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Célibattante

18 Sep

Aujourd’hui, je vous présente un premier roman paru tout récemment aux éditions Mauconduit.

Comme une grande, Élisa Fourniret

fourniret-comme-une-grandeLa narratrice, originaire de Lorraine, fille d’ouvriers qui ont réussi à s’extraire de l’usine sidérurgique où ils travaillaient pour gravir les échelons et s’installer à Paris. Aujourd’hui, à 40 ans, elle mène sa vie de mère célibataire tambour battant. Mais pas simple tous les jours d’être une femme et une mère et de concilier vie amoureuse et quotidien familial et professionnel.

Avec une écriture incisive, Élisa Fourniret nous offre une vision personnelle de la féminité et de la parentalité. L’héroïne nous entraîne avec elle dans le dédale des rues parisiennes tout en nous livrant les souvenirs de son enfance près des hauts-fourneaux. L’auteure ne mâche pas ses mots et c’est très bien ainsi car on se sent proche de cette femme en quête de l’amour et finalement en quête d’elle-même au tournant de la quarantaine. On sourit lors des dialogues croustillants et tendres avec son fils. On ne s’ennuie pas une seule seconde en lisant ce roman au style moderne qui mêle savoureusement humour et instants de mélancolie.

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Under Control

9 Sep

Quoi de mieux pour bien aborder cette rentrée qu’un bon roman jeunesse ? Et si je vous dis que c’est le dernier opus d’Yves Grevet paru chez Syros, il vous sera impossible d’y résister !

Le GRUPP, Yves Grevet

9782748524062Dans un futur pas si éloigné, l’espérance de vie s’est considérablement allongée grâce à l’implant Long Life. Cette multinationale, qui a mis au point un système très pointu de surveillance, protège la population à tous les niveaux. Cependant, une organisation secrète d’adolescents tente de contourner le système pour s’offrir quelques moments de totale liberté.

Stan et Scott sont frères. Leur vie paisible entouré de leurs parents va basculer le jour où Scott va être envoyé en prison. Stan apprend alors la vérité sur son frère : il était un des leader du Grupp. Aussi intrigué qu’en colère contre son aîné qui lui a caché cette partie de sa vie, il va chercher à en savoir plus sur la société clandestine à laquelle appartenait son frère. Ce qui, au début, est presque un jeu pour lui, va bien vite se révéler bien plus dangereux qu’il n’y paraît…

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : ce roman jeunesse est vraiment génial. Il allie, en effet, savamment action et réflexions sociétale et philosophique. Dès le départ, on se prend d’affection pour les personnages principaux, auxquels les adolescents à qui est destiné le livre n’auront nulle difficulté à s’identifier. L’auteur parvient très bien à rendre compte des bouleversements internes (corporels, émotionnels) liés à cette période charnière de la vie, ainsi qu’à l’évolution progressive qui va s’opérer en eux, ce qui en fait un très bon roman de formation. Outre cet aspect, ce récit est un excellent roman d’espionnage qui sait parfaitement jouer sur le suspens. Jusqu’au bout, la tension est à son comble et le danger omniprésent pour les personnages. Enfin, et c’est l’aspect que j’ai le plus apprécié, la question de l’hypervigilance, de la surprotection de la population est abordée avec beaucoup d’intelligence. Les avancées technologiques sont-elles vraiment bénéfiques ? Le contrôle, sous prétexte de préserver la vie le plus longtemps possible, favorise-t-il le bonheur ou n’est-il pas un immense frein à nos libertés les plus élémentaires ? Accepter de prendre des risques n’est-il pas une façon de se sentir plus vivant ? Ce sont à ces interrogations que se verront confrontés les jeunes (et moins jeunes) lecteurs. Vous aimez l’action, l’aventure mais aussi la réflexion, ce livre est fait pour vous ! Gros coup de cœur jeunesse pour cette rentrée littéraire.

Un contre tous

31 Août

C’est l’heure de la rentrée ! Je reviens avec une nouveauté des éditions du Murmure.

Je m’appelle Herschel Grynszpan, Morgan Poggioli

21245595_10213789112542632_1629115071_nJuif polonais vivant en Allemagne, le jeune Herschel Grynszpan choisit de s’exiler vers la Palestine après ses études en théologie, dans la contexte plus que sombre de l’Allemagne des années 30. Après une escale en Belgique, c’est en France qu’il atterrit finalement en septembre 1936, recueilli chez son oncle et sa tante à Paris. Très rapidement, il s’aperçoit que les démarches administratives seront très compliquées pour obtenir carte de séjour et permis de travail. En 1938, Herschel n’a pas pu obtenir les papiers qu’il désire. Pire, le 31 mars, le gouvernement polonais légifère sur le retrait de la nationalité installés à l’étranger depuis plus de 5 ans. Alors qu’il suit avec crainte la progression du régime nazi, sa situation se détériore et il se retrouve clandestin à Paris. En novembre, une lettre de sa sœur l’avertit que ses parents font partie des milliers de juifs expulsés d’Allemagne et refusés en Pologne, apatrides, contraints de survivre misérablement dans un no man’s land. Enragé face à cette situation insoutenable, le jeune Herschel Grynszpan décide de se venger et de tuer un Allemand pour faire entendre la colère des Juifs d’Europe. Le 7 novembre, il se rend à l’ambassade d’Allemagne, armé d’un revolver et tire sur Ernst vom Rath, un secrétaire de l’ambassadeur. Le crime servira de prétexte au Troisième Reich pour la nuit de Cristal. Emprisonné, Herschel Grynszpan incarnera aux yeux de l’Allemagne nazie la personnification du « complot juif international ».

Pour être honnête, je ne suis pas une grande amatrice de biographies ni de romans historiques. Mais après avoir lu et apprécié Hhh de Binet il y a quelques années, j’étais intriguée par ce récit biographique à paraître en septembre aux éditions du Murmure dont j’ai déjà chroniqué plusieurs ouvrages. Je n’ai pas été déçue. Outre ses qualités d’historien, Morgan Poggioli réussit à mener son récit – premier roman – quasiment à la manière d’un polar. Les rebondissements s’accumulent et on ne se décide pas à lâcher l’ouvrage avant de connaître la suite. Le fait que tous les éléments du récits soient vrais ou presque a également encore davantage piqué ma curiosité. Dans un style accessible et agréable, l’universitaire convie son lecteur à découvrir une aventure humaine surprenante tout lui permettant de se replonger dans les grandes dates de la seconde Guerre Mondiale. Amateurs d’Histoire ou de bons polars, ce récit biographique est fait pour vous !

Le club des 27

25 Août

Aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous faire découvrir un titre rock’n roll paru aux éditions Volum dans sa version française cet été.

Dealer ou la valse des maudits, Phillipe Will

philippe-will-dealerAnnées 60. Jean de Breteuil est destiné à reprendre en main l’entreprise familiale, un vaste empire de la presse. Il est élevé par sa mère à Marrakech après la disparition de son père. Alors que toutes les portes lui sont ouvertes pour mener une vie d’homme d’affaires accomplie, il va se choisir un tout autre destin…

En effet, il va, au fur et à mesure de ses rencontres avec la jeunesse dorée de l’époque, être amené à fournir les plus grandes stars du rock en héroïne. De Brian Jones à Jim Morrison, en passant par Janis Joplin et Jimi Hendrix, il devient le dealer officiel des musiciens les plus célèbres de la planète et l’ami intime des Rolling Stones.

Mais peu à peu, la machine bien huilée commence à s’enrayer. La santé des clients se détériore avec la consommation croissante des stupéfiants et lui-même tombe dans l’enfer de la drogue. Après la mort de Brian Jones suite à une overdose à 27 ans, les décès vont s’enchaîner dans l’entourage de Jean et ce dernier se sent menacé de toutes parts (justice internationale, pègre marseillaise…). Acculé, se sentant sombrer de plus en plus inexorablement sur une pente mortelle, il se pose des questions : et si il avait été manipulé afin de faire disparaître des rock-stars opposés à la guerre du Vietnam et leader d’opinion ? Toujours est-il que, quelques jours après la mort de Jim Morrison, le corps de Jean de Breteuil sera retrouvé sans vie à Tanger, suite à une overdose…

J’ai vraiment pris plaisir à lire ce roman basé sur des faits réels et très bien documenté. On se plonge totalement dans l’ambiance de la fin des années soixante et surtout dans la descente aux enfers de tous les protagonistes. Si l’on connait à l’avance le malheureux sort des plus grand noms du rock de l’époque, cela ne retire rien au suspens de ce roman qui a tout de l’excellent polar. Jusqu’à la fin, on reste accroché au destin tragique du personnage principal et surtout à ses multiples questionnements. Un roman palpitant, sombre, qu’apprécieront les lecteurs de thrillers ou les amoureux du rock.

Thriller glaçant

30 Juil

De retour de vacances avec un thriller glaçant…

La fille sous la glace, Robert Bryndza

0094703.4_L’inspectrice Erika Foster, encore sous le choc de la mort en service de son mari dans une précédente affaire, prend possession de son nouveau poste dans un commissariat de Londres. Elle n’aura pas une seconde pour prendre ses marques. En effet, sa première affaire va s’avérer compliquée : le corps de la fille d’un riche industriel, Andrea Douglas-Brown, vient d’être retrouvé dans un lac gelé des bas-quartiers londonien. Que faisait la jet-setteuse dans un tel endroit ? Pour quelle raison l’a-t-on fait disparaître ? Et surtout, qui est le coupable ? Quelques questions parmi bien d’autres auxquelles Erika devra tenter de répondre. Mais ça ne sera pas sans difficulté. Le père de la victime cherche à régenter l’enquête tandis que les médias s’enflamment pour cette affaire qui met en avant une richissime famille de Londres. Alors qu’Erika pense avoir trouvé une piste allant à l’encontre d’un de ses collègues, son supérieur décide de la mettre à l’écart. Mais notre inspectrice n’entend pas se résigner aussi facilement…

Voilà un petit moment que je n’avais pas lu de thriller et je suis véritablement enchantée par cette nouveauté qui sortira dans quelques jours chez France Loisirs. J’ai trouvé le récit très bien mené, le suspens préservé jusqu’à quelques pages de la fin mais, surtout, ce qui m’a le plus convaincu c’est le personnage d’Erika. Le romancier a réalisé un travail très minutieux pour dresser un portrait tout en nuances de son inspectrice. Entre la perte récente de son mari et la volonté sans faille de trouver le coupable et de se faire une place dans son nouveau commissariat, notre héroïne présente un aspect borderline qui donne envie de la découvrir toujours davantage. Les personnages secondaires ne sont pas en reste. Ainsi, la victime et sa famille montreront bien plus d’aspérités qu’elles n’en laissaient paraître. Si vous aimez les romans à suspense, n’hésitez pas à vous jeter sur celui-ci en profitant de l’offre promotionnelle vous permettant de le recevoir gratuitement !

Incompréhension

29 Juin

C’est avec un très grand plaisir que je vous invite à découvrir les nouveautés de la collection « Rester Vivant » des éditions Le Muscadier. Voici un court roman, premier d’une série de quatre ouvrages que je vous présenterai dans les semaines à venir.

Faits d’hiver, Cathy Ribeiro

9791090685949-165x250Elie a perdu sa femme Marcelle. Depuis, il attend que son tour vienne auprès de son vieux chien Andy. Le vieil homme n’a plus guère goût à la vie. Il passe son temps à se remémorer le passé en compagnie de celle qui partageait son existence depuis toujours ou presque.

Deux gamins du Nord débarquent dans un petit village avec leur mère et leurs petits frères et sœurs. Les nouveaux venus ont du mal à se faire accepter dans la petite commune. Les adolescents ne trouvent pas leur place au sein d’une communauté vieillissante. Leur mère n’a aucune ressource. Alors, lorsqu’un jour ils découvrent une remise pleine de bois, ils décident d’en prendre un peu, de temps en temps, pour chauffer la maison. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que ce bois appartient à Elie et que le vieil homme se doute que quelque chose ne tourne pas rond…

Voilà un court roman touchant que signe Cathy Ribeiro, qui met en scène non seulement les difficultés qui touchent les classes sociales défavorisées en France, poussant des enfants à vivre de larcins en tout genres, mais aussi l’incompréhension qui semble parfois immense entre les différentes générations. Quand le dialogue n’existe pas, difficile de faire le premier pas et d’aller vers l’autre. Pourtant, tendre la main, engager la discussion, pourrait bien souvent désamorcer des situations de crises avant qu’il ne soit trop tard. Une fois encore, le Muscadier ouvre les portes à la parole et à la réflexion aux jeunes adolescents grâce à ce court roman accessible au plus grand nombre. Cette fois, c’est la question de la tolérance et l’ouverture à l’Autre qui est en jeu. Je vous invite à découvrir cet ouvrage – qui devrait trouver sa place dans tous les CDI – avec vos enfants en attendant de vous présenter les autres nouveautés de la collection.

Jours d’oubli

29 Juin

Aujourd’hui, je vous présente un premier roman paru aux Editions de La Martinière.

Mademoiselle, à la folie ! Pascale Lécosse

couv-pascale-lecc81cosse-mademoiselleCatherine, actrice et comédienne fantasque, est au sommet de sa carrière. Elle s’apprête d’ailleurs à se voir remettre la légion d’honneur en récompense de ses nombreux succès. Elle a joué les plus grands rôles et ne recule devant rien pour avoir le plaisir de monter sur les planches et partager des moments intenses avec le public. Mais dans sa vie personnelle, Catherine est très seule. Amoureuse éperdue de Jean, ministre de la culture qui n’a jamais quitté son épouse pour la rejoindre, elle partage son logement avec Mina, son assistante, sa confidente mais surtout sa meilleure amie. La vie s’écoule tranquillement, entre deux tournées et deux coupes de champagne. Jusqu’au jour où tout bascule. Catherine sent peu à peu qu’elle perd le fil de sa vie, que tout lui échappe, même les mots qu’elle maîtrise tant, sans qu’elle ne comprenne pourquoi. Mina assiste, au début impuissante, à la terrible maladie qui va grignoter le cerveau de son amie et tentera ensuite de la protéger au mieux. Catherine ne compte pas se laisser abattre. Elle veut continuer à jouer le rôle de sa vie.

Voilà un premier roman d’une grande intensité que nous livre Pascale Lécosse en traitant avec pudeur la maladie d’Alzheimer dans sa phase précoce. Le nom de la maladie n’est d’ailleurs pas cité une seule fois dans l’ouvrage qui montre l’évolution des troubles dans l’intimité du personnage principal. Les chapitres correspondent à la vision tantôt de la comédienne, tantôt de son amie afin de mieux donner à voir et à comprendre toute la complexité des maux, en passant par l’incompréhension, la honte, le déni et l’acceptation forcée qui ne signifie pas la soumission. Le texte, très poignant, demeure non moins enjoué grâce à des dialogues savamment orchestrés, à la fois drôles et désarmant. Je vous conseille vivement ce petit livre, que vous soyez ou non concernés par le sujet. Sortez vos agendas : parution le 17 août. Merci à l’agence Anne et Arnaud qui me permet de partager avec vous cette avant-première.

Ados d’Orient

11 Juin

De retour avec de la littérature jeunesse engagée et une petite maison d’édition qui me tient à cœur : Le Muscadier.

Orient Extrême, Mireille Disdero

9791090685765-165x250Ce petit ouvrage regroupe cinq nouvelles, dont deux longues et trois très courtes, fonctionnant comme des instantanés. Le point commun ? Toutes se déroulent dans l’Asie du Sud-Est (Vietnam, Cambodge, Malaisie, Indonésie, Thaïlande) et mettent en scène de jeunes adolescents. Tous ces récits m’ont pris aux tripes. En particulier le plus long d’entre eux, intitulé : « Do you want a cup of tea ? ». Une adolescente cambodgienne est envoyée en Malaisie comme domestique. Ses parents sont persuadés d’avoir trouvé une bonne place pour leur fille. Malheureusement, elle revient quelques mois plus tard en catastrophe au domicile familial. En état de choc, la jeune fille n’est plus que l’ombre d’elle-même. Ses employeurs l’ont plus que maltraitée…

Si les sujets abordés sont difficiles (maltraitance, esclavage moderne, prostitution…), ils le sont de façon délicate, parfois sous-entendue, afin de ne pas heurter le jeune lectorat auquel les textes s’adressent mais de le faire réfléchir au statut des enfants dans le monde et surtout à la nécessité d’agir et de s’engager pour faire respecter les droits de tous et de construire un monde plus juste. Une fois encore, la collection « Rester Vivant » des éditions Le Muscadier propose un ouvrage jeunesse engagé, qui cherche à donner un sens à l’acte de lecture et surtout à insuffler un réaction chez les jeunes lecteurs. A mettre entre toutes les mains.

 

Gossip mums

5 Juin

Me voici de retour avec un livre décapant sur les dessous très chics de la maternité dans l’Upper East Side. Je remercie l’agence Anne et Arnaud ainsi que les Editions Globe  pour cette savoureuse découverte.

Les Primates de Park Avenue, Wednesday Martin

martin_wednesday_lesprimatesdeparkavenue_couverture_web-200x300Wednesday est anthropologue. Originaire du Midwest, elle s’installe dans l’Upper East Side – le quartier le plus huppé de Manhattan – alors qu’elle vient de mettre au monde son premier enfant. Ce qui ressemblerait à un privilège pour beaucoup va cependant bien vite tourner au cauchemar. Dans ce microcosme hyper privilégié, Wednesday est considérée comme un intrus par les femmes au foyer richissimes, surdiplômées et très influentes qu’elle va être amenée à rencontrer en emmenant son jeune fils à la maternelle. Outre ses difficultés à nouer des liens avec ses congénères, notre jeune scientifique va se trouver confronter à toutes les difficultés extrêmes que rencontrent les mères de l’Upper East Side : l’inscription des enfants dans les meilleures écoles, la quête d’un appartement bien situé, l’obligation de conserver un corps mince sans aucune imperfection après plusieurs grossesses… Pour faire face à l’hostilité du milieu, Wednesday choisit d’observer le milieu dans lequel elle est obligée d’évoluer avec son regard d’anthropologue. Elle va ainsi consigner puis analyser, à la manière de la célèbre primatologue Jane Goodall, les rites, les mœurs, les contradictions et les peurs de ces mères richissimes en quête obsessionnelle de perfection. Parviendra-t-elle à s’acclimater ? Je vous le laisserai découvrir par vous-même.

En attendant, voici mon avis sur ce livre qui mélange autobiographie et analyse sociologique satirique. Je suis véritablement tombée sous le charme de cet ouvrage à la fois intelligent, drôle, parfois cruel, tout en étant extrêmement touchant. Wednesday nous entraîne dans son quotidien de femme, de mère et nous donne à voir l’extrême difficulté de ce dernier rôle dans un des quartier les plus huppés de la planète où tout ne semble être que compétition. Difficile de croire que des femmes puissent faire montre d’une telle violence entre elles dans le but de favoriser au maximum leur progéniture. Pourtant, tout est réel. Mais il ne s’agit pas d’un simple témoignage ou tranche de vie. Ce livre est un traité aussi érudit que mordant, qui permet à la fois de s’enrichir intellectuellement et de rire face à des comportements que l’on jugera absurdes de l’extérieur mais qui on une réelle signification. La fin du livre est particulièrement bouleversante et tranche ainsi avec le début qui nous montre un univers très froid et hostile de prime abord. Le ton général est très enlevé et enjoué, ce qui fait de cette réflexion sur la maternité et sur la vie des femmes de Manhattan une lecture pétillante. Un très joli coup de cœur pour moi !

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire découvrir un petit extrait :

« S’il existe un endroit où l’enfance et la maternité ont évolué de façon flagrante, c’est bien l’Upper East Side de Manhattan. Au sein de cette niche où le relâchement des pressions de compétition interspécifique est extrême, au sein d’une culture hautement compétitive, avoir une progéniture « qui réussit » est gage de statut social, les enfants étant des miroirs de nos propres aspirations. Les soutenir et travailler d’arrache-pied pour eux est devenu une véritable profession. Ici, la maternité est une carrière semée d’embûches et de coups-bas, où les enjeux sont colossaux. L’activité y est stressante et anxiogène précisément parce que c’est aux mères qu’incombe la réussite ou l’échec de cette entreprise, dont dépendra la réussite ou l’échec de leur progéniture. Et donc des leurs. Un circuit d’une fluidité remarquable et, comme j’allais l’apprendre, quasi inexorable. »

Un psy dans la tourmente

19 Mai

Aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous présenter une nouveauté polar parue au Seuil.

Les Sœurs ennemies, Jonathan Kellerman

131528_couverture_hres_0Alex Delaware, psychologue expert auprès des tribunaux, est en bien mauvaise posture. Une de ses clientes, Constance Sykes, qu’il est chargé d’évaluer dans un procès qui l’oppose à sa sœur, le menace de le tuer…

Il faut dire que dès le départ, l’affaire Sykes contre Sykes était mal partie. La cadette, Chery, hippie au grand coeur mais sans le sou, avait laissé son bébé à son aînée, Constance, médecin spécialiste plus qu’antipathique, afin de partir en tournée avec un groupe. L’absence qui ne devait pas durer plus de quelques jours s’est prolongée trois longs mois pendant lesquels Constance, en mal d’enfant, s’est attachée à la petite Rambla. Lorsque Chery vient récupérer sa fille, c’est la crise. Constance engage un procès à son encontre, cherchant à la destituer des ses droits maternels en soutenant qu’elle mène une vie dissolue et qu’elle est incapable de s’occuper de son enfant. Le docteur Delaware est appelé en tant qu’expert pour juger de la situation. Son avis penche en faveur de Chery, la mère biologique, ce qui engendre un profond sentiment de colère de la part de Constance qui jure de se venger. Jusqu’à ce que cette dernière soit retrouvée assassinée dans sa villa. La première sur la liste des suspects est bien entendu Chery. Le lieutenant Milo Sturgis, ami d’Alex Delaware, est chargé de l’enquête et est persuadé de la culpabilité de la jeune sœur. Mais le psychologue est certain que les apparences sont trompeuses. Qui des deux a raison ? Je vous laisse le découvrir…

C’est la première fois que je lis une enquête de Delaware et Sturgis. J’avais lu assez récemment Que la bête s’échappe que Jonathan Kellerman avait coécrit avec son fils Jess mais ne connaissais pas sa série de thrillers psychologiques (plus de trente livres !). Ce roman est donc pour moi une découverte et je dois bien avouer qu’elle est très bonne puisque j’ai très envie de découvrir les précédents ouvrages. On sent, dans la plume de Kellerman, toute la précision du psychologue dans la construction de chacun des personnages. Chaque profil est parfaitement soigné, nuancé. Le lecteur qui ne connait pas le couple d’enquêteur n’est pas perdu car l’auteur maîtrise à merveille l’art de la description en action ce qui permet de cerner la personnalité de chaque personnage principal très rapidement, sans lourdeur. Malgré des sujets abordés qui peuvent paraître un peu pesant, le ton reste léger, teinté d’humour, ce qui est fort appréciable.  Les rebondissements et les fausses-pistes sont multiples ce qui ne laisse pas une seconde d’ennui au lecteur. Je recommande ce thriller psychologique qui a été pour moi un très bon moment de lecture. Coup de cœur !