeuvre d’Eiko Kadono.

Kiki la petite sorcière, Eiko Kadono

kiki_la_petite_sorciere_coverKiki serait presque une jeune adolescente comme les autres si elle n’était pas la fille d’une sorcière. A l’âge où les jeunes filles commencent à penser aux garçons, elle s’entraîne à voler sur un balais et se prépare, à 13 ans seulement, à quitter le foyer familial pour partir à l’aventure, comme toutes les sorcières de son âge. Très enthousiaste à l’idée de ce premier grand voyage, notre petite aventurière n’en est pas moins angoissée. Heureusement, son fidèle chat noir, Jiji, l’accompagnera. Elle choisit de s’installer dans une grande ville, près de la mer. Mais dans la ville de Koriko, elle découvre qu’elle n’est pas forcément la bienvenue. Elle va donc devoir tenter de s’intégrer. C’est ainsi qu’elle va créer un service de livraison très particulier, aidée par Osono, une adorable boulangère.

Voilà un très joli conte d’Eiko Kadono qui a reçu le prix Andersen en 2018. Le jeune lecteur s’attachera très vite à la petite Kiki, symbole de liberté mais aussi d’ambition, de courage, de curiosité et d’indépendance. Un récit initiatique ensorcelant qui me donne envie de voir le film de Miyazaki (qui est bien au chaud dans ma vidéothèque). J’ai apprécié l’écriture qui n’est pas manichéenne, chose assez rare dans les contes et qui permet de s’identifier d’autant plus aux personnages. On retrouve bien sûr tous les éléments du conte traditionnel : la quête, les péripéties, les adjuvants et les opposants. La morale est très positive : il faut avoir confiance en soi, en ses propres capacités et réussir sa vie. Les parents sont là pour accompagner leurs enfants à prendre leur envol sans les étouffer, à les rendre responsables et sûrs d’eux sans les faire grandir trop vite non plus.

Voilà une bien jolie idée cadeau pour de bons lecteurs à partir de 9 ans. La jaquette du livre est en plus vraiment jolie. Vous pouvez faire une place dans votre bibliothèque pour ce roman ensorcelant qui a inspiré les célèbres studios Ghibli. Coup de cœur !